dimanche 27 juillet 2014

De la nouveauté chez Tatiana de Rosnay

A l'encre russe, Tatiana de Rosnay

Ce dernier roman de Tatiana de Rosnay m'a énormément surprise, et plutôt en bien. 
L'histoire est assez simple : Nicolas Kolt, vingt-six ans, a publié un roman, L'enveloppe, qui a connu un succès phénoménal et planétaire. Né presque par hasard suite à un renouvellement de passeport, ce roman a été lu par des milliers de personnes et même adapté au cinéma. Sa promotion a mobilisé une énergie folle chez Nicolas, qui n'en est pas sorti indemne. Il a rompu avec sa compagne, est devenu imbu de sa personne, couche avec plein de filles différentes, ... bref, il a pris la grosse tête. 
On le retrouve trois ans après la sortie de son roman, dans un hôtel de luxe en Italie. Coupé du monde, il fait le point sur ce qui lui est arrivé et ce qui lui arrive encore. On le suit pendant trois jours passés dans cet endroit de rêve, où il n'a pourtant de cesse de ressasser ses souvenirs et de revenir sur ses (nombreuses) bévues. L'une de ses maladresses se trouve d'ailleurs avec lui : sa nouvelle compagne, avec laquelle il entretient une relation houleuse. Pendant trois jours, au bord de la piscine, il consulte son téléphone bourré d'e-mails de son éditrice et de sextos d'admiratrice, son compte Facebook visité chaque seconde par des tas de fans, son compte Twitter envahi de postes plus ou moins flatteurs, et surtout de relances concernant son prochain roman... Hypothétique prochain roman puisqu'en réalité il ne parvient pas à écrire une seule ligne...

Ce livre mêle donc de nombreux sujets qui ont piqué mon intérêt. Son héros ultra moderne et ultra connecté, qui est aussi un écrivain en proie aux affres du métier et victime de son succès, m'a touché. Certes il est imbu de lui-même, trop sûr de lui, trop narcissique et j'en passe, mais il réalise peu à peu ce qu'il a perdu en se pâmant dans la manne du succès. On comprend également en filigrane l'histoire familiale qui lui a inspiré L'enveloppe, et qui est également à l'origine du choix du titre choisi par Tatiana de Rosnay. Je n'en dirai pas davantage pour ne pas spoiler !

J'ai trouvé la trame de l'histoire peut-être un peu conventionnelle mais narrée avec dynamisme, modernité et fluidité. Nicolas Kolt est un héros qu'aurait pu mettre en scène Philippe Djan, le type de l'écrivain à succès qui aime le luxe et les filles; en moins trash ceci dit. Je me suis également demandé s'il y avait une part autobiographique dans ce roman, puisqu'il évoque les difficultés de l'écrivain, mais aussi la quête d'identité au-delà des frontières (Tatiana de Rosnay a rencontré de nombreuses difficultés pour obtenir la nationalité française). 

Un très bon moment de lecture; j'avais envie de reprendre le livre dès que j'avais un peu de temps, ce qui est très bon signe ! Toutefois je comprends la déception de certains lecteurs, qui n'ont pas retrouvé les thèmes de prédilection de Tatiana de Rosnay, comme le suspense, l'enfermement, la souffrance psychologique des personnages, etc... La fin est aussi un peu étrange, l'auteur s'est fortement inspiré de l'actualité pour l'écrire, mais j'ai eu l'impression d'un cheveu sur la soupe (même si c'est ce qui relance l'imagination créatrice de notre héros). 

samedi 19 juillet 2014

Laurence Tardieu, comme une fille


Bon, le titre "comme une fille" ne sonne pas forcément très bien, mais je voulais faire écho au premier roman de Laurence Tardieu que j’ai lu, Comme un père, et aussi à l’autre, plus récent, La Confusion des Peines. Les deux évoquent son combat pour sortir des limbes de silence qui entourent depuis une dizaine d’années la condamnation de son père. Ce père auquel elle ressemble tant, qu’elle aime tant, qu’elle chérit tant, mais qui lui échappe.
Dans le premier roman, Comme un Père, elle a inventé le personnage de Louise, jeune femme de 25 ans, dont le père vient de sortir de prison et il lui demande de l’héberger chez elle. Cette situation les rend mal à l’aise tous les deux, ils ne savent que se dire, ils s’évitent au maximum, et pourtant son père est omniprésent dans son esprit depuis toujours. Plus encore depuis qu’elle sculpte, puisqu’elle ne cesse de réaliser des têtes, des bustes et des corps d’hommes, au prix d’efforts violents parfois. Elle accouche de son père, comme Laurence Tardieu accouche de l’histoire de sa famille pour se délivrer et combler le vide dans La Confusion des Peines.
Dans ce deuxième texte, elle explique pourquoi elle a besoin de raconter l’histoire de son père, son arrestation et sa condamnation, comment est-ce que cela a bouleversé sa famille en s’ajoutant au décès de sa mère. Comment aussi tout cela a bouleversé la vision du monde manichéenne qui était la sienne, qui lui a fait voir le monde et les hommes tels qu’ils sont, complexes et instables. L’humanité ne se divise pas. Elle n’en finit pas de se tordre sur elle-même. Elle est une immense convulsion.

Au début du texte elle rapporte l’échange qu’elle a eu avec son père, dans lequel il lui demande de ne pas raconter son histoire, de se taire. Elle nous dit que dans sa famille c’est comme ça, on exprime rien, mais elle a besoin de sortir du silence. Ce texte devient une sorte de lettre au père, au moyen duquel elle essaie de se soulager de ce poids, de rejoindre son père, de combler les blancs et les vides de ce silence familial. Laurence Tardieu a une manière d’écrire qui semble de l’ordre du spasme, les mots sortent, elle ne peut les empêcher de se déverser sur la page. Chaque jour elle écrit, et rien n’est écrit d’avance. On le remarque particulièrement dans La Confusion des Peines, puisqu’après chaque espace blanc, quand l’écriture reprend, on ne peut savoir de quoi elle va parler, ce qui va émaner de cette tentative réitérée de raconter les choses. Elle se laisse guider, elle laisse son inconscient et son instinct prendre le dessus, sans savoir où cela va la mener. Elle n’a pas essayé de mettre en ordre, elle a laissé les choses venir à elle, sortir d’elle, comme Louise avec ses sculptures. J’ai bien aimé ce laisser faire, ce laisser aller, qui pour moi correspond à l’image que je me fais de la littérature. Laurence Tardieu explique d'ailleurs elle-même pourquoi elle n'aime pas ce qu'elle appelle "les vraies histoires":  je n'en veux pas des vraies histoires, elles ne m'intéressent pas les vraies histoires, écrire ça n'est pas raconter des histoires, c'est tenter d'atteindre la lisière de la vie, cette matière là, mouvante, violente, imprévisible, or la vie ça n'est pas une histoire, la vie ça ne se déroule pas, ça ne passe pas, ça se tord ça hoquette ça n'a ni début ni fin, pas de personnages, ce sont des corps qui avancent, qui tombent, qui aiment, qui ne savent pas, on avance tous en titubant, et personne n'en sort indemne, on finit par tous en mourir. Rien que dans cette phrase, on ressent ce que j'essayais de décrire plus haut, cette espèce de volonté de laisser sortit quelque chose, un flot sans digue, sans ponctuation parfois, de longues phrases dans lesquelles les mots se heurtent, sans pour autant être illisibles. 
Avec la littérature, Laurence Tardieu veut dire l'envers des choses, le côté caché, le monstre tapi sous le lit. Elle essaie de montrer ce que d'habitude on tait. Or dans sa famille, le silence était de mise, et c'est seulement grâce à un livre qu'elle parvient à le briser.

J'ai vraiment été émue et touchée par ce texte, non seulement à cause de son thème, universel et intime, mais aussi (et surtout) à cause de son rapport à la littérature, sa manière d'écrire un peu violente, vitale, néphrétique presque. Elle nous montre le processus d'écriture tel un écorché vif, avec les nerfs et les violences qui le sous-tendent. Cela m'a vraiment donné envie d'en découvrir davantage sur cette auteur, mais je me sens également très intimidée à l'idée de l'inviter pour mes élèves... je me demande même si je vais le faire, puisque ce qu'elle produit mérite mieux qu'une pure réflexion pragmatique sur la forme. Qu'en pensez-vous ?


lundi 14 juillet 2014

Un peu long, un peu décevant...

Avant de commencer Le Manoir de Tyneford, j'avais regardé les critiques sur certains blogs. Toutes dithyrambiques. J'ai donc ouvert cet assez long roman avec beaucoup d'espoir. Je m'attendais à y trouver des accents à la Jane Austen, une histoire d'amour à la Jane Eyre et une sensibilité à la Princesse Sarah. Ce qui suit peut vous aider à comprendre pourquoi. Résumons : 
Elise, jeune fille juive de la bonne société autrichienne, devient domestique dans un manoir anglais pour échapper à la déportation. Sa vie s'en trouve radicalement changée

Tout un programme. Les aventures d'une jeune fille subissant un déclassement, sous fond de Seconde Guerre Mondiale. Un magnifique sujet ! J'avais hâte de commencer ma lecture.

Malheureusement, dès le début, mon enthousiasme a commencé à retomber. De longues descriptions, une héroïne qui nous décrit des sentiments qui manquent de subtilité, des idées et des détails qui se répètent, des tournures de phrase redondantes, bref, des lourdeurs et des longueurs. Je pense que l'histoire d'Elise aurait gagné en profondeur et en sensibilité si la personnalité de l'héroïne avait été un peu plus complexe, ses sentiments approfondis et certains événements relatés. Des moments importants, comme celui où elle quitte ses parents pour partir en Angleterre, ne sont pas racontés. D'autres, qui campent le caractère du personnage principal, le sont trop peu. 

Mais qui suis-je pour juger ? En effet, ce roman a plu à de nombreux lecteurs, il a été sélectionné par la collection du Livre de Poche, l'intrigue est excellente... mais le style et la profondeur n'y sont pas. Je me suis ennuyée. Pas au point d'abandonner le livre cependant, ce qui montre que l'histoire m'a plutôt plu; mais à partir de 150 pages, j'ai lu en diagonale, une phrase sur 10, juste pour comprendre l'histoire. Une intrigue en or... avec une plume de plomb. 

Un bon bol d'air frais (au piment)

La vie épicée de Charlotte Lavigne, Tome 1 
Piment de Cayenne et pouding chômeur

Même si ce n’est pas le genre de roman que je suis habituée à lire, j’ai adoré ce livre. Il est frais, vivifiant, pas du tout prise de tête ; et en dépit des clichés, je n’ai jamais eu envie de le refermer.

Charlotte est une espèce de Bridget Jones, à la différence près que, contrairement à notre blonde mythique, Charlotte est dégourdie et rarement désespérée. Ce qu’elle préfère d’ailleurs, c’est cuisiner, et se retrouver entourée de ses amis lors des dîners qu’elle prépare à la manière d’une bataille rangée. Le roman, écrit à la première personne, raconte donc la vie plutôt épicée de Charlotte, entre ses amis, ses dîners et ses amours.

Les dîners qu’organise Charlotte jalonnent le roman, et à chaque fois la mettent dans des situations rocambolesques : manquer d’étouffer son petit ami, dormir dans une chaumière chez un vendeur de bison, pêcher des truites en soutien-gorge, … se faire larguer et se consoler avec le futur petit ami de sa meilleur ami…, et j’en passe ! Les épisodes s’enchaînent, plus abracadabrantesques les uns que les autres, le tout porté par Charlotte et son stress déjanté, Ugo et sa gentillesse, Aïcha et ses bons conseils. Des personnages attachants, et une narratrice sans scrupules et sans tabous. Le ton est léger, vif, rythmé. J’étais vraiment surprise de ne jamais m’être ennuyée au cours de cette lecture, jalonnée de bons mots québécois qui offrent un charme particulier au style enjoué et vivifiant de ce roman. J’ai vraiment hâte de lire la suite ! Le second tome est sorti en poche, je vais me le procurer dès que possible. 

L'article de Clarabel est plus riche d'informations que celui-ci, où je donne surtout mon avis, qui est hyper positif ! 

mardi 8 juillet 2014

Découverte : Laurence Tardieu

Dans le cadre d'une option de la classe de Seconde, je m'intéresse de près à la création littéraire, du manuscrit à la publication du livre. Pour ce faire, quoi de mieux que le témoignage direct d'un auteur ? Mais encore faut-il qu'il ou elle accepte... 
J'ai donc prospecté auprès de mon ancienne directrice de licence de Lettres, qui m'a donné quelques noms, dont un qui m'a intrigué, comme je ne l'avais jamais entendu auparavant : Laurence Tardieu. 
Je me suis donc intéressée à elle et à son écriture. Enfin, pour être franche, je me suis procuré les supports. Les livres d'abord, bien sûr et avant tout : 

- son premier roman , Comme un père, publié en 2002
- un autre de ses romans, La Confusion des Peines
Ce sont les deux romans que l'on m'a conseillés. 

Mes également des émissions radio :
-Sur France Inter 

Et aussi des articles, mais je ne posterai que les plus intéressants (il faut donc que je les lise !). 
Je profite de cet article pour lancer un appel : si jamais vous connaissez Laurence Tardieu, par son oeuvre bien sûr, mais pourquoi pas autrement, je vous invite à laisser des commentaires !!

Pour continuer sur ce thème, j'ai aussi une super nouvelle : si jamais Laurence Tardieu ne venait pas au lycée, je suis au moins sûre que Tatiana de Rosnay pourra répondre aux questions de mes lycéens ! Elle accepte en effet de venir au lycée, dans un peu moins d'un an!

samedi 5 juillet 2014

Du renouveau

A tous mes lecteurs, présents et à venir,

Je suis heureuse de vous informer qu'après quelques temps de désert, de billets timides, peu soignés et médiocres (il faut le dire), je me remets sérieusement à la bloggerie littéraire.

Afin d'enrichir ce blog plutôt pauvre, je vais rajouter d'ici peu des articles issus de mon ancien mais prolifique blog, lemonde-dans-leslivres 1.0. ! Ainsi cela permettra à chacun de trouver ce qu'il lui plait, entre les classiques académiques et les fraîches sorties Poche (les ouvrages grand format restant un peu chers pour ma petite bourse !).

J'espère que ce nouveau blog recevra des visites et des commentaires, et qu'il permettra d'échanger de bonnes trouvailles !

A bientôt chers visiteurs :).

Saleanndre

dimanche 29 juin 2014

Un roman de Rosnay différent

Le cœur d’une autre, Tatiana de Rosnay

Ce roman de Tatiana de Rosnay est vraiment différent de ceux que j’ai pu lire auparavant. Mais avant d’en dire plus, expliquons rapidement l’intrigue.
Le personnage principal, Bruce, a une vie ennuyeuse, il est séparé de sa femme, il est misanthrope et misogyne. Un jour, il apprend que son cœur est malade, et qu’il doit bénéficier d’une transplantation cardiaque. L’attente est longue mais un beau jour il se réveille avec un nouveau cœur. Rien de bien original jusque là, mais l’histoire prend un tour étonnant et vraiment intéressant quand le comportement de Bruce se met à changer radicalement. Il ne s’en doute pas, mais c’est le cœur de sa donneuse, dont il découvre l’identité plus tard, qui influe sur son comportement. Il devient bien plus sympathique, sociable, heureux de vivre. Il se découvre même une passion pour la peinture, et plus précisément la peinture italienne. Constance, sa donneuse, était en effet restauratrice de tableaux. Ce dernier tiers du roman est un peu édulcoré, on a du mal à croire à certaines coïncidences à la limite du fantastique. Pour le reste c’est un roman qui se lit bien, que j’ai eu du mal à lâcher puisqu’on a envie d’en connaître la suite, de voir comment le personnage principal évolue.
Ce roman est, comme je l’évoquais au début, très différent de ceux de Tatiana de Rosnay que j’ai lus pour le moment.  Il est beaucoup moins grave déjà, même si le sujet de la greffe de cœur aurait pu l’être. Il y a quelques pointes d’humour, des retournements de situation inattendus et fantaisistes, des personnages simples, sans graves tourments (contrairement aux femmes des romans comme Le Voisin, La mémoire des murs ou Elle s’appelait Sarah). Les appartements et les chambres n’ont rien d’angoissant ni d’oppressant. C’est comme si l’auteur avait choisi de laisser libre cours à son imagination et à sa créativité, en sortant de ses thèmes de prédilection. Elle le dit elle-même dans la préface, ce n’est pas un appartement qui fait revivre le passé, c’est un organe greffé.

Un bon roman, tout public, léger, dans lequel les angoisses des personnages sont minimes et les épisodes légers.

jeudi 26 juin 2014

Deux bonnes lectures

                                                  A. comme Aujourd'hui, David Levithan 

Qui n'a jamais imaginé vivre une autre vie, ne serait-ce qu'une journée ? Avoir une nouvelle famille, de nouveaux loisirs, de nouveaux amis, un nouveau corps ….
Pour A., le héros du roman, tous ces changements constituent son quotidien. A. a une vie tout à fait particulière : il n'a pas de corps propre, et son esprit change chaque jour d'enveloppe. Il peut être fille, garçon, adolescent bien dans sa peau ou suicidaire, entouré d'une famille aimante ou bien orphelin. Bref, tout le panel humain lui est offert, et il a tout expérimenté. Ou presque. En effet, un événement va bouleverser sa vie : l'amour.
Lorsqu'il rencontre Rhiannon, la vie de A. prend un tour inattendu. Loin du confort de sa routine (changer de famille chaque jour a certains avantages!), il va devoir se battre pour conserver cet amour... et traverser ainsi des épisodes aux conséquences délicates et parfois dramatiques.
Ce roman est vraiment unique et riche d'expériences. En un peu plus de 300 pages, qui constituent quarante jours de l'étrange vie de A., le lecteur découvre plusieurs vies d'adolescents, avec leurs hauts et leurs bas. On aurait pu s'attendre à un catalogue édulcoré de stéréotypes, mais David Levithan a eu le génie de tout faire passer à travers le regard de A., une personne honnête et intègre, ce qui permettrait presque de rapprocher ce livre d'un apologue. Le héros est une bonne âme, sans être un candide, et il cherche à ne jamais influer sur la vie de ceux dont il occupe le corps. Excepté dans des cas extrêmes, quand il ne peut laisser son hôte se nuire, par exemple...

Un roman sur l'amour, le respect, la tolérance, la différence... soutenu par une intrigue palpitante et sans temps morts. Un condensé de vies, tel qu'on en a rarement l'occasion d'en lire.

J'ai pris plaisir à lire ce roman pour ados. Il faut vraiment le leur mettre entre les mains, afin d'ouvrir leurs yeux sur ce que peut être la vie de ces autres qui les entourent. Ce qui précède servira de trame pour un petit article destiné au CDI. Je vais (essayer de...) rédiger un certain nombre d'articles dans cet optique pendant les vacances.


Elle s'appelait Sarah, Tatiana de Rosnay  

Tout commence avec l'écriture : une journaliste américaine se voit commander un article sur la tragédie du Vel d'Hiv à la veille des fêtes commémoratives. Le 16 juillet 1942, plus de 13 mille Juifs, dont 4 115 enfants, ont été parqués au vélodrome d'Hiver rue Nélaton, Au fil de ses recherches, Julia Jarmont découvre l'existence de Sarah, une petite fille qui a survécu à la tragédie. Au fur et à mesure, Julia découvre que les liens qui l'unissent à Sarah sont plus étroits qu'elle ne l'auraient imaginé, puisqu'elle avait vécu dans l'appartement qu'ont ensuite occupé les parents de son beau-père quelques joues après la rafle.
Mais ces nouveaux occupants ne soupçonnaient pas la tragédie qui se jouait dans ce lieu déserté.... Avant d'être emmenée par la police française (ce ne sont pas les Nazis qui sont les à la manœuvre, mais bien les Français, ce qui ajoute à la tragédie), la petite fille a enfermé son petit frère dans le placard , pour le protéger. Elle pensait qu'elle et ses parents allaient revenir très vite. Mais on ne sait que trop bien que les événements ne prirent pas cette tournure.


Grâce à l'alternance des récits, celui de 2002 faisant écho à celui de Sarah en 1942, le suspense est puissant. On se doute de ce qui va advenir, inexorablement, mais pourtant on reste en haleine. Je faisais tourner les pages afin de savoir comme la tragédie allait être racontée, avec quels mots et quelles émotions. Je m'intéresse de près aux romans de Tatiana de Rosnay ces temps-ci, et ce roman me semble être son chef d'oeuvre. Il y a du suspense, des émotions, et c'est un superbe témoin de mémoire. Vers la moitié du livre, les recherches de Julia se confondent avec l'histoire de Sarah, et le suspense devient encore plus prenant. Je me suis attachée au personnage de cette journaliste exilée à Paris, enceinte et mal aimée, qui a chargé le passé des émotions de son quotidien. Son regard donne une dimension particulièrement vive et émouvante au récit de la vie de Sarah et de la tragédie de son petit frère. Tatiana de Rosnay donne un nouveau souffle aux récits de la Shoah, plus moderne et donc plus proche de nous.  

mardi 17 juin 2014

Articles à venir

Avant que je n'oublie, je note ici les articles à venir :

- La Voleuse de livres, Markus Susak (un excellente surprise ! déroutant au début, mais on s'attache très vite aux personnages)
- Carrie, Stephen King ( quelques longueurs malgré l'étroitesse du roman, mais ça m'a donné envie de regarder les films)
- Un avion sans elle, Michel Bussi (étonnement prenant, bien que décevant sur certains points, en premier lieu la couverture de l'édition de poche ...)

Livres entamés mais jamais terminés
- Les yeux jaunes des Crocodiles, Catherine Pancol (prenant au début, puis le roman plonge dans les lieux communs. L'auteur s'appesantit un peu trop sur chacun des personnages, et on a l'impression que ça ne va jamais avancer. Peut-être une focalisation sur le regard d'un seul personnage aurait-elle été plus prenante).
- Les Mandarins, Simone de Beauvoir (honte sur moi, mais je n'ai pas accroché ! Je retrouve trop les lieux communs de Simone et m'ennuie un peu...)


vendredi 30 mai 2014

Amour, psychoses et mariage

Le roman du mariage, Jeffrey Eugenides

En plus d’être attirée par le fait qu’il ait été sélectionné par les lecteurs de la collection Points, le sujet de ce roman m’a également interpellée : l’amour et le mariage. En outre Jeffrey Eugénides, comme je l’ai appris plus tard, est l’auteur de Virgin Suicide, qui était un roman avant de devenir le film que l’on connaît. Le roman du mariage me semblait vraiment valoir le coup.
Je l’ai donc ouvert avec un certain empressement, mais les premières pages m’ont déçue. Le style est anarchique, on passe d’un sujet à l’autre sans aucune harmonie (j’ai été jusqu’à me dire que c’était fait exprès… mais je n’en suis pas certaine, même à l’issue de ma lecture). Le premier paragraphe était extrêmement prometteur, avec des allusions littéraires à foison. Mais après… ça se gâte. On est immergé dans la vie de Madeleine, étudiante en littérature anglaise et américaine, qui s’apprête à recevoir son diplôme. Ses parents arrivent un lendemain de cuite, elle est sale, vaseuse et ne se souvient plus avec qui elle a passé la nuit. L’auteur s’appesantit sur le lavage des dents, le menu du petit-déjeuner et les réflexions étranges du père. Mais au bout d’une cinquantaine de pages, ça y est, c’est bon, l’histoire et les personnages sont bien installés. On suit alors les aventures amoureuses de Madeleine, étudiante un peu niaise et personnage un peu creux certes, mais qui a le don d’attirer l’attention des garçons les plus tordus du campus.
Tout d’abord il y a Léonard, un brillant étudiant que Madeleine rencontre à un cours de sémiologie. Il suit ce cours en option, puisqu’il est avant tout étudiant en biologie. Madeleine tombe amoureuse de lui presque au premier regard, mais ils mettent du temps à sortir ensemble. Ou plutôt, devrais-je dire, Madeleine met du temps avant de s’engager dans ce qui sera la plus grosse erreur de sa vie. Léonard est maniaco-dépressif, bipolaire comme on dit aujourd’hui. Et cette tendance ne fera que s’accentuer lorsque ces deux-là vont rompre une première fois. Suite à cette épreuve, Madeleine va devenir, en quelque sorte, l’infirmière de Léonard.
Ensuite il y a Michel. Comme l’ange, il est un peu illuminé et c’est dans le cœur de Madeleine qu’il aimerait faire une marque. Contrairement à Léonard, il n’est pas séduisant, il n’est pas extrêmement brillant et surtout, il n’est pas imbu de lui-même. Le seul point qu'ils ont en commun est de tomber amoureux de Madeleine. Après avoir été éconduit par elle alors qu’il était persuadé qu’il l’épouserait un jour, il entame un périple en Inde, d’où il reviendra transformé.
Pendant ce temps, Madeleine vit un cauchemar avec son Léonard, mais ne s’en rend pas vraiment compte : l’amour et l’impression de se rendre utile lui font omettre le caractère mortifère de la situation.

Je n’irai pas plus loin, sinon je vais spoiler. Toutefois je peux dire que je ne me suis pas ennuyée avec ce roman, dont j’étais pressée de connaître la suite. Par ailleurs, les allusions littéraires nombreuses lui confèrent une dimension supplémentaire (le titre du roman est d’ailleurs dû à l’intitulé du cours et du mémoire réalisé par Madeleine, et dans lequel elle évoque Jane Austen et d’autres « romanciers du mariage). Un bon roman, mis à part les premières pages et le personnage de Madeleine, qui manque de profondeur et sans doute d’un brin de folie (ou de mysticisme). 

Simone IN LOVE

                                                                            
 Beauvoir in love, Irène Frein

Quand j’ai vu ce roman dans la librairie, je n’y croyais pas. Je me suis dit : « un roman de Beauvoir que je ne connais pas ? Un livre sur Beauvoir que je n’avais jamais vu ? ». Je dis cela sans prétention ; c’est simplement parce que j’adore cette auteur et ai beaucoup lu à son sujet. Mais en réalité, c’était une nouvelle sortie de la collection Points en livres de poche ! Je connaissais Irène Frein pour son roman Les naufragés de l’île Tromelin, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle publie un roman sur Simone !  Je me suis donc empressée de l’acheter et je l’ai lu dès lors que j’ai eu fini Jane Eyre. J’ai eu du mal à le lâcher. La narration est assez rapide, il n’y a pas de temps morts, le style laisse transparaître l’intensité de la relation qui unie Simone et Nelson Algren. Maintenant, laissez-moi vous raconter un peu…

Peu après la guerre, Simone de Beauvoir se rend aux Etats-Unis pour visiter ce pays dont Sartre, son amour nécessaire, lui a tant vanté les beautés et surtout les disparités. Là-bas elle s’ennuie, Sartre n’est pas là et en plus, il file le parfait amour à Paris avec Dolorès. Les conférences auxquelles elle va participer pour promouvoir l’existentialisme sont peu nombreuses, et la vacuité de son agenda la laisse sans force. Elle se dit qu’elle va profiter de ce temps libre pour aller voir les bas-fonds de New-York, mais également de Chicago. Pour être immergée au mieux dans l’univers des miteux à la Céline, elle va chercher un guide. Par hasard, on va lui parler d’un auteur, Nelson Algren, qui habite Chicago et justement côtoie les bouges de la ville. A force de persévérance, elle finit par le convaincre de la rencontrer. A ce moment là, elle ne sait pas que sa vie va prendre un tournant inattendu…

Entre eux, c’est comme un coup de foudre, mais qui ne sera consommé que plus tard. Simone reviendra en effet à Chicago pour le revoir, dans son appartement, et ce seront les débuts d’une passion, tant exceptionnelle et magique, que brûlante et destructrice.

Irène Frein s’est intéressée de près à cette période de la vie de Simone, de 1947 à 1950. C’est une période très riche littérairement, qui va lui inspirer sa plus grande œuvre, le Deuxième Sexe, ainsi que les prémices de ce qui deviendra les Mandarins. Mais c’est également une période de sa vie méconnue et mal connue. En effet, peu de souvenirs ont été transmis à travers l’autobiographie de Simone, et cette passion a été vue, de France, comme une sorte de lubie sexuelle. En réalité, il s’avère que cet amour contingent a été la seule et véritable passion amoureuse de Simone. Une passion dans toutes ses acceptions, avec ses moments hors du monde, l’abandon total de soi, le manque, la folie, les larmes, les cris ; tout le panel des émotions y passe. Et Irène Frein retranscrit cela d’une main de maître, suivant le rythme des émotions des amants tel un chef d’orchestre.

On apprend des détails touchants sur Simone, qui est présentée dans toute son ambivalence, à la fois éminente intellectuelle et femme-enfant sensible et idéaliste. Un élément marquant est le carnet dans lequel Simone et Nelson écriront chacun leur tour, chaque jour, pour décrire leurs journées, et surtout tester la vérité des sentiments de l’autre. Leur sincérité est à rude épreuve ; en effet, tous les deux sont prisonniers : Simone de son amour nécessaire pour Sartre, auquel elle ne peut s’empêcher de penser et auquel elle est liée jusqu’à la mort. Nelson de sa « maudite sensation », cette sorte de spleen furieux qui s’empare de lui sans qu’il sache pourquoi. Ces entraves empêchent les deux écrivains de vivre pleinement leur amour, qui eut pu les mener au mariage. Nelson est en effet plus qu’épris de Simone, et se voit bien faire sa vie avec elle. Mais il y a Sartre… et il ne laissera pas échapper son Castor.
Pendant deux ans, les amants oscillent entre passion sans nuages et journées de tempête, à l’issue desquels le carnet est noirci de termes exécrables, effroyables, odieux. Eros et Thanatos n’ont jamais été aussi proches dans leur tango macabre. Les lettres fusent, les rencontres s’enchaînent. Décevantes au début car on ne reconnait plus celui ou celle qu’on a tant idéalisé en souvenir, puis fabuleuses, avant que les chaînes de chacun ne les rappellent à l’ordre. Ils finissent par ne plus se voir, mais continuent de correspondre ; mais surtout, ils restent vivants à jamais dans le souvenir de l’un et de l’autre. Simone, après l’avoir eu dans la peau, le garde près d’elle jusqu’à la mort, emmenant son anneau dans sa tombe. Nelson, lui, peu avant sa crise cardiaque, réalise un collage émouvant à partir de photos de Simone et d’articles de presse publiés à son sujet.

Irène Frein a réalisé un roman remarquable, à partir de faits avérés, retrouvés dans les archives de Simone et Nelson. Elle a agi en biographe, et si le résultat est romancé, c’est pas souci de sincérité. En effet, les archives concernant Nelson sont peu nombreuses ou inaccessibles ; par conséquent, la solution la plus respectueuse était de romancer les passages obscurs. Toutefois elle ne dupe à aucun moment le lecteur, puisqu'elle indique ses sources (sans que le roman en soit chargé, au contraire, on a véritablement l’impression de lire un roman d’amour).

Bref, un fabuleux ouvrage, que je suis heureuse de posséder pour compléter ma petite collection sur Simone, et qui m’a également donné envie de relire Les Mandarins (cette passion est racontée de manière assez brève mais sans ambiguïtés dans le tome 2). En plus de cela, j’avais été extrêmement captivée et marquée par cette lecture, que je serai heureuse de reprendre. 

Pour plus d'informations, je vous invite à vous rendre sur le site consacré à l'ouvrage (oui oui, un site rien que pour lui !), où vous trouverez des interview vidéo, des images et de nombreuses informations regroupées par l'auteur avant l'écriture du livre. 

mercredi 14 mai 2014

Jane Eyre

       
« Le livre qui vous a sauvé la vie ». C’est une expression que j’ai entendue il y a longtemps, dans la bouche d’une prof de Fac. Elle disait qu’elle en avait rencontré, elle, des livres qui lui avaient sauvé la vie. Je ne me souviens pas si elle avait cité un titre… mais je me souviens que je m’étais dit : « et moi, est-ce qu’un livre m’a déjà sauvé la vie ? ». Sur le coup je n’avais pas trouvé de réponse. Mais je suis en mesure de dire aujourd’hui, plusieurs années plus tard, qu’il y en a eu, et même plus que ce que je crois. Celui dont je vais vous parler en fait partie. Je ne dirais pas en fait qu’il m’a sauvé la vie, je n’étais pas non plus au bord du gouffre, au point de me retenir aux derniers lambeaux de sa couverture. Mais il a redonné un goût perdu à ma vie de lectrice. Dans ce cas oui, finalement, il m’a en quelque sorte sauvé la vie, ou plutôt ramené à la vie.
      Ce livre c’est Jane Eyre, de Charlotte Brönte. Déjà, le livre en lui-même est assez exceptionnel : c’est une édition de 1946, couverture en carton kraft, pages coupées, lambeaux qui s’effilochent dans le lit quand on le dévore (c’est le cas de le dire) tard le soir. Comme les miettes d’un sandwich ; un truc bien revigorant. Mais un sandwich au roosbeef, une belle viande anglaise. Avec une fine moutarde et quelques délicates feuilles de salade. Moui, la comparaison de Jane Eyre avec un sandwich est pas mal finalement : la rudesse des caractères avec le rosbeef, le piquant du personnage qui ne se laisse pas faire (moutarde qui relève le tout) et la fine laitue, pour le style. Un style victorien sans fioritures et pourtant si désuet ! Ce livre, ce style, à part des miettes de pages, je n’en ai rien laissé. Parfois je me disais : j’ai quand même hâte de voir quand est-ce qu’elle va lui avouer que … (je ne dévoilerai pas grand-chose, pour ceux qui n’auraient pas encore eu le bonheur de lire ce livre magnifique !) (je savais ce que j’allais découvrir, dans l’ensemble, puisque j’avais déjà lu ce roman il y a quelques années de cela), bref, j’avais envie de passer des phrases, voire des pages, mais impossible de lâcher un mot !! Malgré le style désuet, un rien ampoulé, l’équilibre est tellement parfait qu’on ne laisse rien. Et ce roman, c’est exactement ça : un équilibre parfait : dans la construction, dans l’intrigue, dans son style et dans ses personnages. Même, dans mon cas, dans l’objet même. Un chef d’œuvre donc.
          Jane Eyre est magnifique : une maîtresse femme malgré sa rude enfance et son apparence fluette. Elle a peur des fantômes mais c’est pour mieux s’en sortir après, face aux terreurs que va lui infliger, malgré lui, ce cher Rochester dans son château de Thornfield (champ d’épines, rien que ça !). Des épines il y en a, beaucoup même, mais il y a surtout la rose ! Rien à voir avec les émissions quasi pornographiques d’aujourd’hui, même si le symbole de la rose reste un peu le même : l’amourrr, toujours l’amour ! Mais on aime ça, et ce roman est un des plus beaux romans d’amour que j’ai eu à lire.
       Seul bémol dans cette histoire (car tout chef d’œuvre a son imperfection, sinon je ne pense pas que ce soit un chef d’eouvre digne de ce nom) : la dernière partie, et surtout les échanges avec John le pasteur. Mais bon, Charlotte Brönte étant fille de pasteur, on peut comprendre.
        Voilà, j’arrive au bout de ce que je voulais partager concernant Jane Eyre. Je ne répéterai pas que c’est un chef d’œuvre (sic…) mais en tout cas, je vous invite vraiment à le lire, et même le relire. Son action bénéfique est toujours la même.

        Ah oui, pourquoi est-ce qu’il m’a ramenée à la vie, « lecturellement » parlant ? Et bien parce qu’avec lui j’ai tout oublié, et que je l’ai lu en quelques traites seulement. Un vrai miracle, qui m’a relancée sur la route, à une bonne vitesse de croisière. 

vendredi 9 mai 2014

Un nouvel Auster, pour relancer la machine !



Moon Palace, Paul Auster

J’étais persuadée d’avoir lu les principaux romans de Paul Auster ; alors forcément, Moon Palace devait en faire partie. J’étais prête à parier. Hors, par un heureux hasard, une amie me l’a prêté, je l’ai feuilleté et je me suis dit : « Si jamais je l’ai déjà lu, c’est que l’amnésie (ou la vieillesse…) m’a frappé de plein fouet. » En réalité, je n’avais jamais ne serait-ce que mis le nez dans ce roman au titre pourtant familier. Heureusement que je n’avais pas parié, finalement.
Pressée de renouer avec les émotions que ne manque jamais de me donner un bon roman de Paul Auster, je me suis donc plongée sans autre forme de réflexion dans l’espace stellaire et confortable que promet le titre. J’ai été conquise au début. J’ai immédiatement reconnu ce qui fait que cet auteur est un de mes auteurs préférés : un personnage attachant donc on il nous fait partager la vie dans les moindres détails, une tranche de vie emplie de coïncidences et de résonnances. Auster nous fait entrer dans la vie de Fogg en plein virage. La route va alors devenir chaotique, voire carrément dangereuse. J’ai eu du mal à lâcher le livre pendant tous ces épisodes. En plus, comme souvent, le personnage a un rapport assez particulier avec les livres et la littérature. Celui-ci n’est pas un véritable écrivain, mais il pourrait nous le laisser croire. Son rapport aux livres est dès le début hiératique et quasiment charnel (sans trop dévoiler, je peux vous dire qu’il va s’en servir pour meubler son appartement). Ce sont toujours les mêmes motifs qui reviennent, ceux de Paul Auster, et encore une fois je n’ai pas été déçue puisque ces motifs, ces obsessions, je les aime beaucoup.
Passées les cent premières pages, la vie de Fogg prend un nouveau tournant, incarné par une nouvelle rencontre, qui va infléchir le cours de son existence. Qui aurait cru que s’occuper d’un vieil homme en fin de vie réservait autant de surprises et surtout serait source de tant de concomitances ? Encore une fois chez Auster, le hasard ne nous apparait pas autrement qu’une vaste mascarade, destinée à tester les limites du personnage, mais à nous tester, nous aussi. Auster illustre son immense pouvoir de démiurge. Il tire les ficelles et nous embobine jusqu’au bout. C’est très artificiel tout ça ; on peut en être déçu. Mais c’est l’une des prérogatives d’un auteur que de créer des hasards et des coïncidences plus énormes les unes que les autres ; Auster en use et en abuse !
Ainsi on découvre que les liens qui unissent les personnages sont plus proches que ce qu’on pouvait imaginer, et l’histoire nous emporte alors sur des voies trop rapides. Tout s’accélère un peu trop, les coïncidences deviennent trop encombrantes, et les détails avec. Ici réside le paradoxe de cette fin de roman : trop longue dans ses descriptions, trop rapide dans son synopsis. Toutefois cela n’entache pas mon admiration pour cet auteur, qui semble dévider une bobine au fil de ses idées, sans toutefois en perdre la logique (au risque de jouer d’artifices parfois gênants), et n’omet jamais de laisser au fil du texte ces motifs en écho (ici, c’est forcément la lune) que je suis contente de croiser au cours de la lecture.

Tout ceci n’est bel et bien qu’abondance d’artifices (avec toutefois, au premier plan, des aventures fortes et touchantes), mais c’est ce qui me plait dans ce roman. On est en plein dans la littérature, même si ce n’est pas le meilleur roman d’Auster (j’ai en tête Sunset Park, dans lequel les aventures des personnages sont plus plausibles et donc plus fortes). 

mercredi 7 mai 2014

La singulière lecture du roman méconnu de Points

La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimée Bender

On peut dire que ce titre est selon moi un bon titre. Tout d’abord il intrigue : on se demande ce que peut bien avoir à faire un gâteau au citron dans un roman. On s’attend à une histoire sucrée, légère. Une histoire de cuisine, de pâtisserie, d’enfants, que sais-je… Mais n’oublions pas la première partie du titre ; il est tout de même question de tristesse. Un gâteau peut-il être triste ? Surtout un  gâteau aussi ensoleillé qu’un gâteau au citron ?
Toutefois l’essentiel n’est pas là. Il réside bien plutôt dans le premier mot, le premier adjectif : la singularité. Tout est en effet singulier dans ce roman. En commençant par son titre.
Comme on pouvait s’y attendre, le personnage principal est une enfant : Rosie, qui a neuf ans au début de l’histoire, se découvre un don (ou peut-être est-ce plutôt un fardeau…) : elle goûte les émotions des autres à travers la nourriture. Elle fait cette amère découverte le jour de son anniversaire, en goûtant le gâteau au citron préparé par sa maman. Plutôt que le parfum acidulé du citron, c’est le vide et l’amertume de sa maman qu’elle goûte. La nourriture lui devient alors insupportable, et les choses ne vont pas aller en s’arrangeant. Plus elle prend conscience de cette étrange capacité, plus elle en souffre. Rosie ne peut plus passer à table sans appréhension, puisque les émotions contenues dans les aliments sont les plus pathétiques de la nature humaine. Les pires étant celles des plats préparés par sa maman. Afin de trouver un peu de sérénité dans ce qu’elle mange, elle se tourne vers les distributeurs, les plats tout prêts, les aliments bruts. Puis, au fil de sa quête d’un repas qui la nourrisse sans la déprimer, elle se met à faire le tour des restaurants du coin, à la recherche du cuisinier heureux qui saurait lui faire goûter un peu de joie.
A ces questions d’émotions et de cuisine, s’emmêlent les émotions de Rosie qui vit ses émois d’adolescente, mais également ses inquiétudes à l’égard de son frère. Lui aussi possède une sorte de « don » qui le rend absent au monde, au sens propre du terme. Je n’irai pas plus loin, au risque de spoiler !


·         Je terminerai simplement par une remarque : ce livre a été sélectionné par les lecteurs de POINTS en 2014, et pourtant je ne l’ai trouvé que dans une seule librairie (la Librairie Ryst, à Cherbourg !). Or ce roman vaut vraiment la peine d’être connu, et lu. Il est extrêmement singulier, mais c’est cette singularité qui en fait la richesse. Et son titre… que dire d’autre encore, à part que la définition d’Umberto Eco me semble bien appropriée :  Un titre doit embrouiller les idées, non les embrigader. 


jeudi 16 janvier 2014

L'étude n'est pas toujours là où on l'attend

Une année studieuse, Anne Wiazemsky

Ce roman a tout pour plaire ; du moins selon mes goûts. Je vais donc procéder à l’élaboration d’une liste aussi courte que possible (ne baillez pas déjà !) pour tenter de cibler les causes de son succès. En espérant que ces arguments trouveront écho.
Déjà, ce n’est pas à proprement parler un roman. Il ressemble en fait davantage à une autobiographie. Or les autobiographies, plus encore quand il s’agit de celui d’une jeune fille, me plaisent bien en général. Pour tout dire, je suis une fan inconditionnelle des Mémoires d’une jeune fille rangée. Donc forcément, un roman comme celui-là, ça me parle !
Pour continuer sur cette lancée, parlons de l’époque : c’est justement celle de Simone ! Le siècle des existentialistes, des féministes, de Mai 68, des révolutions en tous genres. Bref, ce roman nous immerge totalement dans cette époque troublée mais sous haute tension.
Ce roman parle donc d’étincelles : celles de la révolution, mais aussi celles de l’amour. Il ne faut pas se laisser méprendre par le titre : cette année qui nous est contée n’a rien de studieux. Au contraire, elle marque bel et bien un tournant dans la vie de la petite fille de François Mauriac (oui oui, vous avez bien lu ! l’autobiographie d’une future écrivaine, descendante direct d’un des plus grands auteurs du XXème siècle, ça donne l’eau à la bouche non ?) Celle-ci va faire la rencontre de Jean-Luc Godard, le célèbre cinéaste. C’est donc sous l’égide de la lumière et sous les feux de la rampe que la vie d’Anne prend un tournant ; que dis-je, un virage en épingle à cheveu !
Toutefois ne vous y méprenez pas : comme toute histoire d’amour, celle-ci a ses zones d’ombres. Vivre avec Godard n’est pas facile. Anne et Jean-Luc s’opposent par leur âge, leur maturité, leurs désirs. La famille d’Anne se veut aussi un frein à cette passion insatiable. Les deux amants finissent par se marier (siècle bourgeois oblige, il faut bien régulariser tout ça !), mais rencontre de nombreuses crises, dont certaines vont jusqu’à la douleur physique.

Bon, je ne m’aventurerais pas plus avant dans des considérations politico-sociales, ce n’est pas mon quartier. Je préfère vous vanter, encore, les vertus littéraires et émotionnelles de ce roman. Anne Wiazemsky écrit ses souvenirs avec autant d’épaisseur et de spontanéité que si elle était en train de les vivre au même instant. On sait tout – ou presque- de ses sentiments, états d’âme, colères et inquiétudes. A 66 ans, elle a investi la peau de celle qu’elle était à 19. Cette année studieuse, où elle tente d’étudier la philosophie tout en s’imprégnant des bouleversements de l’époque et de sa vie, ne parvenant pas à s’investir pleinement ni dans l’une ni dans l’autre, est une année d’apprentissage intense et sans doute trop pleine pour une jeune fille en fleur (Gaudard dit d’ailleurs d’elle qu’elle est « un animal-fleur »). Malgré tout, le ton du livre est plutôt gai, parfois naïf. L’auteur ne nous impose pas le recul qu’on aurait pu attendre d’un tel retour sur soi; elle nous laisse le plaisir de la fraîcheur, d’une jeunesse avide de découverte, et à l’appétit d’expériences insatiable. De là à dire que c’est un éloge de la jeunesse, il n’y a qu’un pas. Mais je ne le franchirai pas. Pourquoi ? Parce que ça fait trop article de Télérama ! 

jeudi 7 mars 2013

Le chagrin en question


Le chagrin, Lionel Duroy


Le titre est comme un leitmotiv qui revient tout au long du livre, et ne doit bien entendu rien au hasard. Ce n’est pas un titre qui trompe : il va bien il y avoir des pleurs et de la peine dans ce roman. Toutefois, ne vous attendez pas à être apitoyé tout du long ; les sentiments sont mitigés, et peuvent diverger selon la manière dont on se place.
Venons-en au vif du sujet : Lionel Duroy, sous couvert du narrateur William, nous raconte dans ce « roman » rien d’autre que sa vie, de sa naissance à la parution de son autobiographie Priez pour nous. Il nous raconte ses frères et sœurs, leurs aventures et leurs galères. Surtout leurs galères…
Il est le quatrième de dix enfants ; on peut dire que ses parents s’aimaient. Le problème était que sa mère veut vivre dans le luxe, train de vie qu’elle ne peut se permettre, toute baronne qu’elle est, et que son père, piètre calculateur, fait tout pour lui permettre de vivre comme une duchesse.
Avec son regard d’adulte, l’auteur (ou le narrateur, mais enfin personne n’est dupe) juge cette famille unie mais où chacun est plus ou moins anéanti par les ennuis perpétuels qui leur tombent dessus (expulsions à gogo, lettres d’huissiers, saisies, renvois de l’école bref… tout un pannel d’évènements qui ne peuvent permettre à des enfants de s’épanouir comme il le faudrait). L’auteur critique donc cette vie qui lui a tellement pesé, et on le comprend. Toutefois, c’est ici que le bas blesse. En effet comment, en tant que lecteur, doit-on se positionner face à une telle charge critique ? Vers la fin du livre, Lionel raconte comment il a fini par être banni de la famille à cause de ce livre où il raconte les galères de tous sans mâcher ses mots. Ses mots qui ont anéanti la réputation de sa mère – qu’il dit vouloir tuer grâce à son livre et ce qu’il réussit d’ailleurs-, de son père, de sa famille toute entière. Alors, doit-on cautionner, sous couvert de fiction, un tel déchaînement de haine ? Surtout, dois-je rapporter ici les critiques émises par l’auteur sur les membres de sa famille ? Si l’on considère qu’il s’agit d’une fiction, on le peut. Ainsi on étudie bien Vipère au poing à l’école, alors qu’on se doute bien de la forte par autobiographique de l’ouvrage. Mais ici ? Comment recevoir un livre dont l’auteur nous dit que sa genèse, ce Priez pour nous, a fait tant de dégâts ? Avec la presse qui en rajoute, avec les proches qui s’insurgent, les amis qui se détournent… Il a détruit sa famille en voulant s’en échapper. Cela peut se comprendre. Mais je pose toujours la question : comment le lecteur doit-il prendre cela ?
Pour le reste, je dois dire que j’ai passé de superbes moments avec ce livre, qui raconte une enfance, une jeunesse, des années 1940 aux années 90. Les bêtises, les amours, les emmerdes, et la fin… Fin dont j’ai assez parlé d’ailleurs. Un long long bouquin, mais que j’ai eu  du mal à lâcher finalement. Bref, en dépit de mes questions, j’ai adoré !

mardi 5 mars 2013

La série télé entre vos mains


Doggy Bag saison 1, Philippe Djian

Cela fait longtemps que ces livres sont dans ma bibliothèque, mais je ne m’y étais pas encore lancée. Une série de bouquins à la manière d’une série télé, cela me laissait septique… N’en voit-on pas assez à longueur de journée, sur tous les écrans, dans toutes les langues, et de toutes qualités ? On zappe d’images en images, au rythme de nos envies, mais également au rythme de ces « soap » qui enchaînent les épisodes, les répliques cinglantes, les archétypes.
Mais finalement, ayant besoin de légèreté dans mes lectures en cette période de vacances (l’esprit a besoin de repos aussi !) je me suis lancée dans le premier opus, que j’avais emmené, avec une certaine perspicacité, dans ma valise.

En dépit de nombreuses critiques négatives que j’ai pu lire à son propos, le Doggy Bag de Djian n’est pas si mauvais. Même s’il est vrai qu’on peut le prendre pour une espèce de mic-mac de restes de ses autres livres, il n’a pas conservé que les plus bas morceaux, et a agrémenté les reliefs de ce Doggy Bag d’une saveur inattendue voire jamais vue.

On retrouve comme toujours énormément de scènes et de pensées sexuelles. Sans cela, ce ne serait pas Djian. Les femmes ont encore et toujours une place à part, celle qui éveille les plus ardents désirs mais qui console et réconforte. Celle qui est frustrée aussi par les hommes, qui finalement semblent toujours essayer de mener le monde par le bout de leur… . Bref, vous avez compris.
L’histoire en elle-même n’a rien de transcendant, et s’inspire clairement des séries télé américaines : deux frères, propriétaires d’un garage, entretiennent des liaisons ici et là, jusqu’au jour où Edith, l’amour de leurs 20 ans, refait irruption dans leur vie. Raz de marée en jupes courtes, elle bouleverse littéralement l’équilibre de l’entourage des deux frères. Bon, en trois lignes, voilà le résumé.

Toutefois je vous ai parlé de saveur inattendue, et vais essayer de vous persuader que je n’ai pas menti. Sous couvert de ces clichés, Djian réalise un véritable tout de force littéraire en nous proposant ce qui s’apparente à un mélange salé de scénario et de vaudeville. En effet, tout s’enchaîne à une vitesse phénoménale. Les répliques fusent, les personnages se croisent et se décroisent, les paragraphes s’enchaînent voire se déchaînent. Il faut parfois avoir le cœur bien accroché puisqu’au sein d’un même paragraphe il n’est pas rare de passer d’un lieu à un autre, d’un évènement à un autre, d’un frère à l’autre, enfin voilà. Et ce qu’il y a de remarquable, c’est que tout s’enchaîne sans que le soufflé s’écrase, et surtout sans qu’on en perde le fil. Je n’ai finalement au aucun mal à m’y retrouver (en plus, Djian dresse la liste des protagonistes en début d’ouvrages, tel un dramaturge, et c’est véritablement ce qu’il est ici !). Je pense qu’une fois qu’on a accepté de se faire trimbaler à ce rythme effréné, on ne peut que suivre, ou tout abandonner.

Il est vrai qu'ici Djian ne fait pas de la grande littérature ni un récit inoubliable, mais que la forme de ces romans est à couper le souffle (dans les deux sens du terme). Oubliées les descriptions, oubliés les personnages fouillés. On entre dans les pensées, on pénètre dans les maisons, on espionne les scènes les plus intimes mais sans s’y attarder, sans prendre le temps de comprendre réellement ce qui nous arrive. On est loin loin loin du roman balzacien ; on est face à la modernité littéraire, celle qui s’imprègne du monde dans lequel on vit, de sa vitesse, de sa culture, de son besoin de divertissement. Djian nous divertit, à 100 à l’heure, comme dans une montagne russe qui parfois donne mal au cœur mais nous laisse toujours un sourire un peu béat aux lèvres.
Je ne sais pas si je vous ai convaincus mais en tout cas, pour ma part, je pense bien continuer la série !

samedi 2 mars 2013


Les quelques romans de Laura Kasischke que j’ai lus et dont je n’ai pas encore parlé

    Il y a quelques mois, ma maman –qui a toujours une énorme longueur d’avance niveau lectures et découvertes, et dans la bibliothèque de laquelle je pioche plus volontiers que sur n’importe quelle table de sélection de libraire- m’a fait découvrir cette auteur américaine, qui a publié un certains nombre de romans. Elle y met en lumière la vie aux Etats-Unis avec une certaine finesse, et a un talent particulier pour rendre compte de sentiments adolescents. Elle a en cela quelque chose de Joyce Carol Oates, sans la puissance démiurgique. Elle me semble, en quelque sorte, secrétaire de la vie de banlieue de femmes et d’adolescentes des Etats-Unis modernes, en proie toutefois à des situations qui n’ont rien de très banal… Une secrétaire qui aime plonger ses personnages, tout droit sortis de la vraie vie, dans des situations qu’on ne rencontre pas aisément dans cette « vraie vie » (et heureusement), et qui cependant n’ont rien d’impossible. En bref, la situation initiale est plausible, la fin des romans fait froid dans le dos. Voilà l’espèce d’équation que j’ai pu déduire de la lecture de trois romans de Laura Kasischke (dont je vous mets au défi d’épeler le nom !) : Un oiseau blanc dans le blizzard, A moi pour toujours, et le dernier en date (pour moi) En un monde parfait. Concernant la cohérence de son œuvre, au vue du peu que j’en connais, je peux déjà vous donner un indice : les titres ne sont pas choisis au hasard, et on se rend compte à la fin de la lecture à quel point cette fin incroyable et inattendue nous était presque donnée à travers le titre…
Chacun de ces romans met en scène une femme au destin brisé ou en passe de l’être, entourée d’adolescents dont l’évolution sera plus ou moins au centre de l’intrigue.


    Venons-en au premier que j’ai lu, à savoir Un oiseau blanc dans le blizzard. Maman me l’avait présenté comme un espèce d’ovni, ni polar ni simple roman de mœurs, un livre inattendu qui pourtant, à ma grande surprise, commence d’une manière somme toute assez classique : une mère de famille de la banlieue new-yorkaise, agacée par époux, fille et ménage, disparaît. On pense qu’elle a pris le large… et pourtant, il n’en est rien, comme nous le découvrons avec stupeur à la fin. Je ne peux toutefois pas me permettre de vous la dévoiler cette fin ; elle m’a trop surprise, voire bouleversée. Cependant, je vais malgré tout l’évoquer en bas de page, afin que ceux qui voudraient voir ma théorie de l’équation illustrée puissent trouver satisfaction. Ceci étant dit, on peut s’attendre à beaucoup de choses de la part de cette intrigue. Plusieurs points de vue s’offraient à l’auteur et personnellement, je m’attendais à ce que nous soit contée la fuite de la mère, ses retrouvailles avec la liberté, le vent de la liberté, des hommes, de la jeunesse perdue. Mais pas du tout. C’est en réalité la vie de sa fille et de son époux, après sa disparition, qui sont le cœur du roman. Sa fille qui a un petit ami que la mère trouvait à son goût ; cette même fille dont on suit l’évolution pendant trois ans, trois ans sans mère mais finalement sans joug, libre de devenir jolie, féminine, même de chiper les vêtements de cette mère souvent détestée (elle est semble-t-il partie sans rien). Son époux, qui est au début totalement perdu, retrouve l’amour, la liberté. Finalement c’est bien de liberté dont il est question, mais pas celle qu’on aurait pu attendre. Voilà en quoi cette auteur surprend : elle nous emmène dans des directions que l’on n’aurait pas forcément soupçonnées, elle nous surprend à chaque page ou presque, et au bout d’un moment, on finit par se dire que quelque chose cloche… Surtout que la mère ne revient jamais… Mais stop, j’en ai trop dit pour ceux qui ne voulaient rien savoir ! Les autres, je vous renvoie comme prévu en bas de page.

    J’ai acheté moi-même le second roman, forte de cette première expérience et des informations que j’avais pu glaner sur ses romans ici et là. J’avoue l’avoir acheté par pure symbolique au début : en effet, la couverture représente un cœur de Saint-Valentin, et nous étions le 13 février. Pur sentimentalisme donc, pour finalement découvrir encore une fois une intrigue inattendue – bien qu’un peu moins que celle qui précède. Dans A moi pour toujours, locution amoureuse qui, les lecteurs le constateront- n’a rien de bien romantique, l’histoire commence par un billet doux dans un casier de la Faculté de Lettres. Notre héroïne, épouse, mère et professeur de fac ayant dépassé la quarantaine, croit donc avoir un admirateur secret… S’ensuivent des tas de situations rocambolesques - teintées cependant d’un certain trouble- mettant en scène la meilleure amie, le mari, le fils, et les amants potentiels. Jusqu’au jour où elle rencontre vraiment un amant, mais ce n’est pas celui des billets… Où nous emmène-t-on encore ? Enfin maintenant, on l’aura compris, avec cette auteur c’est la question qu’il ne faut même plus se poser. Je laisse le plaisir à ceux qui le souhaitent de découvrir la surprenante résolution de cette étrange parenthèse de vie.

    Le dernier roman en date dans mes lecture est En un monde parfait. L’atmosphère en est d’autant plus surprenante que nous sommes plongés dans les années 2030-2040, en pleine apocalypse. Les Etats-Unis sont touchés par une espèce de grippe, qui dissémine la population telle une épidémie de peste. Mais comme rien n’est en apparence cohérent avec Laura Kasischke, il n’est pas question de décrire le chaos, mais de parler d’amour. Une jeune hôtesse de l’air de trente ans, célibataire endurcie, épouse le commandant le plus séduisant du ciel, rendant jalouses toutes ses collègues. Seule ombre au tableau : cet homme et veuf et a trois enfants, dont le plus jeune a 9 ans. Nous allons donc suivre au fil du roman l’évolution des relations entre la jeune belle-mère et ses beaux-enfants, et particulièrement celle avec les belles-filles, qui ne sont pas toujours tendres… Mais comment tout cela peut-il évoluer en plein chaos ? C’est ce que l’on découvre avec une espèce d’impatience tout au long des pages. Le roman devient alors une sorte d’hymne à la cohésion, au partage, au retour aux vraies valeurs. Sans cependant tomber dans la niaiserie. Du grand art je trouve.

Pour ceux qui le souhaitent : la situation finale des romans !

L’oiseau blanc dans le blizzard, en réalité, n’est rien d’autre que le corps de la mère qui repose depuis trois ans dans le congélateur de la cave, soigneusement déposé par l’époux dévoué mais totalement bridé. Troublant n’est-ce pas !
A moi pour toujours, c’est finalement ce que souhaite en quelque sorte un fils pour sa mère. En effet ce dernier n’hésite pas à tuer un de ses camarades qu’il soupçonne d’être l’amant de sa mère… Une fin encore une fois inattendue, un peu tirée par les cheveux selon moi, mais qui a le mérite de surprendre !
Le monde parfait du dernier roman n’est autre que celui d’une apocalypse auquel la nouvelle famille survit, en l’absence du père et grâce à la pugnacité de Jiselle, notre héroïne. Et le tout sans niaiserie, promis !

mercredi 6 février 2013

Goncourt des Lycéens 2012


La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, Joël Dicker 

Un homme de trente-cinq ans amoureux d’une jeune fille de quinze ans (qui s’appelle Nola, pas Lolita... quoi que...), un écrivain en panne d’inspiration, une petite bourgade des Etats-Unis et une cohorte de personnages intrigants. Mélangez tout ça, organisez un peu, et vous avez une histoire mirobolante.
Notre histoire se passe à Aurora, petite ville du New Hampshire. Un écrivain célèbre, Harry Quebert, y coule des jours solitaires et paisibles. Enfin paisibles oui, jusqu’au jour où le cadavre de Nola est découvert dans son jardin, trente ans après sa disparition. Au même moment son élève et ami, Marcus Goldman, écrivain à succès, est en passe de tomber dans l’oubli (victime d’une panne, et pas n’importe quelle panne : celle de la plume). Anéanti à l’idée de perdre tout ce qu’il avait si rapidement gagné (le succès, la gloire, les filles), il cherche refuge et conseil auprès de son vieil ami. Mais celui-ci va être aux prises avec ses vieux démons… et  avec la police. C’est lui qui aurait tué la jeune fille ? Lui qui l’aurait aimée aussi ? Quoi qu’il en soit, Marcus accourt à Aurora pour le soutenir, et finalement trouver l’inspiration : il va écrire un livre sur cette affaire.
Sous couvert de métalittérature, c’est une enquête policière riche en rebondissements qui s’offre à nous. Les personnages que l’on rencontre sont extrêmement intrigants. A croire qu’habiter dans une ville pommée des Etats-Unis vous rend tellement has been que vous en devenez un sujet palpitant. D’autant plus que la majorité de l’intrigue, constituée de retours en arrière, se passe en 1975.
C’est au cours de l’été 1975 que Nola, jeune fille de quinze ans rayonnante, tombe amoureuse des mouettes et de l’écrivain. C’est cet été là aussi qu’elle sert au snack de la ville aux côté de la jolie Jenny, qui se consume d’amour pour l’Apollon national, lequel passe ses journées à simuler la rédaction de son œuvre d’art sur un coin d’une table grasse de la gargote. Bien sûr Jenny est elle aussi l’objet de toutes les convoitises, tout comme Nola. Il fait chaud à Aurora; c’est ce que l’on va découvrir tout au long de l’enquête de Marcus Goldman…
Des personnages surprenants, une mise en perspective de l’acte d’écrire, de l’enquête que cela implique, mais aussi de l’acte de lecture qui est également une enquête. A la fin du livre, Harry prodigue son dernier conseil à Marcus : un bon livre, c’est celui qu’on referme avec un petit pincement au cœur, et dont la couverture nous rappelle tous ces personnages avec qui on a un peu vécu, et qu’on vient de quitter…
Cette sensation de partager l’existence et les souffrances de tous ces personnages gravitant autour du couple Harry et Nola (parce que bien sûr, c’est Harry l’amoureux transi) est vraiment celle que j’ai éprouvée tout au long de la lecture. Toutefois, malgré la qualité de la démonstration de création d’un livre (acte illocutoire, le dire c’est le faire, le livre se crée par moments sous nos yeux), on peut regretter certaines longueurs et les répétitions. Mais pas surprenants ni vraiment blâmables, puisque le livre fait plus de 600 pages.
Cet ouvrage a reçu le prix de l’Académie Française et a aussi été élu par les Lycéens pour leur Goncourt 2012. Un bon livre, qui tient en haleine et se veut miroir de la littérature, même si on peut déplorer quelques longueurs et quelques clichés.

Pour un autre avis, l'article d'Emma

samedi 5 janvier 2013

Un goût de thriller

Ces derniers temps, à force de regarder la série Dexter, je me suis mise à apprécier le frisson. Je me suis donc dit que lire pour frissonner un peu ne serait pas une mauvaise idée. Voilà les premiers résultats.


Un oiseau blanc dans le blizzard, Laura Kasischte

En résumé, c’est l’histoire d’une mère qui disparaît sans laisser de traces. Alors, comme on s’en doute, sa fille et son mari se retrouvent seuls. Sa fille avec des problèmes de poids, de couple, de vie d’ados, et son mari avec ses responsabilités d’homme au foyer. Pendant trois ans on suit la vie de ces deux personnages, principalement celle de la jeune fille qui, lors de la disparition de sa mère, est au lycée, puis arrive à la fac. Tout au long du récit, on découvre des éléments inquiétants sur les rapports qu’entretenaient la jeune fille et sa mère, mais aussi sa mère et son père, et enfin sa mère et son petit-copain… Une femme inquiétante dont on découvre le portrait en filigrane. Un portrait glacial et glaçant d’ailleurs, un peu comme ce qui lui est arrivé… Mais je n’en dirai pas plus !
Ce roman, qui a un côté thriller édulcoré, tient en haleine. En outre, l’auteur décrit avec beaucoup de vérité les émois adolescents, même les plus intimes. Un bon roman !

Jusqu’à la folie, Jesse Kellerman

Le roman commence par des descriptions sanglantes d’hôpital et d’opérations. Evidemment, puisque notre personnage principal (Jonah) est étudiant en médecine. Période de stage pour être exacte. On le suit dans sa soirée marathon, puis dehors, alors qu’il rentre chez lui, et c’est là que tout arrive : il tombe nez à nez avec une femme en pleine agression. Ni une ni deux, il se jette sur l’agresseur et, comme tout bon médecin l’aurait sans doute fait (…) il lui tranche la gorge. Propre, net, et sans préméditations.
Dès cet instant, sa vie se met à changer. Procès en vue, prison peut-être… Mais pourtant, tout ceci n’est pas le pire. Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, la folie ne vient pas à cause de remarques incessantes de collègues (il se fait appeler Superman et est régulièrement rédiculisé), ni du spectre de la punition à venir, ni des blessures de l’affrontement héroïque. La folie a pour source … une femme. La jolie jeune femme qu’il a sauvée. Au début tout se passe bien, même très bien. Ils finissent amants, comme vous vous en doutez. Rien de bien palpitant (pour les lecteurs en tout cas), jusqu’au jour où cette gentille jeune fille révèle sa nature sado-masochiste. Dès lors elle rend Jonah fou en le poursuivant partout, tel un gnome effrayant. L’histoire commence alors vraiment, Jonah cherchant par tous les moyens à échapper à ce démon qu’il a lui-même introduit dans sa vie. En outre, le lourd passé amoureux de Jonah ne simplifie pas l’affaire, et pimente considérablement cette histoire.
On est tour à tour effrayé, galvanisé, ému et même parfois amusé. Un bon roman de vacances !

Sinon j'ai également lu Les Rivières Pourpres de Grangé. J'écrirai peut-être un article à ce propos.