mercredi 18 juillet 2012

Invisible, le dernier Paul Auster

Invisible, Paul Auster  

J’ai encore une fois beaucoup aimé ce nouveau roman de Paul Auster, d’autant plus qu’encore une fois, son héros n’est autre qu’un écrivain. Je les trouve fascinantes ces figures d’écrivain. Il leur arrive toujours des aventures hors du commun, ils sont tourmentés, étranges et étrangers au monde qui les entoure, que pourtant ils traduisent sur le papier. Ce sont un peu des marginaux, dans leur vie comme dans leur tête. Bref, ce sont des personnages tout trouvés !

L’écrivain-poète nous raconte dans ce roman à la construction complexe (comme souvent avec Auster, si on pense à Trilogie New-Yorkaise par exemple) les deux principaux évènements qui ont jalonnés sa vie : sa rencontre avec Rudolph Born et ses relations complexes avec sa sœur.
Dans la première partie de l’ouvrage, « Printemps », il est jeune, plein d’ambition, et étudie la poésie à la fac. C’est là qu’il va rencontrer Born, lequel va lui promettre carrière, articles, et autres monts et merveilles. Toutefois, comme on s’en doute, tout ne tourne pas comme il le souhaitait, et le pauvre jeune poète aux illusions finit par les voir perdues. Un meurtre, une passion non partagée, un exil… Voilà ce qui arrive quand on est aux prises d’un homme tel que Born, fort en gueule et influent. Puis vient l’ « été ». Partie plus délicate puisque son auteur, vieillissant, commence à faiblir. Notre narrateur a en effet plus de quatre-vingt ans quand il rédige ces sortes de mémoires. Ce sera donc son ami James Freeman qui, grâce aux notes plus ou moins éparses que notre héros lui aura envoyées, réécrira son histoire. O combien les mémoires se rapprochent alors de la fiction ! Une écriture à trois mains donc (Auster, son héros et Born, lui même auteur). Une construction complexe, ne vous l’avais-je pas dit ? C’est dans cette partie qu’il nous raconte ces fameuses relations avec sa sœur. Des relations d’amour qui iront jusqu’à l’inceste. Je n’en dirai pas davantage, mais c’est cru, fort, poignant. Je n’avais jamais rien lu de tel auparavant.
Pour le reste, c’est le récit d’un séjour à Paris et des raisons de son exil qui nourrissent la fin du roman. Beaucoup moins captivante selon moi. Peut-être est-ce du à la prise en main du récit par Freeman, qui n’a pas les souvenirs du narrateur. Peu à peu l’histoire comme son héros se délitent, laissant la place à des bribes de vie des personnages secondaires. Quand le narrateur est mort, l’histoire a selon moi perdu de sa saveur. Peut-être que j’étais fatiguée de lire aussi ; les moments forts le sont tellement jusqu’aux trois quarts, alors le rythme est moins intense, l’intérêt et la concentration peut-être aussi. Quoi qu’il en soit, ce fut un fort moment de lecture, et je ne mâche pas mes mots. Fort de par l’écriture, la structure, et les thèmes traités. Fort aussi dans sa dimension testimoniale d’un homme dont le destin d’être et de poète semble avoir été tracé dès sa prime jeunesse, avec toutes ces aventures qui ont été siennes.
Un roman que je conseille, et tant pis si la fin vous barbe un peu J

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