vendredi 30 mai 2014

Amour, psychoses et mariage

Le roman du mariage, Jeffrey Eugenides

En plus d’être attirée par le fait qu’il ait été sélectionné par les lecteurs de la collection Points, le sujet de ce roman m’a également interpellée : l’amour et le mariage. En outre Jeffrey Eugénides, comme je l’ai appris plus tard, est l’auteur de Virgin Suicide, qui était un roman avant de devenir le film que l’on connaît. Le roman du mariage me semblait vraiment valoir le coup.
Je l’ai donc ouvert avec un certain empressement, mais les premières pages m’ont déçue. Le style est anarchique, on passe d’un sujet à l’autre sans aucune harmonie (j’ai été jusqu’à me dire que c’était fait exprès… mais je n’en suis pas certaine, même à l’issue de ma lecture). Le premier paragraphe était extrêmement prometteur, avec des allusions littéraires à foison. Mais après… ça se gâte. On est immergé dans la vie de Madeleine, étudiante en littérature anglaise et américaine, qui s’apprête à recevoir son diplôme. Ses parents arrivent un lendemain de cuite, elle est sale, vaseuse et ne se souvient plus avec qui elle a passé la nuit. L’auteur s’appesantit sur le lavage des dents, le menu du petit-déjeuner et les réflexions étranges du père. Mais au bout d’une cinquantaine de pages, ça y est, c’est bon, l’histoire et les personnages sont bien installés. On suit alors les aventures amoureuses de Madeleine, étudiante un peu niaise et personnage un peu creux certes, mais qui a le don d’attirer l’attention des garçons les plus tordus du campus.
Tout d’abord il y a Léonard, un brillant étudiant que Madeleine rencontre à un cours de sémiologie. Il suit ce cours en option, puisqu’il est avant tout étudiant en biologie. Madeleine tombe amoureuse de lui presque au premier regard, mais ils mettent du temps à sortir ensemble. Ou plutôt, devrais-je dire, Madeleine met du temps avant de s’engager dans ce qui sera la plus grosse erreur de sa vie. Léonard est maniaco-dépressif, bipolaire comme on dit aujourd’hui. Et cette tendance ne fera que s’accentuer lorsque ces deux-là vont rompre une première fois. Suite à cette épreuve, Madeleine va devenir, en quelque sorte, l’infirmière de Léonard.
Ensuite il y a Michel. Comme l’ange, il est un peu illuminé et c’est dans le cœur de Madeleine qu’il aimerait faire une marque. Contrairement à Léonard, il n’est pas séduisant, il n’est pas extrêmement brillant et surtout, il n’est pas imbu de lui-même. Le seul point qu'ils ont en commun est de tomber amoureux de Madeleine. Après avoir été éconduit par elle alors qu’il était persuadé qu’il l’épouserait un jour, il entame un périple en Inde, d’où il reviendra transformé.
Pendant ce temps, Madeleine vit un cauchemar avec son Léonard, mais ne s’en rend pas vraiment compte : l’amour et l’impression de se rendre utile lui font omettre le caractère mortifère de la situation.

Je n’irai pas plus loin, sinon je vais spoiler. Toutefois je peux dire que je ne me suis pas ennuyée avec ce roman, dont j’étais pressée de connaître la suite. Par ailleurs, les allusions littéraires nombreuses lui confèrent une dimension supplémentaire (le titre du roman est d’ailleurs dû à l’intitulé du cours et du mémoire réalisé par Madeleine, et dans lequel elle évoque Jane Austen et d’autres « romanciers du mariage). Un bon roman, mis à part les premières pages et le personnage de Madeleine, qui manque de profondeur et sans doute d’un brin de folie (ou de mysticisme). 

Simone IN LOVE

                                                                            
 Beauvoir in love, Irène Frein

Quand j’ai vu ce roman dans la librairie, je n’y croyais pas. Je me suis dit : « un roman de Beauvoir que je ne connais pas ? Un livre sur Beauvoir que je n’avais jamais vu ? ». Je dis cela sans prétention ; c’est simplement parce que j’adore cette auteur et ai beaucoup lu à son sujet. Mais en réalité, c’était une nouvelle sortie de la collection Points en livres de poche ! Je connaissais Irène Frein pour son roman Les naufragés de l’île Tromelin, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle publie un roman sur Simone !  Je me suis donc empressée de l’acheter et je l’ai lu dès lors que j’ai eu fini Jane Eyre. J’ai eu du mal à le lâcher. La narration est assez rapide, il n’y a pas de temps morts, le style laisse transparaître l’intensité de la relation qui unie Simone et Nelson Algren. Maintenant, laissez-moi vous raconter un peu…

Peu après la guerre, Simone de Beauvoir se rend aux Etats-Unis pour visiter ce pays dont Sartre, son amour nécessaire, lui a tant vanté les beautés et surtout les disparités. Là-bas elle s’ennuie, Sartre n’est pas là et en plus, il file le parfait amour à Paris avec Dolorès. Les conférences auxquelles elle va participer pour promouvoir l’existentialisme sont peu nombreuses, et la vacuité de son agenda la laisse sans force. Elle se dit qu’elle va profiter de ce temps libre pour aller voir les bas-fonds de New-York, mais également de Chicago. Pour être immergée au mieux dans l’univers des miteux à la Céline, elle va chercher un guide. Par hasard, on va lui parler d’un auteur, Nelson Algren, qui habite Chicago et justement côtoie les bouges de la ville. A force de persévérance, elle finit par le convaincre de la rencontrer. A ce moment là, elle ne sait pas que sa vie va prendre un tournant inattendu…

Entre eux, c’est comme un coup de foudre, mais qui ne sera consommé que plus tard. Simone reviendra en effet à Chicago pour le revoir, dans son appartement, et ce seront les débuts d’une passion, tant exceptionnelle et magique, que brûlante et destructrice.

Irène Frein s’est intéressée de près à cette période de la vie de Simone, de 1947 à 1950. C’est une période très riche littérairement, qui va lui inspirer sa plus grande œuvre, le Deuxième Sexe, ainsi que les prémices de ce qui deviendra les Mandarins. Mais c’est également une période de sa vie méconnue et mal connue. En effet, peu de souvenirs ont été transmis à travers l’autobiographie de Simone, et cette passion a été vue, de France, comme une sorte de lubie sexuelle. En réalité, il s’avère que cet amour contingent a été la seule et véritable passion amoureuse de Simone. Une passion dans toutes ses acceptions, avec ses moments hors du monde, l’abandon total de soi, le manque, la folie, les larmes, les cris ; tout le panel des émotions y passe. Et Irène Frein retranscrit cela d’une main de maître, suivant le rythme des émotions des amants tel un chef d’orchestre.

On apprend des détails touchants sur Simone, qui est présentée dans toute son ambivalence, à la fois éminente intellectuelle et femme-enfant sensible et idéaliste. Un élément marquant est le carnet dans lequel Simone et Nelson écriront chacun leur tour, chaque jour, pour décrire leurs journées, et surtout tester la vérité des sentiments de l’autre. Leur sincérité est à rude épreuve ; en effet, tous les deux sont prisonniers : Simone de son amour nécessaire pour Sartre, auquel elle ne peut s’empêcher de penser et auquel elle est liée jusqu’à la mort. Nelson de sa « maudite sensation », cette sorte de spleen furieux qui s’empare de lui sans qu’il sache pourquoi. Ces entraves empêchent les deux écrivains de vivre pleinement leur amour, qui eut pu les mener au mariage. Nelson est en effet plus qu’épris de Simone, et se voit bien faire sa vie avec elle. Mais il y a Sartre… et il ne laissera pas échapper son Castor.
Pendant deux ans, les amants oscillent entre passion sans nuages et journées de tempête, à l’issue desquels le carnet est noirci de termes exécrables, effroyables, odieux. Eros et Thanatos n’ont jamais été aussi proches dans leur tango macabre. Les lettres fusent, les rencontres s’enchaînent. Décevantes au début car on ne reconnait plus celui ou celle qu’on a tant idéalisé en souvenir, puis fabuleuses, avant que les chaînes de chacun ne les rappellent à l’ordre. Ils finissent par ne plus se voir, mais continuent de correspondre ; mais surtout, ils restent vivants à jamais dans le souvenir de l’un et de l’autre. Simone, après l’avoir eu dans la peau, le garde près d’elle jusqu’à la mort, emmenant son anneau dans sa tombe. Nelson, lui, peu avant sa crise cardiaque, réalise un collage émouvant à partir de photos de Simone et d’articles de presse publiés à son sujet.

Irène Frein a réalisé un roman remarquable, à partir de faits avérés, retrouvés dans les archives de Simone et Nelson. Elle a agi en biographe, et si le résultat est romancé, c’est pas souci de sincérité. En effet, les archives concernant Nelson sont peu nombreuses ou inaccessibles ; par conséquent, la solution la plus respectueuse était de romancer les passages obscurs. Toutefois elle ne dupe à aucun moment le lecteur, puisqu'elle indique ses sources (sans que le roman en soit chargé, au contraire, on a véritablement l’impression de lire un roman d’amour).

Bref, un fabuleux ouvrage, que je suis heureuse de posséder pour compléter ma petite collection sur Simone, et qui m’a également donné envie de relire Les Mandarins (cette passion est racontée de manière assez brève mais sans ambiguïtés dans le tome 2). En plus de cela, j’avais été extrêmement captivée et marquée par cette lecture, que je serai heureuse de reprendre. 

Pour plus d'informations, je vous invite à vous rendre sur le site consacré à l'ouvrage (oui oui, un site rien que pour lui !), où vous trouverez des interview vidéo, des images et de nombreuses informations regroupées par l'auteur avant l'écriture du livre. 

mercredi 14 mai 2014

Jane Eyre

       
« Le livre qui vous a sauvé la vie ». C’est une expression que j’ai entendue il y a longtemps, dans la bouche d’une prof de Fac. Elle disait qu’elle en avait rencontré, elle, des livres qui lui avaient sauvé la vie. Je ne me souviens pas si elle avait cité un titre… mais je me souviens que je m’étais dit : « et moi, est-ce qu’un livre m’a déjà sauvé la vie ? ». Sur le coup je n’avais pas trouvé de réponse. Mais je suis en mesure de dire aujourd’hui, plusieurs années plus tard, qu’il y en a eu, et même plus que ce que je crois. Celui dont je vais vous parler en fait partie. Je ne dirais pas en fait qu’il m’a sauvé la vie, je n’étais pas non plus au bord du gouffre, au point de me retenir aux derniers lambeaux de sa couverture. Mais il a redonné un goût perdu à ma vie de lectrice. Dans ce cas oui, finalement, il m’a en quelque sorte sauvé la vie, ou plutôt ramené à la vie.
      Ce livre c’est Jane Eyre, de Charlotte Brönte. Déjà, le livre en lui-même est assez exceptionnel : c’est une édition de 1946, couverture en carton kraft, pages coupées, lambeaux qui s’effilochent dans le lit quand on le dévore (c’est le cas de le dire) tard le soir. Comme les miettes d’un sandwich ; un truc bien revigorant. Mais un sandwich au roosbeef, une belle viande anglaise. Avec une fine moutarde et quelques délicates feuilles de salade. Moui, la comparaison de Jane Eyre avec un sandwich est pas mal finalement : la rudesse des caractères avec le rosbeef, le piquant du personnage qui ne se laisse pas faire (moutarde qui relève le tout) et la fine laitue, pour le style. Un style victorien sans fioritures et pourtant si désuet ! Ce livre, ce style, à part des miettes de pages, je n’en ai rien laissé. Parfois je me disais : j’ai quand même hâte de voir quand est-ce qu’elle va lui avouer que … (je ne dévoilerai pas grand-chose, pour ceux qui n’auraient pas encore eu le bonheur de lire ce livre magnifique !) (je savais ce que j’allais découvrir, dans l’ensemble, puisque j’avais déjà lu ce roman il y a quelques années de cela), bref, j’avais envie de passer des phrases, voire des pages, mais impossible de lâcher un mot !! Malgré le style désuet, un rien ampoulé, l’équilibre est tellement parfait qu’on ne laisse rien. Et ce roman, c’est exactement ça : un équilibre parfait : dans la construction, dans l’intrigue, dans son style et dans ses personnages. Même, dans mon cas, dans l’objet même. Un chef d’œuvre donc.
          Jane Eyre est magnifique : une maîtresse femme malgré sa rude enfance et son apparence fluette. Elle a peur des fantômes mais c’est pour mieux s’en sortir après, face aux terreurs que va lui infliger, malgré lui, ce cher Rochester dans son château de Thornfield (champ d’épines, rien que ça !). Des épines il y en a, beaucoup même, mais il y a surtout la rose ! Rien à voir avec les émissions quasi pornographiques d’aujourd’hui, même si le symbole de la rose reste un peu le même : l’amourrr, toujours l’amour ! Mais on aime ça, et ce roman est un des plus beaux romans d’amour que j’ai eu à lire.
       Seul bémol dans cette histoire (car tout chef d’œuvre a son imperfection, sinon je ne pense pas que ce soit un chef d’eouvre digne de ce nom) : la dernière partie, et surtout les échanges avec John le pasteur. Mais bon, Charlotte Brönte étant fille de pasteur, on peut comprendre.
        Voilà, j’arrive au bout de ce que je voulais partager concernant Jane Eyre. Je ne répéterai pas que c’est un chef d’œuvre (sic…) mais en tout cas, je vous invite vraiment à le lire, et même le relire. Son action bénéfique est toujours la même.

        Ah oui, pourquoi est-ce qu’il m’a ramenée à la vie, « lecturellement » parlant ? Et bien parce qu’avec lui j’ai tout oublié, et que je l’ai lu en quelques traites seulement. Un vrai miracle, qui m’a relancée sur la route, à une bonne vitesse de croisière. 

vendredi 9 mai 2014

Un nouvel Auster, pour relancer la machine !



Moon Palace, Paul Auster

J’étais persuadée d’avoir lu les principaux romans de Paul Auster ; alors forcément, Moon Palace devait en faire partie. J’étais prête à parier. Hors, par un heureux hasard, une amie me l’a prêté, je l’ai feuilleté et je me suis dit : « Si jamais je l’ai déjà lu, c’est que l’amnésie (ou la vieillesse…) m’a frappé de plein fouet. » En réalité, je n’avais jamais ne serait-ce que mis le nez dans ce roman au titre pourtant familier. Heureusement que je n’avais pas parié, finalement.
Pressée de renouer avec les émotions que ne manque jamais de me donner un bon roman de Paul Auster, je me suis donc plongée sans autre forme de réflexion dans l’espace stellaire et confortable que promet le titre. J’ai été conquise au début. J’ai immédiatement reconnu ce qui fait que cet auteur est un de mes auteurs préférés : un personnage attachant donc on il nous fait partager la vie dans les moindres détails, une tranche de vie emplie de coïncidences et de résonnances. Auster nous fait entrer dans la vie de Fogg en plein virage. La route va alors devenir chaotique, voire carrément dangereuse. J’ai eu du mal à lâcher le livre pendant tous ces épisodes. En plus, comme souvent, le personnage a un rapport assez particulier avec les livres et la littérature. Celui-ci n’est pas un véritable écrivain, mais il pourrait nous le laisser croire. Son rapport aux livres est dès le début hiératique et quasiment charnel (sans trop dévoiler, je peux vous dire qu’il va s’en servir pour meubler son appartement). Ce sont toujours les mêmes motifs qui reviennent, ceux de Paul Auster, et encore une fois je n’ai pas été déçue puisque ces motifs, ces obsessions, je les aime beaucoup.
Passées les cent premières pages, la vie de Fogg prend un nouveau tournant, incarné par une nouvelle rencontre, qui va infléchir le cours de son existence. Qui aurait cru que s’occuper d’un vieil homme en fin de vie réservait autant de surprises et surtout serait source de tant de concomitances ? Encore une fois chez Auster, le hasard ne nous apparait pas autrement qu’une vaste mascarade, destinée à tester les limites du personnage, mais à nous tester, nous aussi. Auster illustre son immense pouvoir de démiurge. Il tire les ficelles et nous embobine jusqu’au bout. C’est très artificiel tout ça ; on peut en être déçu. Mais c’est l’une des prérogatives d’un auteur que de créer des hasards et des coïncidences plus énormes les unes que les autres ; Auster en use et en abuse !
Ainsi on découvre que les liens qui unissent les personnages sont plus proches que ce qu’on pouvait imaginer, et l’histoire nous emporte alors sur des voies trop rapides. Tout s’accélère un peu trop, les coïncidences deviennent trop encombrantes, et les détails avec. Ici réside le paradoxe de cette fin de roman : trop longue dans ses descriptions, trop rapide dans son synopsis. Toutefois cela n’entache pas mon admiration pour cet auteur, qui semble dévider une bobine au fil de ses idées, sans toutefois en perdre la logique (au risque de jouer d’artifices parfois gênants), et n’omet jamais de laisser au fil du texte ces motifs en écho (ici, c’est forcément la lune) que je suis contente de croiser au cours de la lecture.

Tout ceci n’est bel et bien qu’abondance d’artifices (avec toutefois, au premier plan, des aventures fortes et touchantes), mais c’est ce qui me plait dans ce roman. On est en plein dans la littérature, même si ce n’est pas le meilleur roman d’Auster (j’ai en tête Sunset Park, dans lequel les aventures des personnages sont plus plausibles et donc plus fortes). 

mercredi 7 mai 2014

La singulière lecture du roman méconnu de Points

La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimée Bender

On peut dire que ce titre est selon moi un bon titre. Tout d’abord il intrigue : on se demande ce que peut bien avoir à faire un gâteau au citron dans un roman. On s’attend à une histoire sucrée, légère. Une histoire de cuisine, de pâtisserie, d’enfants, que sais-je… Mais n’oublions pas la première partie du titre ; il est tout de même question de tristesse. Un gâteau peut-il être triste ? Surtout un  gâteau aussi ensoleillé qu’un gâteau au citron ?
Toutefois l’essentiel n’est pas là. Il réside bien plutôt dans le premier mot, le premier adjectif : la singularité. Tout est en effet singulier dans ce roman. En commençant par son titre.
Comme on pouvait s’y attendre, le personnage principal est une enfant : Rosie, qui a neuf ans au début de l’histoire, se découvre un don (ou peut-être est-ce plutôt un fardeau…) : elle goûte les émotions des autres à travers la nourriture. Elle fait cette amère découverte le jour de son anniversaire, en goûtant le gâteau au citron préparé par sa maman. Plutôt que le parfum acidulé du citron, c’est le vide et l’amertume de sa maman qu’elle goûte. La nourriture lui devient alors insupportable, et les choses ne vont pas aller en s’arrangeant. Plus elle prend conscience de cette étrange capacité, plus elle en souffre. Rosie ne peut plus passer à table sans appréhension, puisque les émotions contenues dans les aliments sont les plus pathétiques de la nature humaine. Les pires étant celles des plats préparés par sa maman. Afin de trouver un peu de sérénité dans ce qu’elle mange, elle se tourne vers les distributeurs, les plats tout prêts, les aliments bruts. Puis, au fil de sa quête d’un repas qui la nourrisse sans la déprimer, elle se met à faire le tour des restaurants du coin, à la recherche du cuisinier heureux qui saurait lui faire goûter un peu de joie.
A ces questions d’émotions et de cuisine, s’emmêlent les émotions de Rosie qui vit ses émois d’adolescente, mais également ses inquiétudes à l’égard de son frère. Lui aussi possède une sorte de « don » qui le rend absent au monde, au sens propre du terme. Je n’irai pas plus loin, au risque de spoiler !


·         Je terminerai simplement par une remarque : ce livre a été sélectionné par les lecteurs de POINTS en 2014, et pourtant je ne l’ai trouvé que dans une seule librairie (la Librairie Ryst, à Cherbourg !). Or ce roman vaut vraiment la peine d’être connu, et lu. Il est extrêmement singulier, mais c’est cette singularité qui en fait la richesse. Et son titre… que dire d’autre encore, à part que la définition d’Umberto Eco me semble bien appropriée :  Un titre doit embrouiller les idées, non les embrigader. 


jeudi 16 janvier 2014

L'étude n'est pas toujours là où on l'attend

Une année studieuse, Anne Wiazemsky

Ce roman a tout pour plaire ; du moins selon mes goûts. Je vais donc procéder à l’élaboration d’une liste aussi courte que possible (ne baillez pas déjà !) pour tenter de cibler les causes de son succès. En espérant que ces arguments trouveront écho.
Déjà, ce n’est pas à proprement parler un roman. Il ressemble en fait davantage à une autobiographie. Or les autobiographies, plus encore quand il s’agit de celui d’une jeune fille, me plaisent bien en général. Pour tout dire, je suis une fan inconditionnelle des Mémoires d’une jeune fille rangée. Donc forcément, un roman comme celui-là, ça me parle !
Pour continuer sur cette lancée, parlons de l’époque : c’est justement celle de Simone ! Le siècle des existentialistes, des féministes, de Mai 68, des révolutions en tous genres. Bref, ce roman nous immerge totalement dans cette époque troublée mais sous haute tension.
Ce roman parle donc d’étincelles : celles de la révolution, mais aussi celles de l’amour. Il ne faut pas se laisser méprendre par le titre : cette année qui nous est contée n’a rien de studieux. Au contraire, elle marque bel et bien un tournant dans la vie de la petite fille de François Mauriac (oui oui, vous avez bien lu ! l’autobiographie d’une future écrivaine, descendante direct d’un des plus grands auteurs du XXème siècle, ça donne l’eau à la bouche non ?) Celle-ci va faire la rencontre de Jean-Luc Godard, le célèbre cinéaste. C’est donc sous l’égide de la lumière et sous les feux de la rampe que la vie d’Anne prend un tournant ; que dis-je, un virage en épingle à cheveu !
Toutefois ne vous y méprenez pas : comme toute histoire d’amour, celle-ci a ses zones d’ombres. Vivre avec Godard n’est pas facile. Anne et Jean-Luc s’opposent par leur âge, leur maturité, leurs désirs. La famille d’Anne se veut aussi un frein à cette passion insatiable. Les deux amants finissent par se marier (siècle bourgeois oblige, il faut bien régulariser tout ça !), mais rencontre de nombreuses crises, dont certaines vont jusqu’à la douleur physique.

Bon, je ne m’aventurerais pas plus avant dans des considérations politico-sociales, ce n’est pas mon quartier. Je préfère vous vanter, encore, les vertus littéraires et émotionnelles de ce roman. Anne Wiazemsky écrit ses souvenirs avec autant d’épaisseur et de spontanéité que si elle était en train de les vivre au même instant. On sait tout – ou presque- de ses sentiments, états d’âme, colères et inquiétudes. A 66 ans, elle a investi la peau de celle qu’elle était à 19. Cette année studieuse, où elle tente d’étudier la philosophie tout en s’imprégnant des bouleversements de l’époque et de sa vie, ne parvenant pas à s’investir pleinement ni dans l’une ni dans l’autre, est une année d’apprentissage intense et sans doute trop pleine pour une jeune fille en fleur (Gaudard dit d’ailleurs d’elle qu’elle est « un animal-fleur »). Malgré tout, le ton du livre est plutôt gai, parfois naïf. L’auteur ne nous impose pas le recul qu’on aurait pu attendre d’un tel retour sur soi; elle nous laisse le plaisir de la fraîcheur, d’une jeunesse avide de découverte, et à l’appétit d’expériences insatiable. De là à dire que c’est un éloge de la jeunesse, il n’y a qu’un pas. Mais je ne le franchirai pas. Pourquoi ? Parce que ça fait trop article de Télérama ! 

jeudi 7 mars 2013

Le chagrin en question


Le chagrin, Lionel Duroy


Le titre est comme un leitmotiv qui revient tout au long du livre, et ne doit bien entendu rien au hasard. Ce n’est pas un titre qui trompe : il va bien il y avoir des pleurs et de la peine dans ce roman. Toutefois, ne vous attendez pas à être apitoyé tout du long ; les sentiments sont mitigés, et peuvent diverger selon la manière dont on se place.
Venons-en au vif du sujet : Lionel Duroy, sous couvert du narrateur William, nous raconte dans ce « roman » rien d’autre que sa vie, de sa naissance à la parution de son autobiographie Priez pour nous. Il nous raconte ses frères et sœurs, leurs aventures et leurs galères. Surtout leurs galères…
Il est le quatrième de dix enfants ; on peut dire que ses parents s’aimaient. Le problème était que sa mère veut vivre dans le luxe, train de vie qu’elle ne peut se permettre, toute baronne qu’elle est, et que son père, piètre calculateur, fait tout pour lui permettre de vivre comme une duchesse.
Avec son regard d’adulte, l’auteur (ou le narrateur, mais enfin personne n’est dupe) juge cette famille unie mais où chacun est plus ou moins anéanti par les ennuis perpétuels qui leur tombent dessus (expulsions à gogo, lettres d’huissiers, saisies, renvois de l’école bref… tout un pannel d’évènements qui ne peuvent permettre à des enfants de s’épanouir comme il le faudrait). L’auteur critique donc cette vie qui lui a tellement pesé, et on le comprend. Toutefois, c’est ici que le bas blesse. En effet comment, en tant que lecteur, doit-on se positionner face à une telle charge critique ? Vers la fin du livre, Lionel raconte comment il a fini par être banni de la famille à cause de ce livre où il raconte les galères de tous sans mâcher ses mots. Ses mots qui ont anéanti la réputation de sa mère – qu’il dit vouloir tuer grâce à son livre et ce qu’il réussit d’ailleurs-, de son père, de sa famille toute entière. Alors, doit-on cautionner, sous couvert de fiction, un tel déchaînement de haine ? Surtout, dois-je rapporter ici les critiques émises par l’auteur sur les membres de sa famille ? Si l’on considère qu’il s’agit d’une fiction, on le peut. Ainsi on étudie bien Vipère au poing à l’école, alors qu’on se doute bien de la forte par autobiographique de l’ouvrage. Mais ici ? Comment recevoir un livre dont l’auteur nous dit que sa genèse, ce Priez pour nous, a fait tant de dégâts ? Avec la presse qui en rajoute, avec les proches qui s’insurgent, les amis qui se détournent… Il a détruit sa famille en voulant s’en échapper. Cela peut se comprendre. Mais je pose toujours la question : comment le lecteur doit-il prendre cela ?
Pour le reste, je dois dire que j’ai passé de superbes moments avec ce livre, qui raconte une enfance, une jeunesse, des années 1940 aux années 90. Les bêtises, les amours, les emmerdes, et la fin… Fin dont j’ai assez parlé d’ailleurs. Un long long bouquin, mais que j’ai eu  du mal à lâcher finalement. Bref, en dépit de mes questions, j’ai adoré !

mardi 5 mars 2013

La série télé entre vos mains


Doggy Bag saison 1, Philippe Djian

Cela fait longtemps que ces livres sont dans ma bibliothèque, mais je ne m’y étais pas encore lancée. Une série de bouquins à la manière d’une série télé, cela me laissait septique… N’en voit-on pas assez à longueur de journée, sur tous les écrans, dans toutes les langues, et de toutes qualités ? On zappe d’images en images, au rythme de nos envies, mais également au rythme de ces « soap » qui enchaînent les épisodes, les répliques cinglantes, les archétypes.
Mais finalement, ayant besoin de légèreté dans mes lectures en cette période de vacances (l’esprit a besoin de repos aussi !) je me suis lancée dans le premier opus, que j’avais emmené, avec une certaine perspicacité, dans ma valise.

En dépit de nombreuses critiques négatives que j’ai pu lire à son propos, le Doggy Bag de Djian n’est pas si mauvais. Même s’il est vrai qu’on peut le prendre pour une espèce de mic-mac de restes de ses autres livres, il n’a pas conservé que les plus bas morceaux, et a agrémenté les reliefs de ce Doggy Bag d’une saveur inattendue voire jamais vue.

On retrouve comme toujours énormément de scènes et de pensées sexuelles. Sans cela, ce ne serait pas Djian. Les femmes ont encore et toujours une place à part, celle qui éveille les plus ardents désirs mais qui console et réconforte. Celle qui est frustrée aussi par les hommes, qui finalement semblent toujours essayer de mener le monde par le bout de leur… . Bref, vous avez compris.
L’histoire en elle-même n’a rien de transcendant, et s’inspire clairement des séries télé américaines : deux frères, propriétaires d’un garage, entretiennent des liaisons ici et là, jusqu’au jour où Edith, l’amour de leurs 20 ans, refait irruption dans leur vie. Raz de marée en jupes courtes, elle bouleverse littéralement l’équilibre de l’entourage des deux frères. Bon, en trois lignes, voilà le résumé.

Toutefois je vous ai parlé de saveur inattendue, et vais essayer de vous persuader que je n’ai pas menti. Sous couvert de ces clichés, Djian réalise un véritable tout de force littéraire en nous proposant ce qui s’apparente à un mélange salé de scénario et de vaudeville. En effet, tout s’enchaîne à une vitesse phénoménale. Les répliques fusent, les personnages se croisent et se décroisent, les paragraphes s’enchaînent voire se déchaînent. Il faut parfois avoir le cœur bien accroché puisqu’au sein d’un même paragraphe il n’est pas rare de passer d’un lieu à un autre, d’un évènement à un autre, d’un frère à l’autre, enfin voilà. Et ce qu’il y a de remarquable, c’est que tout s’enchaîne sans que le soufflé s’écrase, et surtout sans qu’on en perde le fil. Je n’ai finalement au aucun mal à m’y retrouver (en plus, Djian dresse la liste des protagonistes en début d’ouvrages, tel un dramaturge, et c’est véritablement ce qu’il est ici !). Je pense qu’une fois qu’on a accepté de se faire trimbaler à ce rythme effréné, on ne peut que suivre, ou tout abandonner.

Il est vrai qu'ici Djian ne fait pas de la grande littérature ni un récit inoubliable, mais que la forme de ces romans est à couper le souffle (dans les deux sens du terme). Oubliées les descriptions, oubliés les personnages fouillés. On entre dans les pensées, on pénètre dans les maisons, on espionne les scènes les plus intimes mais sans s’y attarder, sans prendre le temps de comprendre réellement ce qui nous arrive. On est loin loin loin du roman balzacien ; on est face à la modernité littéraire, celle qui s’imprègne du monde dans lequel on vit, de sa vitesse, de sa culture, de son besoin de divertissement. Djian nous divertit, à 100 à l’heure, comme dans une montagne russe qui parfois donne mal au cœur mais nous laisse toujours un sourire un peu béat aux lèvres.
Je ne sais pas si je vous ai convaincus mais en tout cas, pour ma part, je pense bien continuer la série !

samedi 2 mars 2013


Les quelques romans de Laura Kasischke que j’ai lus et dont je n’ai pas encore parlé

    Il y a quelques mois, ma maman –qui a toujours une énorme longueur d’avance niveau lectures et découvertes, et dans la bibliothèque de laquelle je pioche plus volontiers que sur n’importe quelle table de sélection de libraire- m’a fait découvrir cette auteur américaine, qui a publié un certains nombre de romans. Elle y met en lumière la vie aux Etats-Unis avec une certaine finesse, et a un talent particulier pour rendre compte de sentiments adolescents. Elle a en cela quelque chose de Joyce Carol Oates, sans la puissance démiurgique. Elle me semble, en quelque sorte, secrétaire de la vie de banlieue de femmes et d’adolescentes des Etats-Unis modernes, en proie toutefois à des situations qui n’ont rien de très banal… Une secrétaire qui aime plonger ses personnages, tout droit sortis de la vraie vie, dans des situations qu’on ne rencontre pas aisément dans cette « vraie vie » (et heureusement), et qui cependant n’ont rien d’impossible. En bref, la situation initiale est plausible, la fin des romans fait froid dans le dos. Voilà l’espèce d’équation que j’ai pu déduire de la lecture de trois romans de Laura Kasischke (dont je vous mets au défi d’épeler le nom !) : Un oiseau blanc dans le blizzard, A moi pour toujours, et le dernier en date (pour moi) En un monde parfait. Concernant la cohérence de son œuvre, au vue du peu que j’en connais, je peux déjà vous donner un indice : les titres ne sont pas choisis au hasard, et on se rend compte à la fin de la lecture à quel point cette fin incroyable et inattendue nous était presque donnée à travers le titre…
Chacun de ces romans met en scène une femme au destin brisé ou en passe de l’être, entourée d’adolescents dont l’évolution sera plus ou moins au centre de l’intrigue.


    Venons-en au premier que j’ai lu, à savoir Un oiseau blanc dans le blizzard. Maman me l’avait présenté comme un espèce d’ovni, ni polar ni simple roman de mœurs, un livre inattendu qui pourtant, à ma grande surprise, commence d’une manière somme toute assez classique : une mère de famille de la banlieue new-yorkaise, agacée par époux, fille et ménage, disparaît. On pense qu’elle a pris le large… et pourtant, il n’en est rien, comme nous le découvrons avec stupeur à la fin. Je ne peux toutefois pas me permettre de vous la dévoiler cette fin ; elle m’a trop surprise, voire bouleversée. Cependant, je vais malgré tout l’évoquer en bas de page, afin que ceux qui voudraient voir ma théorie de l’équation illustrée puissent trouver satisfaction. Ceci étant dit, on peut s’attendre à beaucoup de choses de la part de cette intrigue. Plusieurs points de vue s’offraient à l’auteur et personnellement, je m’attendais à ce que nous soit contée la fuite de la mère, ses retrouvailles avec la liberté, le vent de la liberté, des hommes, de la jeunesse perdue. Mais pas du tout. C’est en réalité la vie de sa fille et de son époux, après sa disparition, qui sont le cœur du roman. Sa fille qui a un petit ami que la mère trouvait à son goût ; cette même fille dont on suit l’évolution pendant trois ans, trois ans sans mère mais finalement sans joug, libre de devenir jolie, féminine, même de chiper les vêtements de cette mère souvent détestée (elle est semble-t-il partie sans rien). Son époux, qui est au début totalement perdu, retrouve l’amour, la liberté. Finalement c’est bien de liberté dont il est question, mais pas celle qu’on aurait pu attendre. Voilà en quoi cette auteur surprend : elle nous emmène dans des directions que l’on n’aurait pas forcément soupçonnées, elle nous surprend à chaque page ou presque, et au bout d’un moment, on finit par se dire que quelque chose cloche… Surtout que la mère ne revient jamais… Mais stop, j’en ai trop dit pour ceux qui ne voulaient rien savoir ! Les autres, je vous renvoie comme prévu en bas de page.

    J’ai acheté moi-même le second roman, forte de cette première expérience et des informations que j’avais pu glaner sur ses romans ici et là. J’avoue l’avoir acheté par pure symbolique au début : en effet, la couverture représente un cœur de Saint-Valentin, et nous étions le 13 février. Pur sentimentalisme donc, pour finalement découvrir encore une fois une intrigue inattendue – bien qu’un peu moins que celle qui précède. Dans A moi pour toujours, locution amoureuse qui, les lecteurs le constateront- n’a rien de bien romantique, l’histoire commence par un billet doux dans un casier de la Faculté de Lettres. Notre héroïne, épouse, mère et professeur de fac ayant dépassé la quarantaine, croit donc avoir un admirateur secret… S’ensuivent des tas de situations rocambolesques - teintées cependant d’un certain trouble- mettant en scène la meilleure amie, le mari, le fils, et les amants potentiels. Jusqu’au jour où elle rencontre vraiment un amant, mais ce n’est pas celui des billets… Où nous emmène-t-on encore ? Enfin maintenant, on l’aura compris, avec cette auteur c’est la question qu’il ne faut même plus se poser. Je laisse le plaisir à ceux qui le souhaitent de découvrir la surprenante résolution de cette étrange parenthèse de vie.

    Le dernier roman en date dans mes lecture est En un monde parfait. L’atmosphère en est d’autant plus surprenante que nous sommes plongés dans les années 2030-2040, en pleine apocalypse. Les Etats-Unis sont touchés par une espèce de grippe, qui dissémine la population telle une épidémie de peste. Mais comme rien n’est en apparence cohérent avec Laura Kasischke, il n’est pas question de décrire le chaos, mais de parler d’amour. Une jeune hôtesse de l’air de trente ans, célibataire endurcie, épouse le commandant le plus séduisant du ciel, rendant jalouses toutes ses collègues. Seule ombre au tableau : cet homme et veuf et a trois enfants, dont le plus jeune a 9 ans. Nous allons donc suivre au fil du roman l’évolution des relations entre la jeune belle-mère et ses beaux-enfants, et particulièrement celle avec les belles-filles, qui ne sont pas toujours tendres… Mais comment tout cela peut-il évoluer en plein chaos ? C’est ce que l’on découvre avec une espèce d’impatience tout au long des pages. Le roman devient alors une sorte d’hymne à la cohésion, au partage, au retour aux vraies valeurs. Sans cependant tomber dans la niaiserie. Du grand art je trouve.

Pour ceux qui le souhaitent : la situation finale des romans !

L’oiseau blanc dans le blizzard, en réalité, n’est rien d’autre que le corps de la mère qui repose depuis trois ans dans le congélateur de la cave, soigneusement déposé par l’époux dévoué mais totalement bridé. Troublant n’est-ce pas !
A moi pour toujours, c’est finalement ce que souhaite en quelque sorte un fils pour sa mère. En effet ce dernier n’hésite pas à tuer un de ses camarades qu’il soupçonne d’être l’amant de sa mère… Une fin encore une fois inattendue, un peu tirée par les cheveux selon moi, mais qui a le mérite de surprendre !
Le monde parfait du dernier roman n’est autre que celui d’une apocalypse auquel la nouvelle famille survit, en l’absence du père et grâce à la pugnacité de Jiselle, notre héroïne. Et le tout sans niaiserie, promis !

mercredi 6 février 2013

Goncourt des Lycéens 2012


La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, Joël Dicker 

Un homme de trente-cinq ans amoureux d’une jeune fille de quinze ans (qui s’appelle Nola, pas Lolita... quoi que...), un écrivain en panne d’inspiration, une petite bourgade des Etats-Unis et une cohorte de personnages intrigants. Mélangez tout ça, organisez un peu, et vous avez une histoire mirobolante.
Notre histoire se passe à Aurora, petite ville du New Hampshire. Un écrivain célèbre, Harry Quebert, y coule des jours solitaires et paisibles. Enfin paisibles oui, jusqu’au jour où le cadavre de Nola est découvert dans son jardin, trente ans après sa disparition. Au même moment son élève et ami, Marcus Goldman, écrivain à succès, est en passe de tomber dans l’oubli (victime d’une panne, et pas n’importe quelle panne : celle de la plume). Anéanti à l’idée de perdre tout ce qu’il avait si rapidement gagné (le succès, la gloire, les filles), il cherche refuge et conseil auprès de son vieil ami. Mais celui-ci va être aux prises avec ses vieux démons… et  avec la police. C’est lui qui aurait tué la jeune fille ? Lui qui l’aurait aimée aussi ? Quoi qu’il en soit, Marcus accourt à Aurora pour le soutenir, et finalement trouver l’inspiration : il va écrire un livre sur cette affaire.
Sous couvert de métalittérature, c’est une enquête policière riche en rebondissements qui s’offre à nous. Les personnages que l’on rencontre sont extrêmement intrigants. A croire qu’habiter dans une ville pommée des Etats-Unis vous rend tellement has been que vous en devenez un sujet palpitant. D’autant plus que la majorité de l’intrigue, constituée de retours en arrière, se passe en 1975.
C’est au cours de l’été 1975 que Nola, jeune fille de quinze ans rayonnante, tombe amoureuse des mouettes et de l’écrivain. C’est cet été là aussi qu’elle sert au snack de la ville aux côté de la jolie Jenny, qui se consume d’amour pour l’Apollon national, lequel passe ses journées à simuler la rédaction de son œuvre d’art sur un coin d’une table grasse de la gargote. Bien sûr Jenny est elle aussi l’objet de toutes les convoitises, tout comme Nola. Il fait chaud à Aurora; c’est ce que l’on va découvrir tout au long de l’enquête de Marcus Goldman…
Des personnages surprenants, une mise en perspective de l’acte d’écrire, de l’enquête que cela implique, mais aussi de l’acte de lecture qui est également une enquête. A la fin du livre, Harry prodigue son dernier conseil à Marcus : un bon livre, c’est celui qu’on referme avec un petit pincement au cœur, et dont la couverture nous rappelle tous ces personnages avec qui on a un peu vécu, et qu’on vient de quitter…
Cette sensation de partager l’existence et les souffrances de tous ces personnages gravitant autour du couple Harry et Nola (parce que bien sûr, c’est Harry l’amoureux transi) est vraiment celle que j’ai éprouvée tout au long de la lecture. Toutefois, malgré la qualité de la démonstration de création d’un livre (acte illocutoire, le dire c’est le faire, le livre se crée par moments sous nos yeux), on peut regretter certaines longueurs et les répétitions. Mais pas surprenants ni vraiment blâmables, puisque le livre fait plus de 600 pages.
Cet ouvrage a reçu le prix de l’Académie Française et a aussi été élu par les Lycéens pour leur Goncourt 2012. Un bon livre, qui tient en haleine et se veut miroir de la littérature, même si on peut déplorer quelques longueurs et quelques clichés.

Pour un autre avis, l'article d'Emma. 

samedi 5 janvier 2013

Un goût de thriller

Ces derniers temps, à force de regarder la série Dexter, je me suis mise à apprécier le frisson. Je me suis donc dit que lire pour frissonner un peu ne serait pas une mauvaise idée. Voilà les premiers résultats.


Un oiseau blanc dans le blizzard, Laura Kasischte

En résumé, c’est l’histoire d’une mère qui disparaît sans laisser de traces. Alors, comme on s’en doute, sa fille et son mari se retrouvent seuls. Sa fille avec des problèmes de poids, de couple, de vie d’ados, et son mari avec ses responsabilités d’homme au foyer. Pendant trois ans on suit la vie de ces deux personnages, principalement celle de la jeune fille qui, lors de la disparition de sa mère, est au lycée, puis arrive à la fac. Tout au long du récit, on découvre des éléments inquiétants sur les rapports qu’entretenaient la jeune fille et sa mère, mais aussi sa mère et son père, et enfin sa mère et son petit-copain… Une femme inquiétante dont on découvre le portrait en filigrane. Un portrait glacial et glaçant d’ailleurs, un peu comme ce qui lui est arrivé… Mais je n’en dirai pas plus !
Ce roman, qui a un côté thriller édulcoré, tient en haleine. En outre, l’auteur décrit avec beaucoup de vérité les émois adolescents, même les plus intimes. Un bon roman !

Jusqu’à la folie, Jesse Kellerman

Le roman commence par des descriptions sanglantes d’hôpital et d’opérations. Evidemment, puisque notre personnage principal (Jonah) est étudiant en médecine. Période de stage pour être exacte. On le suit dans sa soirée marathon, puis dehors, alors qu’il rentre chez lui, et c’est là que tout arrive : il tombe nez à nez avec une femme en pleine agression. Ni une ni deux, il se jette sur l’agresseur et, comme tout bon médecin l’aurait sans doute fait (…) il lui tranche la gorge. Propre, net, et sans préméditations.
Dès cet instant, sa vie se met à changer. Procès en vue, prison peut-être… Mais pourtant, tout ceci n’est pas le pire. Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, la folie ne vient pas à cause de remarques incessantes de collègues (il se fait appeler Superman et est régulièrement rédiculisé), ni du spectre de la punition à venir, ni des blessures de l’affrontement héroïque. La folie a pour source … une femme. La jolie jeune femme qu’il a sauvée. Au début tout se passe bien, même très bien. Ils finissent amants, comme vous vous en doutez. Rien de bien palpitant (pour les lecteurs en tout cas), jusqu’au jour où cette gentille jeune fille révèle sa nature sado-masochiste. Dès lors elle rend Jonah fou en le poursuivant partout, tel un gnome effrayant. L’histoire commence alors vraiment, Jonah cherchant par tous les moyens à échapper à ce démon qu’il a lui-même introduit dans sa vie. En outre, le lourd passé amoureux de Jonah ne simplifie pas l’affaire, et pimente considérablement cette histoire.
On est tour à tour effrayé, galvanisé, ému et même parfois amusé. Un bon roman de vacances !

Sinon j'ai également lu Les Rivières Pourpres de Grangé. J'écrirai peut-être un article à ce propos.  

dimanche 2 décembre 2012


Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

Il y a de ces livres qu’on lit d’une traite, et qui laissent sur nos vies une marque plus ou moins sensible. Ce dernier ouvrage de Delphine de Vigan, dont je commence à plutôt bien connaître le style – un peu malgré moi je dois dire, au fil des occasions, d’abord No et moi que je n’ai pas lu mais dont on m’a beaucoup parlé, ensuite Jours sans faim qui m’a plutôt marqué, puis Les Heures souterraines qui m’a ébranlée à cause de la vérité assez horrifiante des faits, puis Un soir de décembre, abordé par hasard. Bref, ce dernier ouvrage, encore en grand format, frais émoulu de la plume de son auteur, a été entre mes mains quelques jours, et ce pour des moments forts.
Dans ce livre à matière autobiographique, Delphine de Vigan raconte sa mère, Lucile, la dame bleue, bleu de la mort, bleue de la danse, bleus de la souffrance. Elle brode le canevas de l’histoire de cette femme toujours mystérieuse, dont les parents et les frères et sœurs n’ont jamais su grand-chose. A l’aide de témoignages divers, de carnets retrouvés, de cassettes enregistrées, Delphine de Vigan construit son œuvre. Ce matériau comme elle l’appelle, d’origine familiale, ne laisse personne indifférent, remue les esprits et les cœurs, mais elle avance, il le faut, elle doit le faire, depuis le temps qu’elle dit qu’elle va écrire sur sa mère.

D’abord son enfance, qui m’a fait penser à Simone de Beauvoir, peut-être à cause de l’ambiance parisienne de la famille (pourtant nombreuse ici). Et puis son adolescence, mélange de Beauvoir et Sarraute. Ensuite sa vie adulte, qui ne ressemble à aucune autre, pleine de cris et de folie furieuse. Mais maintenant, j’ai des images plein la tête, issues de ce livre. Il est de ces ouvrages qui laissent des scènes en tête, un peu comme dans un film. Et en plus de cela, il nous amène à penser, à réfléchir, sur la famille, ses malheurs, ses douleurs, ses secrets. Enfin les trois sont un peu la même chose… Le secret est douloureux, la mort est douloureuse, la douleur des siens est une douleur sans fin. C’est peut-être cette douleur que Delphine de Vigan a voulu exhumer pour mieux l’emprisonner, à travers les pages de ce livre. C’est peut-être ça, ce que le jour doit à la nuit… 

vendredi 12 octobre 2012

Hommage à la Norvège


Hommage à Anne B. Ragde

Non non, elle n’est pas morte cette dame, au contraire, et j’espère qu’elle va continuer à sortir plein de livres de sa froide Norvège, plus passionnants les uns que les autres.


Pour commencer dans le froid, je vous parlerai de Zona Frigida, premier roman que j’ai lu de cette auteur. Ça a été un coup de cœur. Je sais quand un livre va me plaire vraiment beaucoup parce que je le lis vraiment très vite, par rapport à d’autres livres en tout cas. Celui-là, il était difficile de me l’enlever des mains, donc bon… Au premier abord, l’histoire peut paraître étrange : c’est celle d’une jeune femme un peu pommée, un peu à les Despentes, qui part en croisière dans un lieu atypique : dans l’Océan Glacial Arctique. Elle prend place à bord d’une espèce de chalutier aménagé, accompagnée d’une douzaine de personnes, équipage inclus, et traverse les glaces. Glaces des mers, mais aussi des hommes. Elle rencontre des ours, des phoques, des fous et des nounours. Bon dit comme ça ça ne donne peut-être pas vraiment envie… Mais il y a quelque chose dans la manière de raconter, d’écrire, dans le rythme de l’histoire qui fait qu’on est pris dedans, un peu comme un bateau dans les glaces, sauf qu’on y est bien, dans la mer d’Anne B. Ragde (pourquoi ce B. d’ailleurs, qui rend son nom limite imprononçable, une sorte d’éternuement, je ne saurais pas vous dire. Et je n’ai pas envie de chercher parce que finalement, les atchoums, ça fait son charme). D’autant plus qu’il y a tout de même des intrigues assez prenantes, qui laissent les pages se tourner plus vite qu’on ne croirait. Une très bonne surprise !

Suite à ce grand plaisir de lecture, je me suis attaquée, quelques semaines plus tard, à sa trilogie. Un peu impressionnant de s’attaquer à une trilogie, même si chacun des livre ne dépasse pas les 400 pages. M’enfin tout de même…
Me voilà donc plongé dans l’univers de la morgue… j’ai été très déstabilisée… Mais on se rend compte, en continuant de tourner les pages, que ce ne sera pas uniquement cela, le roman. En fait, la morgue, c’est l’univers du premier des frères de l’histoire. Ils sont trois, et l’un est croque-mort. L’autre est décorateur de vitrines homosexuel jovial et raffiné, et le troisième est éleveur de porcs. Un sacré tableau ! Ces trois là ne se voient autant dire jamais, chacun à ses occupations. Mais parfois la vie nous rattrape, dans leur cas c’est même plutôt la mort, et ils se retrouvent au chevet de leur mère. Lorsque celle-ci vient à mourir, un certain nombre de secrets sont révélés, dont l’existence de Torrun, la fille de Tor. Je ne vous en dit pas plus, mis à part le titre du premier de la série : La terre des mensonges.
Enfin si, encore quelques mots, pour vous donner envie : les vies de tous ces personnages fort différents nous sont racontées, qu’elles soient parallèles ou entrecroisées, c’est fort ou léger, dur ou mignon ; tous les sentiments se croisent dans ce livre un peu chorale, mais assez peu ennuyant (exceptés quelques passages un peu longs, je le concède…).

La suite est formidable aussi : La ferme des Neshov ; c’est le nom de toute cette petite famille. Maintenant qu’ils se sont retrouvés, qu’ils sont liés par Torrun, cette jeune femme pleine de bonne volonté, les personnages vont se croiser, échafauder des projets, tenter de faire revivre cette ferme qui part à vau-l’eau, les porcs et ses occupants avec. Encore une fois, plein de sentiments, et une lecture qu’on a du mal à abandonner. C’est fort et frais à la fois, ça fait du bien en fin de journée.

Pour ce qui est du dernier,  je ne l’ai pas encore lu, mais on m’a dit qu’il n’avait pas la qualité des deux autres. A voir !

Les Heures souterraines


Les heures souterraines, Delphine de Vigan

Mathilde et Thibaut, chaque jour depuis bientôt un an, évoluent dans leur vie comme dans un souterrain. Ils se cognent au quotidien, aux aspérités de leurs relations, aux difficultés de trouver une issue à ce qui les détruit peu à peu. Ce sont deux destins croisés, dont on se demande à chaque page s’ils se croiseront pour de bon.

Mathilde est mère célibataire ; on apprend au cours du roman qu’elle est veuve. Elle élève seule ses trois fils, des amours de fils. Thibault est médecin urgentiste. Chaque jour il rencontre des dizaines de patients, plus ou moins souffrants, plus ou moins en détresse. Mais ce qui préoccupe le plus nos deux personnages, ce n’est pas ce quotidien difficile ; c’est plus et pire que cela. Mathilde souffre de son patron, qui après avoir fait d’elle son bras droit, la mutile, la détruit un peu plus chaque jour. Thibault, lui, va aussi se mutiler, en rompant avec sa petite amie.
Avec le portrait de Mathilde, en focalisation interne (comme celui de Thibault d’ailleurs), on voit se dessiner un portrait peu glorieux de l’entreprise, de ses souffrances, de ses coups bas. C’est finalement une lutte de tous les instants entre les forts et les faibles, les soumis et les dominants. Mais le plus dur, c’est que les rôles changent, caractères et caprices de chacun ayant une influence sur ce microcosme chaotique. Mathilde souffre chaque jour, et peut-être plus particulièrement en ce 20 mai, jour qui nous est conté, puisqu’elle sent que quelque chose va changer dans sa vie, mais que tout tarde à venir. Les espoirs se crèvent un à un comme des bulles de savon.

Pour tout vous dire, tout au long du roman, j’ai espéré que Mathilde rencontre Thibault. J’ai espéré, espéré, à chaque page je me disais « c’est pour bientôt », ils ont tout pour être ensemble, leur douleur et leur impuissance face au monde donne envie d’une rencontre, une rencontre qu’on pense salvatrice pour tous deux. J’ai tourné les pages, et oui ils se rencontrent… mais dans quelles circonstances, je ne le dirai pas. J’en ai déjà trop dévoilé.


jeudi 26 juillet 2012

Bye Bye Blondie, bonjour Virginie !


Bye, bye Blondie, Virginie Despentes

Dès qu’un roman est adapté au cinéma, forcément, il fait plus de bruit, et plus d’émules. C’est ce qui s’est passé pour moi. Peut-être cependant que je l’aurais lu quand même un jour, parce qu’Apocalypse Bébé m’avait vraiment plu. Mais je ne l’aurais sans doute pas lu cette année. Enfin je n’en sais rien ; trêve de spéculations, passons aux choses sérieuses : Bye, bye Blondie, pour ce qui ne connaîtraient pas, c’est quoi ?
C’est l’histoire de Gloria, de son vrai nom Florence, mélange de punk junkie, envoyée très jeune en HP comme elle dit (hôpital psy, comme on dit aussi), pour ses accès de violence. Elle est un peu barjo Gloria, en marge, punk quoi. Et là bas elle rencontre l’amour. On peut penser que l’histoire sera niaise mais il n’en est rien, grâce au style coup de poing de l’auteur. Je vous explique. En refermant le livre en cours de lecture, je me suis surprise à penser : c’est dingue de retranscrire aussi bien les pensées et le langage d’une ado rebelle. Mais en reprenant ma lecture, je me suis rendue compte qu’en réalité, faute d’homodiégèse (récit à la première personne), on était dans une focalisation alternant interne et externe. L’auteur retranscrit certaines des pensées du personnage, comme si l’on était dans sa tête, tout en nous racontant l’histoire. Elle use de mots très « punk » et « in », le langage est cru, les pensées et les actes à la limite du cruel. C’est sensuel aussi, parce qu’il y a de l’amour quand même. Bref, l’histoire prend un certain relief très punchy comme on dit, même si parfois c’est un peu lassant de lire des mots en verlan et autres tournures étranges un peu désuètes. En effet le roman est constitué en son centre d’un flash back sur l’adolescence de Gloria, dans les années 80. Au moment du récit, elle a trente cinq ans. La fleur de l’âge, et pourtant une même folie adolescente ; une folie violente et agressive. Et c’est à cet âge improbable, où les autres en sont au stade métro-boulot-dodo-biberon (ou école) qu’elle retrouve Eric, son amour d’HP. Et là, tout change pour elle, quoi que… le naturel revient souvent au galop, et ce qui est pour beaucoup une affaire de crise d’adolescence est pour Gloria une plaie qui va lui compliquer la vie.
Un bon roman, bien écrit (malgré un jeu étrange avec la ponctuation et la syntaxe, un peu inutile selon moi, les mots suffisant à retranscrire le style jeun’ss des années 80…), dynamique et qui tient en haleine. Malgré ses failles béantes, je me suis beaucoup attachée au personnage de Gloria, qui cherche le bonheur en luttant comme elle peut contre ses démons. Eric est également chouette dans son genre. Des personnages complexes, pas trop stéréotypés, dont le langage est retranscrit dans toutes ses variations et subtilités. Une histoire d’amour comme on en voit peu, et la variété, ça fait du bien !

vendredi 20 juillet 2012

Un pendant féminin à notre Etranger

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac 

Tuer sans raison, sans préméditation, dans la torpeur d’une après-midi d’été, quand tout le monde s’agite autour de soi, quand tout le monde craint un incendie qui n’a pas pris, alors que le drame se déroule sous leurs yeux ; tuer ainsi semble inhumain, impossible, inconcevable. C’est pourtant ce qu’a fait Thérèse. Thérèse dont le procès a eu lieu, dont le destin est scellé : non-lieu. Des mains de la justice, elle passe dans celles, impitoyables, de son époux, Bernard, la victime. Si tous veulent garder la face, la vengeance malignement ourdie ne leur fait pas peur.
Les monstres dans l’histoire ne sont peut-être pas ceux qu’on croit.
Alors que son procès est terminé, Thérèse revit, dans le train qui la ramène auprès de son mari, son enfance, son passé, sa vie. Comme si elle cherchait, dans ces limbes, à trouver la raison de son acte, une origine quelconque, quelque chose qui puisse justifier ce geste malencontreux qui aurait du coûter la vie à ce mari plat, conventionnel, insensible. Elle prépare également sa défense, pour quand elle le verra. Il lui demandera sûrement pourquoi elle a fait cela. Mais non, il ne le lui demandera pas…
Dans une sorte de monologue intérieur au présent de narration, l’auteur nous présente les pensées de Thérèse, ses souvenirs. Elle nous parle de son amie Anne, de sa passion pour Jean, de ses chaudes après-midis ennuyeuses au milieu de la lande. Thérèse revit son passé parce que d’avenir, elle n’en a pas. Elle est acculée à un destin, destin qui, comme dans une tragédie, devait advenir et contre lequel elle ne pouvait lutter. Pourquoi laisse-t-elle Bernard boire ce verre dans lequel trop de gouttes ont été versées ?
Thérèse revoit Bernard, la tête tournée, écoutant le rapport de Balion
Tel L’Etranger de Camus, elle a agi sans penser, en proie à une force ayant pris la forme de la torpeur. Le soleil, les sensations violentes ont eu raison du coup de feu sur l’Arabe. Ici, c’est le feu, l’agitation ambiante et l’indifférence de Thérèse qui l’ont acculée à son destin. Comme lui, elle a été humaine, trop humaine ; la nature et la volonté de vivre heureuse ont pris le pas sur la raison, les conventions. Toujours Thérèse avait parue étrange : on ne disait pas d’elle qu’elle était belle, mais qu’elle avait du charme. Hors conventions qu’elle était.
Cette femme étrange, tout au long du roman, sombre, descend vers le tombeau. Elle ne peut plus rien, elle est acculée. Ses bourreaux sont ceux qui l’ont aimée ; ses proches sont ceux qui l’enterrent vivante, dans cette maison d’Argelouse, village retiré, loin de tout, où il fait froid et sombre.
Argelouse est réellement une extrémité de la terre ; un de ces lieux au-delà desquels il est impossible d’avancer […].
Aux confins du monde, ainsi esseulée, mise au banc de la société, elle se laisse dépérir. Elle n’a plus que la parole pour vivre, et de celle-là même, elle ne s’en sert pas. Elle n’est plus qu’un corps moribond. Sa vieille tante, Clara, la sourde, ne supporte pas cette torture de voire celle qu’elle a élevée ainsi enterrée vivante, si froide et sans vie. Elle préfère se laisser mourir. Ce personnage est d’ailleurs l’un des plus attachants du roman. Elle n’entend rien aux conventions, de même qu’elle n’entend pas les gens parler. Elle cherche paix et silence, elle ne joue aucun rôle puisque sans bruit, le théâtre n’existe pas.
Thérèse a peut-être voulu donner du piquant à sa vie, réveiller l’humanité de son mari enfermé dans ses conventions en commettant son meurtre. Elle a flirté avec son destin, elle a joué le tout pour le tout, sans même s’en rendre compte. Elle est un personnage de tragédie. Mais dès lors qu’elle a approché la mort, on lui propose de revivre, de trouver un nouveau costume, lequel elle s’offre avec un certain plaisir pathétique. Elle se farde, se montre, fait front au destin que lui imposent les hommes cette fois : celui de mourir de leur main, sous le couperet de leur doxa rigide et vile. Préférant l’introspection et la solitude au babillage de sa fille, n’hésitant pas à flirter avec l’amant de sa meilleure amie, Thérèse se distingue de cette masse abêtie qui l’entoure, la nargue et veut sa mort. Par là-même, en se distinguant ainsi des autres, elle conquiert sa pleine puissance de personnage.
C’est ainsi qu’à la fin, fardée et esseulée, elle parcourt les rues de Paris, telle une des ces petites vieilles baudelairiennes, qu’on prend en pitié mais qui portent en elles un charme certain. Cette veuve qu’elle eut voulu être, elle le devient par le pouvoir de la fiction, et celui de notre imaginaire.

Avenue des ogres fous

Avenue des Géants, Marc Dugain

Al Kenner, en plus de mesurer 2,20 mètres et d’être pourvu d’un QI qui dépasse celui d’Einstein, est psychologiquement siphonné. Le jour de l’assassinat de Kennedy, alors qu’il n’a que 14 ans, il tue ses deux grands-parents d’un coup de carabine dans le dos, avant d’être interné dans un centre psychiatrique. Contre toute attente, il va ensuite devenir une aide pour la police : son passé et sa névrose de tueur font de lui un expert en psychologie criminelle.
Mais peut-on vraiment compter sur un type comme Al, qui a tué de sang froid et nourrit encore une haine envers sa mère alcoolique ? Lui aussi d’ailleurs est adepte de la boisson et s’enfile pas moins de quatre bouteille de piquette par jour. Son passe-temps favori ? Prendre des jeunes gens en auto stop. Je réitère alors : peut-on lui faire confiance ? Bien sûr que non, me direz- vous. Mais ce serait parce que vous n’avez pas lu le livre. En effet, tout au long de son récit a posteriori, Al décrit ses actes de manière précise et fine (mais pas tous ses actes, et c’est ici que réside le génie de l’auteur !). Au détour d’une analyse freudienne de son passé, il décrit également les transformations sociales qui s’opèrent dans les années 70 et sur lesquelles il porte un jugement sans bienveillance aucune. Son regard est acéré et ses remarques acerbes à propos des nouvelles communautés hippies qui se développent un peu partout. L’amour libre, l’échange bio et végétarien, le partage des biens, la contraception, … C’est joli tout ça, plein de peace and love, mais ça ne va pas à Al, qui méprise un peu ceux qu’il considère comme des crasseux idéalistes. Il méprise également les jeunes filles de bonnes familles républicaines, sur lesquelles il fantasme pourtant, lorsqu’il les prend en stop. Fantasmer est toutefois un bien grand mot : Al est quasi insensible. Il projette pourtant de se marier avec Wendy, la fille du lieutenant de police qu’il assiste et dont il devient l’ami. Mais cette union ne se fera pas, à cause des bizarreries d’Al, mais surtout à cause des crimes atroces qu’il va continuer à commettre…
Tout au long du livre on pense Al en rédemption, on pense qu’il a été acquitté, qu’il est redevenu « normal », apte à réintégrer la société. Pourtant, les moments qui se passent après l’écriture de ce qu’Al considère comme ses mémoires nous le montrent interné. Heureux mais interné. Il passe son temps à lire, et à méditer son passé. Finalement, toujours pas normal le bonhomme.
Et si je vous disais que tout ceci est inspiré d’une histoire vraie ? Un peu à la manière d’Emmanuelle Carrère dans L’Adversaire, Marc Dugain s’est emparé de ce fait divers américain pour construire une œuvre à l’architecture remarquable et au suspense omniprésent. Toutefois n’allez pas croire qu’il s’agit d’un thriller, puisque c’est l’analyse psychologique qui prévaut.  A cette lecture, on se rend compte avec effroi à quel point le passé et les relations parentales ont une influence sur l’avenir. Bon, il est vrai qu’Al devait avoir un terrain psychologique plus que fragile. Mais ceci dit, sa mère a vraiment été dure avec lui, et ses transports de haine à la fin de l’œuvre s’en ressentent. Je vous laisse d’ailleurs le loisir de découvrir l’ampleur de l’imagination et de la folie d’Al quand il s’agit de tuer…
Cynique ? Oui, mais ce roman joue avec les nerfs de son lecteur, avec sa confiance, sa capacité à juger de la morale et du crédit que l’on peut accorder à un personnage aussi extrême. Comme le dit l’auteur à la fin de l’ouvrage, romancer un personnage, c’est le trahir pour mieux servir ce que l’on ressent de sa réalité. Al, ou de son vrai nom, Ed Kemper, est une entité tellement complexe, tellement pleine de contractions, que sa réalité ne peut être qu’un ressenti, une perception totalement subjective. Et celle de Marc Dugain, convaincante selon moi, en fait un parfait roman. 

Dur dur d'être une Première Dame

Une si belle image, Katherine Pancol  

Il y a du y avoir bien des biographies de Jaqueline Kennedy : sa vie auprès du Président, l’assassinat, sa vie après, sa manière de gérer ses apparitions en public, sa notoriété, ses enfants et j’en passe. Mais une biographie qui montre l’envers du décor, les dessous du masque de la belle dame dynamique, souriante et accessible, il y a du en avoir peu.
Dans ce roman-biographie, Katherine Pancol dresse le portrait en négatif de la belle image type papier glacé que Jackie cherche à montrer à tous, tout le temps. Elle la montre triste, subissant le désamour de sa mère et l’amour immense mais mal distribué de son père. Toute sa vie ne sera qu’une lutte pour d’un côté retrouver cette figure du père auquel elle n’a eu de cesse de tenter de plaire, et de l’autre fuir les artifices qui sont ceux de sa mère. Elle va plus ou moins réussir des deux côtés ; mais là est bien le problème : cette réussite sera pleine de nuances.
Avec Kennedy, l’entente sera cordiale, sans plus. Rien à voir avec cet amour paternel après lequel elle court sans relâche. Il a un trop fort caractère pour s’attacher, et court les femmes. Le couple vivra ses moments de plus grande connivence peu avant l’assassinat de Dallas, quand le président aura compris o combien son épouse est un faire-valoir de prix. Pour oublier peines et sautes d’humeur, elle va finir comme sa mère par s’intéresser à la décoration et refaire celle de la Maison Blanche. Elle y restera peu de temps mais le résultat sera probant. Les vieux démons familiaux réapparaissent sans cesse. On l’a trop privé de liberté dans sa jeunesse, elle n’a pas pu se réaliser comme elle l’aurait voulu. Derrière son masque, elle n’est que l’ombre de ce qu’elle aurait pu être.
Ses relations avec les membres du clan Kennedy sont quant à elles plus ou moins houleuses. Toutefois, même après la mort de son mari, Jackie va continuer la politique ; ils ont bien compris combien elle était précieuse pour leur image. Cette « si belle image » qu’elle montre à tout va, au grand public surtout, cette image de l’Amérique lisse, propre, nette, brillante, lumineuse. Jackie a fait rêver les femmes de son temps, qui pensaient qu’elle avait la vie idéale. Or ses seuls idéaux, ce sont ses enfants. Jackie, sous son image d’icône, est avant tout une mère. Non pas Marylin Monroe, mais plutôt la madone. Une belle image aussi.
Un livre que j’ai beaucoup aimé. Le premier de cette auteur d’ailleurs, mais je crois qu’il se distingue de ses thèmes habituels. La couverture du livre de poche est très bien choisie je trouve : on a l’impression qu’on pourrait voir en négatif justement la véritable image qui se dissimule sous le papier glacé et les couleurs pimpantes. A lire pendant les vacances, ou même n’importe quand !
Lire ce livre m’a aussi donné envie d’en savoir plus sur les Kennedy, et plus particulièrement l’assassinat de Dallas. La vidéo qui montre le président s’effondrant sur son épouse est plutôt terrible…

mercredi 18 juillet 2012

Un classique au goût du jour

Bel Ami, Maupassant

C’est vrai qu’il est très délicat d’écrire un article sur un roman aussi connu, aussi étudié, autant lu. On a le sentiment que tout a été dit, écrit, analysé, bref, qu’on ne pourra jamais apporter quoi que ce soit de nouveau. Ce sentiment est réel ; je n’apporterai rien de nouveau à l’affaire. Pourtant que ne me priverai pas d’écrire ce que j’ai pensé, aimé, découvert dans ce roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir, pour la seconde fois.
Gorges Duroy, celui qui deviendra Bel Ami, est un séducteur : il séduit tout, et tout le monde. Femmes de tous âges, prenez garde. Aucune de vous ne résistera à ces petites moustaches, à ce sourire, à cette allure. Même sans le sous, Georges plaît, et il le sait. Attention aussi à vous, lecteur… l’écriture de Maupassant, dès l’incipit, laisse toutes les clés pour vous entraîner dans le labyrinthe subtil de l’ascension de ce fameux arriviste. On sait qu’on marche vers le haut, on se laisse emporter, presque emprisonner par ce destin implacable, mais les heurts et les rencontres rendent ce roman de l’achèvement sans pareils.
Des heurts, il y en a moult : le manque d’argent, la médiocrité du journaliste en herbe, la faim, le désespoir, la honte de ne pas savoir comment se comporter dans cette société. Le miroir est là pour le rappeler : Duroy n’est pas de cette trempe. Avec des parents paysans, il n’a pas connu les salons où l’on cause et les dîners par lesquels on devient. Pourtant, peu à peu, le reflet dans le miroir se transforme, et Georges devient comme eux, et pas seulement en apparence. Tout son être se meut en un être de passions : argent, pouvoir, désirs. Grâce à sa séduction et aux nombreuses (et heureuses !) rencontres, il finit par arriver.
Des rencontres donc. Il y en a également beaucoup, et heureusement ! Tout d’abord cet ami lors de l’errance dans la ville ; c’est lui qui va introduire Georges auprès du personnel du journal de Forestier. De là, invitation pour un dîner mondain. C’est là que toutes les rencontres se font, toutes à la fois : Clotilde, sa jeune fille, Madeleine et j’en passe. Des femmes surtout, et surtout celle qui va être à l’origine de la fameuse proposition d’article. Un article sur l’Algérie…
Mais Duroy n’a fait que du droit. Il est incapable d’enchaîner élégamment trois idées entre elles. Plumitif, il requiert l’aide de Madeleine Forestier, écrivaine en chef d’une bonne partie du journal. Mais ça c’est comme le reste : même si ce sont les femmes qui en réalité détiennent le pouvoir, on le cache. Virilité oblige. En tout cas, l’article est bon, forcément. Georges connaît son premier succès. Mais il n’y a que cela qui l’intéresse ; alors, quand il s’agit de continuer sa chronique quelques jours plus tard, même galère. La muse du journaliste n’est évidemment pas venue habiter sa plume.
De là s’enchaînent invitations et rencontres, premiers émois, premières passions. D’abord avec une prostituée rencontrée au théâtre ; ensuite avec Clotilde. Sans le sous, il a du mal à divertir cette femme du monde. Il peine à l’emmener ne serait-ce que boire une grenadine sur le coin de table d’une gargote. Alors c’est elle qui finit par lui donner de l’argent, en cachette. Voilà Georges Escort-Boy. Néanmoins il semble qu’il ait quelques sentiments pour cette femme sensuelle et amusante… ce sera bien la seule.
Pour réussir à Paris, on le sait, il faut avoir un nom, se marier. A la mort de Forestier, Madeleine épouse Georges. Aucune passion, aucun amour : tout est fade, frasques et pouvoir. Il prend la tête du journal. Il arrive Du Roy, il arrive. Toutefois il lui faut également le désir. Puisque cette femme ne le contente pas sur ce point, autant regarder ailleurs. Mais pas dans n’importe quelle sphère ; toujours choisir celles qui sont d’influence. Et voilà notre homme qui se marie une seconde fois, avec la fille d’un homme de pouvoir.
What else ?
On a ici incarné l’arrivisme, sous le manteau de la séduction et du désir. Duroy, ou comment réussir à Paris, au XIXème siècle, par l’intermédiaire des femmes. Le tout sous la plume d’un grand Maupassant, qui peint avec précisions les circonvolutions et les stratégies de cette âme maligne, séductrice et, disons-le, chanceuse. Le Rastignac du conteur.
On peut ne pas aimer Bel Ami ; c’est vrai qu’il est profiteur, trompeur, superficiel et avide de pouvoir. Mais pourtant, comme on sait ce qu’il a été, à savoir un garçon sans le sous attiré par ce qui brille, on peut se surprendre à suivre avec passion, nous aussi, les aventures de cet homme si humain.

Invisible, le dernier Paul Auster

Invisible, Paul Auster  

J’ai encore une fois beaucoup aimé ce nouveau roman de Paul Auster, d’autant plus qu’encore une fois, son héros n’est autre qu’un écrivain. Je les trouve fascinantes ces figures d’écrivain. Il leur arrive toujours des aventures hors du commun, ils sont tourmentés, étranges et étrangers au monde qui les entoure, que pourtant ils traduisent sur le papier. Ce sont un peu des marginaux, dans leur vie comme dans leur tête. Bref, ce sont des personnages tout trouvés !

L’écrivain-poète nous raconte dans ce roman à la construction complexe (comme souvent avec Auster, si on pense à Trilogie New-Yorkaise par exemple) les deux principaux évènements qui ont jalonnés sa vie : sa rencontre avec Rudolph Born et ses relations complexes avec sa sœur.
Dans la première partie de l’ouvrage, « Printemps », il est jeune, plein d’ambition, et étudie la poésie à la fac. C’est là qu’il va rencontrer Born, lequel va lui promettre carrière, articles, et autres monts et merveilles. Toutefois, comme on s’en doute, tout ne tourne pas comme il le souhaitait, et le pauvre jeune poète aux illusions finit par les voir perdues. Un meurtre, une passion non partagée, un exil… Voilà ce qui arrive quand on est aux prises d’un homme tel que Born, fort en gueule et influent. Puis vient l’ « été ». Partie plus délicate puisque son auteur, vieillissant, commence à faiblir. Notre narrateur a en effet plus de quatre-vingt ans quand il rédige ces sortes de mémoires. Ce sera donc son ami James Freeman qui, grâce aux notes plus ou moins éparses que notre héros lui aura envoyées, réécrira son histoire. O combien les mémoires se rapprochent alors de la fiction ! Une écriture à trois mains donc (Auster, son héros et Born, lui même auteur). Une construction complexe, ne vous l’avais-je pas dit ? C’est dans cette partie qu’il nous raconte ces fameuses relations avec sa sœur. Des relations d’amour qui iront jusqu’à l’inceste. Je n’en dirai pas davantage, mais c’est cru, fort, poignant. Je n’avais jamais rien lu de tel auparavant.
Pour le reste, c’est le récit d’un séjour à Paris et des raisons de son exil qui nourrissent la fin du roman. Beaucoup moins captivante selon moi. Peut-être est-ce du à la prise en main du récit par Freeman, qui n’a pas les souvenirs du narrateur. Peu à peu l’histoire comme son héros se délitent, laissant la place à des bribes de vie des personnages secondaires. Quand le narrateur est mort, l’histoire a selon moi perdu de sa saveur. Peut-être que j’étais fatiguée de lire aussi ; les moments forts le sont tellement jusqu’aux trois quarts, alors le rythme est moins intense, l’intérêt et la concentration peut-être aussi. Quoi qu’il en soit, ce fut un fort moment de lecture, et je ne mâche pas mes mots. Fort de par l’écriture, la structure, et les thèmes traités. Fort aussi dans sa dimension testimoniale d’un homme dont le destin d’être et de poète semble avoir été tracé dès sa prime jeunesse, avec toutes ces aventures qui ont été siennes.
Un roman que je conseille, et tant pis si la fin vous barbe un peu J