jeudi 16 janvier 2014

L'étude n'est pas toujours là où on l'attend

Une année studieuse, Anne Wiazemsky

Ce roman a tout pour plaire ; du moins selon mes goûts. Je vais donc procéder à l’élaboration d’une liste aussi courte que possible (ne baillez pas déjà !) pour tenter de cibler les causes de son succès. En espérant que ces arguments trouveront écho.
Déjà, ce n’est pas à proprement parler un roman. Il ressemble en fait davantage à une autobiographie. Or les autobiographies, plus encore quand il s’agit de celui d’une jeune fille, me plaisent bien en général. Pour tout dire, je suis une fan inconditionnelle des Mémoires d’une jeune fille rangée. Donc forcément, un roman comme celui-là, ça me parle !
Pour continuer sur cette lancée, parlons de l’époque : c’est justement celle de Simone ! Le siècle des existentialistes, des féministes, de Mai 68, des révolutions en tous genres. Bref, ce roman nous immerge totalement dans cette époque troublée mais sous haute tension.
Ce roman parle donc d’étincelles : celles de la révolution, mais aussi celles de l’amour. Il ne faut pas se laisser méprendre par le titre : cette année qui nous est contée n’a rien de studieux. Au contraire, elle marque bel et bien un tournant dans la vie de la petite fille de François Mauriac (oui oui, vous avez bien lu ! l’autobiographie d’une future écrivaine, descendante direct d’un des plus grands auteurs du XXème siècle, ça donne l’eau à la bouche non ?) Celle-ci va faire la rencontre de Jean-Luc Godard, le célèbre cinéaste. C’est donc sous l’égide de la lumière et sous les feux de la rampe que la vie d’Anne prend un tournant ; que dis-je, un virage en épingle à cheveu !
Toutefois ne vous y méprenez pas : comme toute histoire d’amour, celle-ci a ses zones d’ombres. Vivre avec Godard n’est pas facile. Anne et Jean-Luc s’opposent par leur âge, leur maturité, leurs désirs. La famille d’Anne se veut aussi un frein à cette passion insatiable. Les deux amants finissent par se marier (siècle bourgeois oblige, il faut bien régulariser tout ça !), mais rencontre de nombreuses crises, dont certaines vont jusqu’à la douleur physique.

Bon, je ne m’aventurerais pas plus avant dans des considérations politico-sociales, ce n’est pas mon quartier. Je préfère vous vanter, encore, les vertus littéraires et émotionnelles de ce roman. Anne Wiazemsky écrit ses souvenirs avec autant d’épaisseur et de spontanéité que si elle était en train de les vivre au même instant. On sait tout – ou presque- de ses sentiments, états d’âme, colères et inquiétudes. A 66 ans, elle a investi la peau de celle qu’elle était à 19. Cette année studieuse, où elle tente d’étudier la philosophie tout en s’imprégnant des bouleversements de l’époque et de sa vie, ne parvenant pas à s’investir pleinement ni dans l’une ni dans l’autre, est une année d’apprentissage intense et sans doute trop pleine pour une jeune fille en fleur (Gaudard dit d’ailleurs d’elle qu’elle est « un animal-fleur »). Malgré tout, le ton du livre est plutôt gai, parfois naïf. L’auteur ne nous impose pas le recul qu’on aurait pu attendre d’un tel retour sur soi; elle nous laisse le plaisir de la fraîcheur, d’une jeunesse avide de découverte, et à l’appétit d’expériences insatiable. De là à dire que c’est un éloge de la jeunesse, il n’y a qu’un pas. Mais je ne le franchirai pas. Pourquoi ? Parce que ça fait trop article de Télérama ! 

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