mardi 30 juin 2015

Coeur Sucré

Point d'orgue de la saga des Filles au Chocolat (pour le moment du moins), Coeur Sucré est un très court tome composé de deux trèèès courtes nouvelles. 
J'avais très envie de les lire, parce qu'il est principalement question de Summer, et que ce personnage m'a beaucoup touchée. Toutefois j'ai été un peu déçue par la première nouvelle. L'histoire est cette fois racontée du point de vue de Tommy, le petit copain de Summer. D'abord trouble-fête insupportable, le garçon exaspérant est devenu le confident puis le petit ami de cette dernière. Or la Saint-Valentin approche, et il est temps pour lui de trouver un cadeau à la hauteur de sa délicate belle. L'idée n'est pas longue à germer dans son esprit (l'intrigue aurait pu être développée à ce niveau là) : il emmène Summer voir un ballet. Forcément il y a un happy end, parce que Summer parvient à réaliser son rêve (mais je n'en dirai pas plus).
J'ai été assez déçue par cette histoire un peu mièvre... Summer m'a semblée tellement accablée, subissant son sort, pour finalement être exaltée dans une rêverie éphémère assez niaise. En plus l'intrigue aurait pu davantage s'attacher à la relation Tommy-Summer, plutôt que sur ses rêves de danseuse... Bref, une histoire vaseuse, collante, trop sucrée (le titre est bien trouvé !) et un happy end facile, que l'auteur sait éviter d'habitude. 

La seconde histoire m'a davantage intéressée. On suit Jodie, la meilleure amie de Summer, dans l'école de danse qu'elle rêvait d'intégrer. Les débuts sont un peu délicats mais la jeune fille finit par s'épanouir totalement quand elle comprend que Summer ne lui en veut pas de lui avoir laissé sa place. J'aurais bien aimé avoir plus de détails sur les cours de danse, l'école, etc... mais ceci dit, a contrario de l'histoire précédente, celle-ci est plutôt bien menée, avec l'enchâssement des lettres à Summer et leur rencontre à la fin. 

Ce tome annexe m'a autant plu que Coeur Salé, mais pour des raisons différentes. Ici les thèmes sont bien plus girly et sucrés (forcément). 
Certes ce sont des tomes additionnels, qu'on pourrait croire destinés aux fans inconditionnels, mais je trouve qu'ils peuvent être une alternative intéressante pour les jeunes enfants ou les petits lecteurs qui ne se sentent pas (encore) d'attaquer les 200 pages des autres tomes. En plus Coeur Salé et celui-ci présente des points de vue de garçons, ce qui peut élargir le public de la saga.
D'ailleurs je crois que Coeur Cookie sort dans deux jours. Et là, ce sera vraiment le point de vue d'un garçon !

Bref, la saga des Filles au chocolat se termine pour l'instant pour moi, avec pas moins de 5 tomes lus en une dizaine de jours. Je n'aurais jamais cru faire ça, mais finalement ce sont de petits bonbons, qui se dégustent et remontent le moral. J'ai apprécié la brièveté des livres, le fait qu'ils aillent droit au but, et leur profondeur insoupçonnée. Le décor aussi est agréable, les personnages attachants,... bref, je ne vais pas en écrire des tartines car je me suis déjà employée à en faire l'éloge dans mes deux autres articles. 
Le point de vue de Margaud en prime :).

A très vite pour un bilan du mois de juin, où ils seront en bonne place !

vendredi 26 juin 2015

Encore les Filles au Chocolat !

J'ai tout mangé le chocolat 
J'ai tout fumé les Craven A 
Et comme t'étais toujours pas là 
J'ai tout vidé le Rhum Coca 

Chanson tout à fait adaptée, merci à Sabine Paturel, plus connue par sa chanson « Les Bêtises » que par son nom... La seule différence c’est que ce ne sont pas vraiment des bêtises que j’ai faites :p. J’ai simplement lu presque toute la série des Filles au Chocolat en une semaine… Ne me manque plus que Cœur Sucré, que ma collègue doit me prêter.
Cette saga fait un peu le même effet qu’une razzia de chocolat, la crise de foie en moins. Elle est tombée pile au moment où j’en avais besoin. Ce sont des livres qui se lisent vite, mais qui se suivent, donc on peut sans problème se permettre de tout lire d’un coup (on pourrait d’ailleurs imaginer qu’ils figurent tous dans un seul tome). Le style est plutôt agréable, les histoires mignonnes sans être du tout niaises. Elles font même réfléchir. En définitive, ce sont des lectures très plaisantes pour oublier un peu le quotidien dans le fond de son canapé.
J’ai commencé jeudi dernier avec Cœur Mandarine que j’ai adoré (comme l’atteste mon article), puis j’ai enchaîné avec Cœur Vanille. Comme je le disais aussi, je n’ai pas réussi à accrocher à Cœur Guimauve ; en revanche j’ai beaucoup aimé Cœur Coco.

Cœur Coco est évidemment centré sur le personnage de Coco, la petite dernière de la famille, passionnée de nature, d’animaux et de causes perdues. Elle passe son temps à organiser des ventes de gâteaux au profit de la lutte contre la disparition d’animaux plus ou moins inconnus au bataillon, et adore monter à cheval. Or dans son centre équestre elle s’est beaucoup attachée une ponette nommée Coconut (l’onomastique reste un peu niaise mais bon…). Mais celle-ci est assez farouche, et les propriétaires souhaitent la vendre. Notre petite Coco va alors tout mettre en œuvre pour la sauver des griffes (du fouet plutôt !) de son nouveau propriétaire…

J’ai beaucoup apprécié le personnage de Coco, vive et sans peurs. Elle apprend pourtant dans ce tome à se méfier des apparences et à faire confiance. Sous ses airs farouches, elle n'en reste pas moins une petite fille blessée par le départ de son père et sa place dans la fratrie. Le décor est également très agréable, puisque la plupart des scènes se passent au centre équestre puis dans la lande. Ça m’a rappelé pas mal de souvenirs d’enfance, et je me suis sans peine identifiée à Coco.

En revanche, un petit bémol soulevé par un certain nombre de bloggeuses : le roman concerne Coco, or les frasques d’Honey prennent trop de place. Certes cela permet de planter le décor du tome 5 directement en Australie, mais quand même, ça gâche un peu le paysage. Ceci dit, c’est la seule réserve que j’émettrai, puisque dans l’ensemble ce fut encore une lecture très agréable. Elle laisse de jolies images en tête et je n’ai qu’un regret… que ce soit déjà fini !

J’ai aussi lu le tome 3.5 Cœur Salé, accès sur Shay, l’ex d’Honey et le petit ami de Cherry. L’histoire est courte, assez sympa. J’ai crains au début qu’elle raconte l’enregistrement d’un disque par le garçon, mais finalement Cathy Cassidy a su éviter cet écueil et encore une fois offrir un roman d’apprentissage ingénieux. En une centaine de pages, elle nous fait part des difficultés familiales de Shay, garçon qui semblait sans problèmes et parfaitement épanoui. On découvre que sa rupture avec Honey ne l’a pas laissé totalement indemne, et surtout que sa vie familiale est loin d’être un fleuve tranquille. Malgré l’happy end obligatoire, les thèmes abordés (désir d’émancipation, amours adolescents, opportunités laissées par la vie,…) sont bien traités et encore une fois très pertinents à découvrir par les ados.

Je ferai un dernier article sur cette saga après ma lecture de Cœur Sucré, mais je tiens à dire (et redire) que c’est une série qui, malgré son aspect très girly et enfantin, vaut vraiment la peine d’être lue, quel que soit votre âge. Tout comme les personnages qui ne sont pas ceux qu’on croit, les couvertures très colorées ne laissent pas présager de la profondeur que renferment ces pages. Il faut se méfier des apparences, surtout quand on pense que tout va bien. Dans cet esprit, je trouve que ce serait passionnant que l’auteur écrive un tome - peut-être davantage destiné aux adultes- qui raconte la vie de Charlotte et Paddy. Leur point de vue sur leurs filles seraient bigrement intéressant, et en plus, comme chaque fois dans ces romans (et comme dans la vie en fait), leur apparente joie de vivre et leur caractère inébranlables dissimulent sans aucun doute des failles qu’il serait enrichissant de découvrir.
Quelqu’un serait-il au courant des futurs projets de Cathy Cassidy ??!!

mardi 23 juin 2015

Les Royaumes du Nord, Philip Pullman

Voilà enfin la chronique de la fameuse lecture commune avec Amélie de Blogatou !!!
Ce fut ma première lecture commune, et j'ai apprécié. C'est agréable de pouvoir échanger sur notre lecture au fur et à mesure. Surtout pour un roman qui s'est avérée être assez ardu; ça m'a donné du courage pour poursuivre...

Les Royaumes du Nord font partie de ces quelques livres qui m'ont laissé un souvenir lumineux et impérissable. Les deux tomes suivants encore davantage.
Quand j'y repense, j'ai toujours ces images qui me reviennent : les daemons, le pont entre les mondes, le couteau, le voyage aux enfers, Will,...
Or du tome 1, peu de souvenirs m'étaient restés. J'étais déçue, passé le chapitre 1 (qui lui est palpitant) de me rendre compte que je ne me remémorais pas grand chose... ou bien peut-être surtout qu'il ne s'y passe pas moult...Dans de nombreuses critiques que j'ai lues pour me rassurer sur la question (parce que tout de même, ce livre, c'est un chef-d'oeuvre, et il me tardait tant de le relire !), la critique est souvent émise concernant le manque d'action dans la première moitié du tome 1. C'est effectivement ce que j'ai pu constater. 
La première partie du roman, qui se passe à Oxford, plante le décor et l'intrigue, avec Lyra, les disparitions d'enfants et la fameuse Poussière. Il y a beaucoup de descriptions, de dialogues, de réflexions... et en VO, ce fut encore plus laborieux ! J'en suis presque venue à regrette ce choix, parce que j'avais l'impression de passer à côté de plein de détails importants. Mais dès lors que l'action a commencé à poindre, je n'ai plus rien regretté. J'ai vraiment pu apprécier le style de Philip Pullman et comprendre pourquoi il connait un tel succès. J'ai aussi surtout compris ce qu'il manque à Harry Potter pour être une vraie oeuvre littéraire. JK Rowling n'a effectivement pas la plume ni le style de cet auteur qui, malgré quelques descriptions bien longues, utilise des termes très justes et très variés pour évoquer une bataille, un lieu ou des sentiments. Là où dans HP tout est un peu semblable (même verbes de parole, mêmes termes pour les émotions, etc, ce qui entre nous facilite la lecture VO!) ici, à chaque fois, les mots sont recherchés et pesés. Là réside le style. 

Revenons à l'action. Trop peu présente en début de roman, on commence à l'apprécier quand Lyra quitte Oxford...pour retomber ensuite sur une cinquantaine de pages un peu longues, lorsqu'elle rencontre les Gitans. Mais c'est une fois qu'elle arrive dans le Nord que le roman est devenu palpitant, et que ma lecture a avancé très vite. Avant d'en arriver là, je l'avais même abandonné deux jours pour lire Mourlevat, c'est vous dire ! 
Une fois qu'elle est dans le Nord, l'aventure de Lyra ressemble aux aventures des autres héros adolescents, et ça fait du bien. Les discussions et les problèmes qu'elle avait avant n'étaient vraiment pas de son âge... Il est vrai qu'on est dans un roman de genre Fantaisie, mais il ne me semble pas indispensable de faire évoluer une héroïne totalement surdouée et supérieurement intelligente... et très énervante parfois. Les seuls moments de faiblesse qu'elle a pu avoir concernaient ses relations avec son daemon, et je vais m'attarder un peu là-dessus.

Un des éléments qui m'avait énormément touchée à la lecture de ces livres lorsque j'étais jeune était l'existence des deamons. Ce sont des petits animaux, capables de changer de forme avant l'adolescence, qui accompagnent tous les êtres humains. Ils sont reliés à eux par un fil invisible, et sont comme leur âme. Ils en sont en tout cas la matérialisation. Je trouve que Philip Pullman a inventé une jolie métaphore pour nous illustrer la dualité de l'être humain (sûrement inspirée d'une croyance ancestrale venue d'ailleurs). D'ailleurs on peut y voir une réflexion philosophique, surtout quand les Enfourneurs (les grands méchants de ce tome) séparent des enfants de leurs daemons, afin de "réparer" une faute originelle. Il est donc aussi quelque peu question de religion dans ce livre, ce qui ne plait pas à tout le monde ! 
Pour ma part, celui qui me plait le plus dans ce tome, c'est Pantalaimon, le daemon de Lyra (dont le nom d'ailleurs signifie la transformation en tout ce qu'il veut, "Pan" = "tout" en grec. Pour le reste de son nom, je ne saurais vous dire...).. Sa relation avec elle est très émouvante et bien racontée. Ils sont inéluctablement liés, impossibles à dissocier, et la souffrance qui émane du récit de leur séparation pour les travaux de Madame Coulter est déchirante. La manière dont il se blottit contre elle, comment ils se rassurent, se réchauffent ou même se disputent a quelque chose de la relation amoureuse. Je trouve finalement que ce qui unit Lyra à son daemon est ambigü, proche de l'amour, mais dans le don total. C'est comme les deux âmes séparés qui se retrouvent, selon Platon, ou me mythe de l'amour inconditionnel. En tout cas, je me rends compte que j'avais toujours gardé ça dans un coin de ma tête, et que ce genre d'amour me touche au plus haut point. 
J'ai aussi adoré retrouver l'Aléthiomètre. Cet instrument qui mélange compas, boussole et boule de cristal et que Lyra maîtrise à la perfection, m'avait également laissé de bons souvenirs. En revanche, là aussi, la lecture VO est un obstacle, puisque je ne comprenais pas toujours bien ce à quoi faisaient référence les symboles... 

Revenons-en à l'action. Le roman prend une tonalité épique palpitante et agréable dès lors que Lyra arrive dans le Nord. On a vraiment envie de savoir ce qu'il va advenir d'elle et des autres enfants. Le combat des ours est également très impressionnant, tant par rapport à ce qu'il se passe que par la description qu'en fait l'auteur. 
Enfin le final est presque une vraie fin, avec une énorme bataille comme on les aime (mais en VO, c'est vraiment le bazar!) mais le souhait de Lyra, qui est de découvrir ce qu'est la Poussière, laisse présager une suite. Ce qu'il se passe avec Roger est très brutal, trop même, ce qui peut aussi mettre la puce à l'oreille. 

En résumé, je suis un peu mitigée quant à cette lecture. D'un côté j'ai adoré retrouver les personnages, leurs aventures, mais j'ai été déçue qu'il y ait autant de descriptions et de blabla. Je comprends pourquoi ce premier tome ne m'a pas laissé le même souvenir que les deux autres. D'un autre côté la lecture VO m'a permis d'apprécier au plus près l'écriture de Pullman, mais elle a aussi été handicapante. Ce n'est pas aussi simple et fluide que de lire Harry Potter. Toutefois c'est surtout en ce qui concerne le blabla et les descriptions, or j'espère qu'ils seront moins présents dans les deux tomes suivants (je viens de recevoir le tome 2, et la couverture est encore plus belle !). J'ai hâte de retrouver Will et notre monde dans ce second roman. Ceci étant, je fais une petite pause de lecture, et m’attellerai à autre chose avant de reprendre cette saga. 

samedi 20 juin 2015

Les filles au chocolat

Coeur Mandarine et Coeur Vanille de Cathy Cassidy 

Il y a quelques mois, j'avais lu le premier tome de la saga des Filles au Chocolat, et j'avais plutôt accroché. Une collègue me les as tous prêtés; et en période de stress, ça ne fait pas de mal, au contraire. Je me suis donc lancée avec plaisir dans le tome 3, dont le sujet m'intéressais plus que les autres. J'ai bien fait finalement de ne pas m'imposer la lecture des tomes dans l'ordre, puisque j'ai adoré Coeur Mandarine.

Summer est la jumelle de Skye, l'héroïne du tome 2, Coeur Guimauve. Elle est passionnée de danse classique et fait tout ce qu'elle peut pour être toujours la meilleure. Or ce perfectionnisme finit par l'entraîner dans une spirale dangereuse, puisqu'elle va devenir anorexique.
Je trouve que le thème est très bien traité, surtout qu'il n'est pas évident à aborder. Le comportement de Summer n'est pas caricatural, et permet aux adolescentes de se retrouver en elle. Je peux comprendre que certains aient pu moins apprécier ce tome, puisqu'il est assez peu question des autres personnages (la vie de Skye, sa jumelle, est même assez peu évoquée). Mais sinon, la psychologie du personnage est plutôt juste, et sa souffrance touchante. Un roman très attendrissant, à remettre entre les mains de toutes les petites ou jeunes filles qui s’esquintent à vouloir être parfaites.

Avec le tome 5 (oui, j'ai encore une fois sauté un épisode, mais ça ne pose pas de problème, l'intrigue est surtout centrée sur un seul personnage et les évènements précédents nous sont rappelés au cours de la lecture, de manière très naturelle d'ailleurs), on découvre Honey, la grande soeur agressive et perpétuellement en colère. C'est à elle que Cherry avait piqué son copain Shay... On sentait donc bien, dans les tomes précédents, à quel point elle était rebelle et amère. Avec ce livre on la découvre alors qu'elle part pour Sydney rejoindre son père. Le retrouver est son rêve depuis longtemps, mais elle va se rendre compte que changer de vie n'est pas si simple et que le passé nous rattrape toujours, quel que soit le nombre de kilomètres qui nous en sépare. C'est un peu cliché dit comme ça. Toutefois l'histoire est encore une fois bien menée, Cathy Cassidy a le don d'amener les évènements en douceur, sans trop de simplicité. Même le style est plutôt agréable, un peu plus mâture en ce qui concerne ce numéro de la série. L'auteur a su s'adapter à la voix empruntée, à savoir ici une adolescente perdue de 15 ans. 
Par ailleurs, un autre talent de cette romancière est de rendre ses livres "tout public". Au début je pensais que lire Coeur Vanille quand on a 12 ans pourrait être un peu décalé et anachronique, mais finalement le sujet abordé concerne tous les adolescents, puisqu'il s'agit des dangers d'Internet. Grâce à un réseau social qu'elle invente (et dont le nom, SpiderWeb, m'a semblé très bien choisi !) Cathy Caddisy illustre bien les dérives des réseaux sociaux. 

Deux très bonnes lectures donc, qui m'ont fait passer de bons moments (j'ai lu les deux en deux jours!) et m'ont permis de comprendre le succès de cette saga. Même, j'ai conclu qu'il fallait inciter mes élèves à la lire. Le choix de l'auteur, qui est de centrer l'intrigue sur un personnage de la famille dans chaque tome - personnage qu'on pensait connaître à travers les autres livres - est une trouvaille. Les jeunes filles peuvent non seulement facilement s'identifier avec la narration à la première personne, mais aussi se rendre compte que les gens ne sont pas toujours ce qu'ils semblent être. Ils sont souvent plus fragiles qu'on ne le croit, et Summer et Honey en sont de parfaites illustrations.

J'ai entamé Coeur Guimauve mais je n'ai pas tellement accroché... Les préoccupations de Skye ne m'ont pas touchée (elle vit dans son imagination, rêve et voit des fantômes), même si encore une fois l'histoire est bien menée. Margaud a adoré ce tome, et contrairement à moi elle a trouvé le troisième plus ennuyant. Comme quoi, l'auteur a le don de s'adresser à tout le monde, à des degrés divers. A la manière des chocolats, chacun a son préféré ! 
Margaud (encore !) a d'ailleurs tout à fait raison quand elle dit que le style de l'auteur évolue au fil des tomes. Coeur Cerise était plus "girly", plus simple, mais au fil des épisodes les sujets deviennent plus graves et les personnages gagnent en profondeur. Leur voix aussi, et ça rend le tout très plaisant. 

En tout cas une chose est sûre : ces romans sont à recommander. Ils sont bien écrits et ont un fort impact d'identification. Et en plus, les couvertures sont superbes. 
La question est maintenant de savoir lequel vous allez préférer ??!

lundi 15 juin 2015

Le Combat d'hiver, Jean-Claude Mourlevat

Grâce à un article chez Dolorès  j'ai eu envie de découvrir ce roman, non seulement parce qu'elle en fait une bonne critique, mais aussi parce que j'avais envie de poursuivre dans ma veine jeunesse et dystopie (entamée avec Le Livre de Perle, Le Passeur et Vango (même s'ils ne sont pas tous des dystopies, j'en conviens !)). 
Dans ce roman, on ne sait pas où l'intrigue se passe, on sait seulement qu'il y fait froid... Froid et sombre, comme l'atmosphère des débuts. Tout commence dans un Internat, où les jeunes filles sont silencieuses, malheureuses, et vont voir des "consoleuses" qui leur redonnent un peu de tendresse. Toute la première partie, centrée sur la vie des adolescents dans ces Internats étranges et sur l'évasion des quatre héros, est excessivement lugubre, sombre et opaque. Les aventures des personnages sont également entrecoupées des recherches de la milice et des hommes-chiens, étranges créatures, troublantes et un peu angoissantes. Il faut patienter 200 pages avant de voir poindre une éclaircie à l'horizon, et ça fait du bien ! Le roman mime en quelque sorte l'avancée de la révolte que le peuple mène contre La Phalange, le régime oppresseur. Et dans la seconde partie, c'est le lent levée du soleil. Tout n'est pas rose pour autant, et les personnages doivent lutter, contre les autres et contre l'oppression. Par ailleurs, on ne comprend qu'à la page 279 le sens du titre : les fameux combats. Il s'agit réellement de combats, et j'ai énormément apprécié ces chapitres. On y retrouve un peu une atmosphère à la Hunger Games, avec son lot de peurs et son souffle de révolte. (J'ai d'ailleurs commandé le premier tome en VO, même si j'ai vu le film. J'espère que je serai conquise !). 

Malgré quelques passages très sombres, on ne s'ennuie pas un instant avec ce roman, qui alterne aventure et histoires d'amour, le tout sans excès, tout en retenue. L'accent est surtout porté sur la révolte en marche et la victoire de l'union et de la tolérance. 
J'ai toutefois été déroutée et un peu désarçonnée par l'univers crée... En effet l'auteur a inventé des personnages troublants : les hommes-chiens et les hommes-chevaux... Dégénérescence humaine ? Manipulations génétiques ? On n'en sait jamais rien, mais on finit par apprécier le peuple des hommes-chevaux, qui se révèlent d'une humanité profonde. 
Certains points restent donc très obscurs, on ne comprend pas pourquoi la société est devenue telle qu'elle est, opprimée et malheureuse, ni pourquoi les parents des enfants ont été décimés. Ceci n'empêche pas qu'on s'attache à l'histoire, aux personnages, et que finalement tout cela fasse figure d'allégorie... que je n'essaie même pas de traduire. C'est une histoire, on peut y prendre et y voir ce qu'on veut, et le résultat est convaincant ! 
Un très beau livre. Je ne connaissais pas Jean-Claude Mourlevat, à part pour L'enfant Océan, un roman enfant. Celui-ci est davantage tourné vers les adolescents. C'est d'ailleurs un des plus longs romans de l'auteur. 

mercredi 10 juin 2015

Vango, Un Prince sans Royaume, tome 2

Trois jours. Et ce fut tout. 
Trois jours seulement pour finir ce deuxième tome.
Rien ne sert d'insister, tout est dit : j'ai adoré.
J'ai adoré retrouver les nombreux personnages et connaître leur destin.
J'ai adoré découvrir enfin les circonstances de la rencontre entre Vango et Ethel. 
J'ai plus qu'aimé suivre les aventures de Vango et du Padre à New-York. La première scène dans le train est mémorable. 
Timothée de Fombelle ne s'est pas laissé allé dans ce second volet; il nous a vraiment vendu de l'aventure. Il a mis les bouchées doubles pour l'action, sans pur autant abandonner les instants de poésie.
Voilà pourquoi j'ai adoré ces romans : le style est génial, imagé et sensible, et les aventures sont dignes d'un Jules Verne (sans les fioritures de détails, enfin je dis ça sans avoir lu Jules Verne...). 
Ce diptyque est remarquable dans sa construction, ses personnages, ses idées. Il se déroule sur 10 ans, pour commencer avec la menace allemande et finir sous l'Occupation. Un cours d'histoire mâtiné d'aventures, d'histoires d'amour, de machinations. Un zeppelin qui explose, deux vieilles femmes roublardes, des policiers corrompus, un père supérieur vendeur de beignets, et j'en passe, et des meilleurs ! Les personnages sont hauts en couleur, cohérents, et les liens entre eux nous surprennent à chaque revirement de l'intrigue. Il est vrai qu'on peut s'y perdre un peu, mais finalement, moi qui déteste les multitudes de personnages, j'ai accroché sans problème. En revanche on ne comprend pas toujours bien pourquoi Vango est poursuivi, quels sont les liens antagonistes qui unissent certains belligérants, mais finalement tout s'explique un peu par le titre, et les découvertes qu'on fait sur le père de Vango.
Ce livre est complet selon moi : il nous fait ressentir un large panel d'émotions, on vit de multiples aventures aux quatre coins du monde, et l'écriture est plus que séduisante
Un excellent livre, que je remercie un lecteur anonyme de m'avoir encouragée à entamer :). 

dimanche 7 juin 2015

Vango, Entre ciel et terre, tome 1

Ce premier tome a été une excellente surprise. Ravie de ma lecture du Livre de Perle, j'avais envie de poursuivre avec Timothée de Fombelle, et on m'a fortement conseillé Vango. Je voyais souvent ce livre dans les étagères des bibliothèques ou CDI, mais je ne savais jamais si je devais le prendre... Je craignais que ça ne parle trop de la guerre, que ce soit trop bien pensant et ennuyant. Mais j'ai eu bien raison de dépasser mes a priori et de me lancer.
J'avais très envie de retrouver le style poétique de l'auteur, et je n'ai pas été déçue. Ce roman est extrêmement bien écrit. Toutefois l'écriture n'est pas aussi elliptique et poétique que dans le Livre de Perle. Vango est un véritable roman d'aventures, avec des gentils, des méchants, des espions, des filatures, des voyages en dirigeables etc... La plume de l'auteur est donc plus empressée et active. Il passe d'une année à l'autre, de la France à l'étranger au sein d'un même chapitre, parfois même sans qu'on s'y attende. C'est sans doute ce qui a fait que j'ai lu plus de 200 pages du roman hier, alors que nous avions une journée très chargée. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais j'ai été entraînée dans les aventures de Vango et des personnages secondaires. Comme happée même. Je n'ai pas compris ce qui s'est passé d'autant que le matin même je me disais que je n'avançais pas vite... C'est agréable ce genre de livre, qui sans vous laisser hors d'haleine, vous transporte au point de vous faire oublier que vous tournez des pages. 

Quelques mots sur l'intrigue 
Vango est un orphelin qu'on rencontre alors qu'il a 19 ans et s'apprête à être ordonné prêtre. Au moment où l'évêque s'avance pour donner son sacrement, une course poursuite commence sur les toits de Notre Dame. Le ton est donné, tout le roman se déroulera sur le même rythme ardent, faisant se succéder des pauses narratives appréciables et des moments d'actions fulgurantes. Les personnages qui entourent Vango sont eux aussi très attachants : Mademoiselle, Ethel, La Taupe, les commandant du Zeppelin, et j'en passe. Ils sont eux aussi très fouillés.
Je n'arrive pas à en dire beaucoup plus sur l'intrigue, vous découvrirez par vous-même. L'auteur nous embarque de toute façon dans des aventures aux quatre coins du monde, et on ne sait pas bien quelle sera la destination finale.
Il  y a pléthore de lieux et de personnages secondaires dans ce roman, ce qui n'était pas le cas dans le Livre de Perle. D'habitude je n'aime pas trop ça, je m'y perds un peu, mais là je suis parvenue en resituer l'intégralité. En espérant cependant qu'il n'y ait pas trop de nouveaux venus dans le tome 2, j'ai quand même une petite tête !

Je ne puis que recommander ce roman. Bien que peu adepte des romans d'aventure un peu à la Jules Verne, bien que réticente face à l'abondance des personnages, bien que peu encline à la lecture de saga, je dois dire que j'ai beaucoup apprécié cette lecture et je vais prendre le temps de me pencher sur le tome 2 :). Un excellent roman jeunesse, de qualité, qui pose un regard sans ambages sur les relations humaines. Peu d'angélisme dans cette histoire, un regard intéressant sur l'Histoire (le tome 1 se passe majoritairement entre 1934 et 1936) et des personnages variés. Vivement demain pour le tome 2 ! 

mercredi 3 juin 2015

Le Passeur, Lois Lowry

Dense mais intense, voilà comment est-ce que je pourrais qualifier ce roman. Je l'ai lu en quelques heures seulement, et j'ai été très étonnée. Non seulement il se lit très vite, mais il n'a rien à avoir avec ce à quoi je m'attendais. 
J'en avais beaucoup entendu parler sur la chaîne de Justine, FairyNeverland. C'est un de ses romans préférés. Vu comment elle en avait parlé, je m'attendais à un livre de dystopie un peu ordinaire, comme on en voit souvent en ce moment. Or il n'a rien d'un Hunger Games ou d'un Divergent, même si au début j'ai pu m'y méprendre. En effet il est question d'une société étrange, un peu comme dans la série de Véronica Roth, dans laquelle les individus sont choisis selon leurs compétences pour intégrer un corps de métier. L'action se situe quelques jours avant ce que l'auteur appelle "la cérémonie des Douze-ans", au cours de laquelle les adolescents de 12 ans se verront affectés à un domaine particulier de la vie de la communauté (soin aux nourrissons ou aux personnes âgées, Sciences, Loisirs, etc...). Cette cérémonie n'a lieu qu'au bout de 80 pages, et c'est là que tout commence vraiment, comme dans Divergent. Toutefois, arrivée à ce moment, je me suis demandée comment, avec les 150 pages qui restaient dans le livre, l'auteur allait parvenir à construire une intrigue prenante et palpitante... Et bien j'ai été bluffée. Je me disais bien que j'allais être surprise puisque ce roman est considéré par beaucoup comme un chef-d'oeuvre. En plus, il a été écrit en 1992, il y a plus de 20 ans, donc il est à la frontière entre Le Meilleur des Mondes et les dystopies actuelles. Il devait réserver des surprises...

La suite du roman est magistrale. Après nous avoir baladé dans ce monde où tout semble parfait, maîtrisé, sans souffrance et sans peurs, Lois Lowry nous montre, à travers le regard de Jonas et ses étranges pouvoirs, un monde qui n'a rien d'idyllique... Grâce au Passeur qui lui transmet les souvenirs de la communauté depuis des décennies, Jonas se rend compte que le monde n'a pas toujours été aussi terne, les gens aussi polis et les comportements aussi prévisibles. Avant il y avait de la couleur, de la pluie et de la neige, des sentiments, des plaisirs simples. On ne nous dit pas clairement comment est la société dans laquelle vit Jonas et sa "cellule familiale" comme on l'appelle, mais on comprend, à travers ce qu'il découvre dans les souvenirs, à quel point elle est fade. Afin de supprimer toute douleur, toute souffrance de l'esprit des hommes, ces mêmes hommes ont codifié la vie de façon à la rendre uniforme et sans aspérités. Je ne m'étais pas rendue compte au début de ma lecture de l'horreur de la situation dans laquelle vit cette société, qui pourtant s'y complaît. Tout ce qui peut constituer une quelconque forme de sentiment, d'émotion ou déranger la bonne continuité de l'existence a tout simplement été banni. Tout le monde est gris, habillé de la même façon, très poli, les repas sont servis à domicile, les travaux quotidiens sont régentés, bref, une dictature dissimulée sous une existence lisse dans laquelle les individus se pensent épanouis. 
Chaque matin on confie ses rêves, chaque soir ses émotions. On a l'impression que tout est limpide. Mais Jonas se rend compte que tout le monde ment, dissimulé derrière ses bonnes manières. Une communauté qui ne connait pas les relations familiales, qui prend une pilule pour éviter de ressentir de l'amour, et surtout qui "élargit" les individus inaptes et les personnes âgées... Je vous laisse découvrir ce que ce mot signifie en réalité, si vous ne l'avez déjà deviné.

Je vais m'arrêter là parce que je spoile un peu tout de même. En effet un des intérêts majeurs de ce livre réside dans cette réflexion qu'on peut avoir sur cette société policée. Toutefois c'est loin d'être l'unique atout de ce livre, puisqu'il est porté par un personnage qui va s'insurger contre cet ordre établi. Jonas et le Passeur sont les deux seuls membres de la Communauté qui connaissent la réalité des choses, ont des souvenirs de plaisir et de douleur, et surtout peuvent parler sans ambages. Leur relation est très émouvante, et l'évolution de Jonas très impressionnante.

Un roman qu'il faut mettre entre toutes les mains, des plus jeunes aux moins jeunes. En moins de 250 pages, l'auteur réalise le tour de force de nous offrir un roman palpitant, dense, bien construit et qui amène en douceur la réflexion. Les auteurs de dystopie, avec leurs trilogies, devraient en prendre de la graine. Pas besoin d'une pléthore de tomes pour raconter une belle histoire (et encore, vous n'imaginez pas encore à quel point celle-là est belle, puisque je ne vous raconte pas la fin !). 

mardi 2 juin 2015

Une Perle de Fombelle

Le livre de Perle, Timothée de Fombelle

Après avoir abandonné Les Apparences et m'être sentie vide au début du week-end, j'ai entamé ce roman, emprunté la vieille au CDI. J'en avais entendu beaucoup de bien, ce qui avait motivé mon emprunt. Et bien j'ai eu la bonne intuition !
Quelle surprise ! Dès les premières lignes j'ai senti que l'histoire allait être étrange, mais que de poésie...Je suis pourtant souvent réfractaire à ce genre de roman, où l'intrigue est confuse au profit de la poésie des mots (un peu comme chez Gracq), mais là...
D'ailleurs une réminiscence tout à coup : ce roman m'a fait penser aux romans de Julien Gracq, plus particulièrement Un Balcon en Forêt (où la frontière du merveilleux et de la réalité s'efface sur fond de guerre) et Le Rivage des Syrtes, dans lequel un jeune homme, à cause d'un chagrin d'amour, s'échappe puis essaie de retrouver un lieu perdu... A mon avis Timothée de Fombelle n'a pas été étranger à ces influences... Je suis impressionnée d'ailleurs de voir à quel point les thèmes s'entrecroisent !

De quoi ça parle ? 
Après plusieurs pages, voire plusieurs chapitres très confus (mais la plume poétique de l'auteur vous empêche d'arrêter !) on comprend qu'on a affaire à plusieurs personnages : une fée, un prince, un jeune garçon et un vieux monsieur. Différents lieux et strates temporelles existent également : un royaume, une vieille cabane, et des champs de bataille. Le lien entre tout cela ? La petite fée, tour à tour jeune fille perdue, apparition confuse et amoureuse transie. 
L'auteur nous projette dans plusieurs univers différents, du royaume qui n'a de féerique que le nom, à la vieille cabane perdues dans les bois, en passant par le magasin de guimauves. Il évoque également l'occupation, les prisonniers de guerre, la Résistance. 
Tout au long de l'histoire, le lien est donc la petite fée et le désir qu'a Perle de la retrouver. Pour cela il va se lancer à la recherche de tous les objets qui lui permettront de revenir dans son ancien monde, celui dans lequel il s'appelait Illian.

J'ai l'impression de vous en avoir dit beaucoup et pourtant... Je ne dévoile pas grand chose en réalité. C'est le genre de livre qui vous fait passer d'un monde à l'autre, ou d'un personnage à un autre, en quelques pages, sans que pour autant il manque quoi que ce soit. Le genre de livre où chaque mot compte, où tout est dit en peu de phrases. En fait tout est pesé, très juste, et quelques mots font naître tout un univers. 
Vous voyagez avec le jeune garçon, vous souffrez avec Perle, vous êtes entraîné dans des aventures de contes de fées... et ça dans à peine 300 pages !! Je croyais que j'allais le finir très vite mais en réalité, malgré la largeur de l'écriture et les nombreux blancs entre les courts chapitres, c'est un livre très dense. Tout est très ramassé, pesé, mais pourtant foisonnant.

J'ai adoré cette lecture. A chaque fois que je reprenais le livre, je savais que mêmes quelques pages suffiraient à me captiver et à me donner des images plein la tête. Je comprends pourquoi on en a fait tout un plat : c'est vraiment un très beau livre. Les influences sont multiples, les références à l'histoire de France sont bien amenées, et même si on ne comprend pas tout, je crois vraiment que tout lecteur peut se laisser bercer par la poésie du texte et l'imaginaire déployé. 
Un énorme bravo à ce livre, dont j'avais hâte de faire la chronique. Je suis aussi contente de m'être souvenue des romans de Gracq, que j'avais en arrière fond tout au long de ma lecture (sans m'en rendre compte). Je pensais également aux contes, aux boutiques d'Harry Potter, à la parfumerie dans Le Parfum, à la Passe-Miroir... C'est un roman qui fait vraiment rêver.

Une si grande qualité littéraire, avec tant d'influences et un style si dense et limpide à la fois, me fait m'interroger sur les destinataires du roman... Roman collège ou lycée ? Il est conseillé à partir de 13 ans chez Gallimard, mais je crois qu'il a sa place dans les deux catégories. Et même au-delà, parce que je n'appartiens à aucune des deux, et pourtant j'ai adoré !
Margaud en parle également très bien, je mets son article en lien ici :). 

Quand lire ce roman ? 
Quand vous avez envie de rêver un peu, que le style soit de qualité et que vous acceptez de réfléchir un peu quand même, parce que ce n'est pas aussi simple qu'un thriller !

A propos de l'auteur
Quels autres titres me conseillez-vous ? Je suis assez attirée par Vango, mais le thème de la guerre me refreine à chaque fois... 

dimanche 31 mai 2015

Bilan du mois : romans géniaux en pagaille !

Mai, un mois particulièrement ensoleillé en matière de lecture (là où la météo n'est pas, les livres font l'affaire !). 
Je ne suis pas une habituée de ce genre de bilan, contrairement à d'autres blogueurs, mais le mois de mai prend fin et je voulais faire un petit bilan, surtout que j'ai lu un grand nombre de très bons livres !

J'ai lu particulièrement vite, ce qui explique le grand nombre de livres lus (et j'aurais pu en ajouter deux en plus, mais j'ai un peu traîné cette dernière semaine, je vous expliquerai). Et j'ai lu pas moins de 4 excellents livres sur 6 livres en tout. 

Pas moins de trois coups de coeur pour ce mois :

- Rebecca de Daphné du Maurier. 
Un roman prenant, exaltant, que je ne pouvais pas lâcher ! J'ai adoré l'atmosphère sombre et mystérieuse, le suspense autour de Rebecca, les personnages. Première découverte de cette grande auteur, et sans doute pas la dernière ! 

Après l'avoir fait traîner un peu, j'ai entamé cette lecture avec un immense plaisir, et l'ai poursuivi avec encore plus d'enthousiasme encore. Autant vous dire que j'attends la suite avec impatience, et que je le conseille à tout le monde !

- Le Chuchoteur de Donato Carisi
Un des meilleurs, si ce n'est LE meilleur thriller que j'ai jamais lu ! Presque 600 pages en à peine deux jours, c'est rare ! Un suspense permanent, des tueurs en série en pagaille, autant d'ingrédients qui font de ce livre un chef d'oeuvre du genre. Idem, je le conseille à tout le monde. 

Un livre marquant

Manderley For Ever, par Tatiana de Rosnay
Cette biographie a été plus que marquante ce mois-ci. Je ne savais pas si j'allais me lancer dans sa lecture, et puis finalement mon intérêt pour les biographies d'écrivain a eu raison de moi (preuve de mon penchant). Mais si j'avais su ! Quelques jours après l'avoir terminée (rapidement encore) je découvrais avec passion l'excellent Rebecca (et par là-même, la grande Daphné du Maurier) et cinq jours plus tard environ, c'est Tatiana de Rosnay elle-même qui nous donnait rendez-vous pour l'interview Skype. Un mois riche en hasards et en rebondissements. 

Un grand classique surprenant

Les Hauts de Hurlevent d'Emily Brönte
Après avoir adoré Rebecca, j'ai eu envie de me plonger plus avant dans la littérature britannique. J'ai apprécié ma lecture, j'ai bien avancé, mais quelques points m'ont déçue... Toutefois, il semblerait que les relectures soient les clés pour apprécier à sa juste valeur ce chef d'oeuvre. 

Un roman décevant

Je ne vais pas m'appesantir, mais j'ai été déçue par ce livre, dont on parle beaucoup cependant. Je vous laisse aller lire l'article pour en savoir plus. 

Deux livres qui auraient pu faire partie de mon bilan de mai


C'est avec une petite pointe de déception que je vais vous parler de ces deux romans... La déception tient pour l'un au livre lui-même; le second à un fâcheux concours de circonstances, j'ai nommé : le calendrier. Mai n'aurait pas pu avoir un jour de plus ?

Les Apparences, Gillian Flynn (attention, je dévoile des éléments importants, donc à ne pas lire si vous comptez vous y plonger !)
J'étais très pressée de lire ce thriller dont j'ai toujours entendu beaucoup de bien. Je trouve la couverture très belle en plus, même en version Poche. Et en plus, j'avais adoré, vraiment, le film Gone Girl, son adaptation cinématographique avec Ben Affleck. 
J'ai beaucoup apprécié les 150 premières pages. J'avais hâte de retrouver la méchante Amy. Mais ça ne venait pas... j'ai persévéré encore un peu... jusqu'à la page 250 (j'avais entendu que c'était là que tout arrivait). Mais finalement, toujours rien. J'ai donc tourné les pages un peu vite jusqu'à arriver aux témoignages d'Amy et là... déçue aussi...
Certes il y a des longueurs (le passage au Super-Marché par exemple, avec les battes de Baseball), mais je crois que là n'est pas le problème. En réalité, je crois que je voulais retrouver l'atmosphère du film et ses rebondissements. Et c'est là que je n'ai pas été maligne. Je me suis fait des illusions : comment peut-on espérer ressentir les émotions d'un thriller quand on connait déjà l'intrigue ? Quand on sait déjà qui est coupable, qui est innocent ? J'ai aimé, au début, observer comment est-ce que l'auteur avait fait pour qu'on soupçonne Nick, alors qu'en réalité c'est juste un type pommé trimbalé par sa femme. Et le journal d'Amy est assez savoureux, quand on connait ses penchants véritables. Mais ensuite... C'était long !! Donc je l'avoue, sans regrets : je ne l'ai pas fini. Abandonné vers la page 400. Or je sais que la fin n'est pas identique à celle du film... je vais peut-être aller jeter un oeil plus loin... ou bien supplier une blogueuse compréhensive et bienveillante de me conter la fin !!!

Le Livre de Perle par Timothée de Fombelle
Un peu désespérée hier (un samedi matin sans lecture, pensez-donc !) de ne pas réussir à continuer Les Apparences, j'ai entamé, sans trop d'enthousiasme, le nouveau Timothée de Fombelle, emprunté au CDi. Et quelle bonne idée j'ai eue ! Aussitôt ouvert, j'ai été happée par la poésie du récit. On n'y comprend pas grand chose au début, mais la plume de l'auteur, que je ne connaissais pas, est captivante. Si j'avais eu plus de temps hier soir et aujourd'hui, je l'aurais peut-être terminé, mais les évènements et la vie ont eu raison de la lecture (ce qui n'est pas plus mal, et peu incommodant vu le faste de ce joli mois de mai :))! 

mercredi 27 mai 2015

Interview avec Tatiana de Rosnay

Comme vous l'avez peut-être déjà lu ici, nous avons organisé avec mes élèves de Littérature et Société une interview Skype avec Tatiana de Rosnay. La vraie ! Et ça a eu lieu ce matin...
Autant vous dire qu'on était un peu fébriles et impressionnés, les élèves comme moi. Mais elle a su répondre très simplement à leurs questions, et j'ai quelques pépites à vous dévoiler ...

Pour simplifier et ne pas vous assommer avec de longs textes, je vais résumer l'interview en plusieurs grands points :

Tatiana et la lecture
Si Tatiana de Rosnay est écrivain, c'est qu'elle a avant tout été une lectrice : beaucoup d'auteurs anglais, mais également Maupassant, dont elle aime certaines atmosphères sombres, Thérèse Raquin de Zola et Edgar Poe, pour ces mêmes raisons. Elle a également été très influencée par Modiano et Virginia Woolf. Elle se disait "j'aimerais, moi aussi, écrire quelque chose qui captive les lecteurs" (et on peut dire qu'elle y réussit !). Et puis bien sûr, il y a Daphné du Maurier et Rebecca, le livre qui l'a tant marquée. Sa noirceur, son mystère et surtout l'absence de véritable fin exercent encore leur séduction sur elle. Elle se trouve d'ailleurs beaucoup de points communs avec cette auteur, mais pas seulement au niveau de l'écriture. Comme elle, elle a  une double nationalité, mais les similitudes touchent également leur adolescence, leur famille, et d'autres dimensions plus intimes. 

Ses sources d'inspiration
Les idées de ses romans lui viennent de son observation de la vie. Un voyage en train, une rencontre, une salle d'attente. Elle avoue beaucoup aimer les salles d'attente. Tous ses gens qui patientent pour voir le médecin sont pour elle des sujets de romans potentiels. 
Puis le livre germe peu à peu dans son esprit, elle y pense tous les jours, il prend de plus en plus d'ampleur dans un coin un peu magique de son cerveau. Elle écrit souvent un plan avant d'en commencer la rédaction. Elle n'est pas le genre d'écrivain qui se "jette dans le livre", sans filet. 
Chanceuse et prolixe, elle avoue ne jamais avoir été victime de la "page blanche" jusqu'à présent. Il y a toujours des idées qui l'inspirent, et elle aime particulièrement la variété. Ses romans s'en ressentent d'ailleurs. 

L'écriture
Tatiana de Rosnay écrit depuis qu'elle a une dizaine d'années. Environ un livre par an. Tous les romans qu'elle n'a pas publiés avant ses 30 ans (elle a essuyé un rejet d'éditeur qui l'a refroidie quand elle avait une vingtaine d'années), sont regroupés dans une boîte, sur laquelle il est écrit "Ne pas publier après ma mort". Elle a donc une quarantaine de livres à son actif, mais seulement la moitié environ a été publiée. 
Pour écrire, elle s'enferme dans une chambre de bonne réservée à cela, le plus loin possible du bruit. Elle l'appelle d'ailleurs Manderley, en hommage à Rebecca. Elle écrit face à un mur, pour ne pas être tentée de regarder par la fenêtre (comme Laurence Tardieu !) et ainsi rester concentrée. Elle évite également d'avoir une porte dans son dos, pour ne pas avoir l'impression d'être observée. 
Tous ses livres sont rédigés sur traitement de texte. Elle consacre deux à six heures par jour à l'écriture de son roman et chaque matin elle reprend son manuscrit, le relit à haute voix et élimine les passages qui ne sonnent pas comme elle veut. C'est sans doute le travail le plus difficile. 
Malgré cette habitude du clavier qui lui vient de sa jeunesse, quand son père lui avait offert une machine à écrire, Tatiana a écrit un roman à la main. Il s'agit de Rose. Après avoir essuyé deux ou trois jours d'échecs devant son clavier, elle a acheté un petit cahier et un stylo, et s'est lancée dans l'écriture. Elle était tellement habitée par le personnage de Rose, vieille dame vivant à l'époque d'Haussman et qui écrit son journal et des lettres à son mari, qu'elle ne pouvait procéder autrement. Au XIXème siècle, point d'ordinateur ! Elle a également écrit quelques passages d'A l'Encre Russe de façon manuscrite. 

Tatiana et les maisons d'édition 
Ses débuts avec les maisons d'édition n'ont pas été des plus simples. Elle s'est vue refusée une première fois quand elle était jeune, et elle a été un peu échaudée... Mais "il ne faut jamais baisser les bras", nous dit-elle. Ainsi elle a retenté l'expérience vers l'âge de trente ans, et cela a marché, bien que pas aussi bien qu'on pourrait s'y attendre. C'est avec Elle s'appelait Sarah qu'elle a connu son premier grand succès éditorial. Toutefois cela n'a pas été paisible non plus, puisque le manuscrit qui nous vaut un film et un best seller aujourd'hui a été refusé pas moins de 40 fois par les maisons d'édition !
C'est quand elle a trouvé Héloïse d'Ormesson, petite maison d'édition peu renommée, que Tatiana s'est sentie bien et reconnue. Pour elle, Héloïse d'Ormesson est plus qu'une éditrice, c'est une amie. Elle a, avec celle qui la laisse libre de ses sujets, un partenariat amical. Point de commande, point de "deadline". Ce sont ces deux dimensions qui l'ont séduite chez cette éditrice : la grande liberté qu'elle lui laisse, et la qualité de leurs relations. Elle nous disait d'ailleurs, juste avant de nous quitter, qu'un taxi l'attendait pour qu'elle aille la retrouver et discuter de la réédition d'un de ses premiers livres, Le Dîner des Ex, chez le Livre de Poche.

Ce fut pour elle le chemin le plus long : trouver un éditeur qui aime son travail. Une fois qu'on l'a trouvé, en tant qu'écrivain, il ne reste plus qu'à écrire.

Concernant la co-édition de Manderley For Ever chez Albin-Michel et Héloïse d'Ormesson, elle dit s'être battue pour l'imposer, et elle en est ravie.

Question de langage...
Tatiana a une particularité, qu'elle nous a dévoilée avec une remarquable dextérité : elle se dit "hybride". En effet, elle parle aussi bien Français qu'Anglais, et jongle sans peine avec les deux langues, allant jusqu'à les mêler dans une même phrase. Et le plus surprenant est qu'elle n'a d'accent ni dans une langue, ni dans l'autre. Son imitation de l'accent anglais était d'ailleurs à s'y méprendre ! Elle nous a fait beaucoup rire en tout cas.
Cette espèce d'hybridation a surtout des conséquences sur son écriture, car pour le reste, elle s'adapte très bien. A Paris, elle se sent Française, à Londres, Anglaise. Mais pour l'écriture, c'est une autre histoire. Telle Docteur Jekyll et Mister Hide, la langue de ses romans s'impose à elle par phases, sans crier gare. Elle ne sait pas d'où cela vient, mais elle laisse faire !

Des "bébés de papier" en librairie
C'est ainsi que Tatiana nous a parlé de ses romans. Quand elle les voit en vrai, qu'elle les tient dans ses mains, ses livres sont comme des bébés. Elle n'est jamais blasée, c'est toujours une grande émotion pour elle de voir le premier exemplaire, tout frais sorti des presses. Pour Elle s'appelait Sarah, refusé tant de fois, elle a même versé quelques larmes.
Quand on lui demande quel livre elle aurait aimé écrire, elle dit d'ailleurs qu'il n'y en a pas, bien qu'elle en admire beaucoup. Cela l'aurait détournée de son propre "chemin d'écrivain", et donc de tous ces bébés de papier qui fleurissent dans nos librairies.

Quelques mots sur Manderley For Ever
Dernière sortie en date de notre auteur, cette biographie tient son titre d'une suggestion des éditeurs. Au début elle devait se nommer Manderley, tout court. Mais "For Ever", ça claquait bien. Et puis ça donnait un petit côté british, absent dans la langue d'écriture, mais qui caractérise Tatiana. Son titre, comme elle pour nous faire rire, mêle les deux langues. Un titre un peu hybride lui aussi (même si, j'entends bien, Manderley n'est pas un nom français !)
Et attention ! Le 2 juin prochain a lieu la remise du prix Goncourt de la biographie. Manderley est en lice avec quatre autres titres. On croise les doigts !
Par ailleurs, le choix du nom du manoir de Rebecca n'est pas anodin. Pour Tatiana, les murs et les maisons ont comme un pouvoir, une âme. C'est Daphné du Maurier qui lui a transmis cette sorte d'obsession (qui faisait rire les élèves d'ailleurs) : l'obsession des maisons. Pour elles, les maisons sont comme des personnes, avec leurs secrets. Mais attention, scoop : même si elle se dit une "obsédée des maisons", il n'y en aura pas dans son prochain roman, en germination dans le coin de cerveau qui fait naître le rêve. 

lundi 25 mai 2015

Et aussi de finir ... Le Chuchoteur

Le Chuchoteur, Donato Carrisi

Je ne vais pas commencer comme prévu en vous donnant la définition du chuchoteur, qu'on nous dévoile à la fin du roman d'ailleurs. Ce ne serait vraiment pas sympa; ça serait gâcher le plaisir !
Or c'est ce que j'ai plus qu'adoré dans ce polar : le suspense permanent, et les retournements de situations toutes les 10 pages ou presque. On ne s'ennuie pas un instant, on est tenu en haleine, bref, un formidable moment de lecture. 
Je d'ailleurs tourné ses 570 pages en à peine deux jours, ce qui est un record pour moi (350 pages en 1 journée, tout en vacant aux habituelles obligations du samedi, oui oui oui ! Autant vous dire que tous les interstices étaient bons pour bouquiner. Ceci étant, il est écrit plutôt gros, donc ça aide.)

Un petit topo sur l'affaire
le roman débute sans détour : un cimetière de bras gauches a été découvert. Cinq bras de petites filles, dont un 6ème qui ne présente pas les mêmes caractéristiques. Il semble que celui-ci n'ait pas été coupé post-mortem... Il reste peut-être un espoir d'en sauver une, mais dans quel état ? 
Nous avons donc affaire à un tueur en série de la pire espèce : celui qui agence tout au millimètre, et qui laisse la zone "propre", sans aucune trace. Impossible de le retrouver, excepté à travers les indices qu'il laisse à dessein sur la route des policiers, comme pour les narguer. Étonnement, ces indices mènent chaque fois à d'autres psychopathes, ayant perpétré des meurtres des années auparavant...

Et c'est cela qui était palpitant. Il y a comme plusieurs histoires en une seule. Pour corser le tout, le personnage qu'on suit de plus près est Mila, une jeune policière spécialisée dans le sauvetage d'enfants disparus. Elle-même a un passé très sombre, et on découvre peu à peu que tous ces personnages, policiers ou suspects, ont tous frayé avec le mal. Très peu de manichéisme donc, ce qui est plutôt agréable.
J'ai adoré le fait de pénétrer sur plusieurs scènes de crime, profiler plusieurs suspects, jusqu'à découvrir, à la toute fin, le pot aux roses. Le point de vue adopté par l'auteur, qui suit majoritairement les pensées de Mila, est attachant tout en étant très intriguant. Le vocabulaire et les situations sont d'ailleurs plutôt fidèles à la réalité, puisque l'auteur dit dans la postface s'être inspiré de faits réels et avoir consulté des manuels de criminologie et autres. 

Un mémorablement bon moment de lecture, dont je ne peux pas vous dévoiler grand chose au risque de spoiler, ce qui est le pire pour un thriller policier comme celui-là.

Un mot sur la couverture 
Elle est assez flippante, mais finalement, au fur et à mesure, elle m'effrayait de moins en moins. Certes elle fait écho aux petites filles tuées, mais le côté poupée évoque également le jeu à l'oeuvre entre la Police et le (les?) meurtriers. Ce roman a reçu le Prix des Lecteurs 2011 du Livre de Poche, et également le prix SNCF du polar européen

Margaud en avait parlé sur sa chaîne comme étant un polar facile à offrir (et c'est vrai, je pense que je le conseillerai à beaucoup de monde, surtout ceux qui ne lisent pas trop de romans de ce genre). J'en profite d'ailleurs pour la remercier, puisque mes deux lectures de la semaine (que j'ai dévorées, même si c'étaient des pavés), je les ai choisies sur son conseil. Alors merci Margaud ! Comme je l'ai déjà dit, avoir une libraire à domicile, c'est plus que top :). 

Quelques mots sur aujourd'hui...
Je crois que je suis en panne de lecture... :( Comme je le disais, en une semaine j'ai avalé (mais vraiment avalé!) deux gros pavés, qui en plus sont des livres géniaux. Donc là, j'ai du mal à commencer autre chose...Ce n'est pas sans peine, puisque j'ai essayé, et abandonné (ou sur le point de...) deux livres : le cinquième tome de la série Percy Jackson, Le dernier Olympien (une élève me les a tous prêtés, et j'avais plutôt bien aimé, mais je crois que je fais une overdose. Est-ce que je le lui rends sans l'avoir lu ou j'attends un peu ?...) Difficile à dire. Mais la fin de l'année approche, alors je crois que ... En plus j'ai vu qu'on peut le lire sur Internet, en PDF (d'ailleurs c'est quoi ces livres en PDF sur le net ?J'ai même trouvé l'Accro du Shopping et Anna and the French Kiss une fois?).
Sinon je suis sur le point d'abandonner le dernier Gilles Legardinier, ça peut pas rater. Je l'avais emprunté au CDI en prévention de ce week-end de trois jours, et d'une lecture rapide du Chuchoteur. Je ne m'étais pas trompée, parce que je suis sans lecture depuis hier 16h30 ! Mais je n'ai pas envie de quelque chose de trop léger.Et mardi, je vais aller chercher mon dernier livre en commande : Les Apparences, de Gillian Flynn. Encore sur les conseils de Margaud, je pense que je vais aussi en acheter un autre de cet auteur. Une envie de thriller en ce moment. 
Ceci étant, je crois que je gère mieux qu'avant ces moments de digestion. "La lecture est comme une sucrerie : périodes de boulimie et lentes siestes digestives." J'aime bien cette phrase... elle me semble très juste (dans mon cas en tout cas). Toutefois, depuis que je la connais, je n'ai jamais réussi à confirmer que son auteur est bien Sartre... même si je crois que c'est dans son autobiographie, Les Mots. Quoi qu'il en soit, ça reste une jolie idée de la lecture :). 

vendredi 22 mai 2015

Je viens de finir... le tome 1 de La Passe-Miroir

Les Fiancés de l'hiver, Christelle Dubos 

Il est de ces livres qui nous font fantasmer avant même de les avoir ouverts. Même parfois avant de les avoir eus entre les mains. Vous en entendez parler, régulièrement; vous vous dites qu'il doit être pas mal, mais que l'histoire n'est pas forcément le genre dont vous avez envie. Finalement vous vous y intéressez un peu plus... La couverture est pas mal... l'histoire semble chouette... et puis tous ces bons avis, quand même...
Alors vous explorez encore, Babelio, les blogs, Youtube. Vous réécoutez les critiques, les avis. Tout est super positif. Et puis un jour, enfin, vous avez envie de le lire. Vraiment envie. Au point d'écumer les librairies du coin. Sans succès... le bouquins est épuisé ! Signe de succès, mais quelle déception...
Heureusement qu'Amazone existe ! C'est un peu onéreux mais bon, ça semble valoir le coup.
On l'a dans les mains, ça y est ! Mais ça n'est pas ça. Le charme n'opère pas. Il est gros, les pages sont épaisses. C'est un roman jeunesse, avec ses inconvénients. En plus il a été un peu abîmé pendant le transport...
Il échoue sur la table basse. Sous un autre. Cette tranche qu'on voyait depuis si longtemps sur les vidéo des lecteurs est là, chez nous. Elle attend.
Et un jour...

Pourquoi ai-je tant fait attendre ce roman ? 
Sans doute parce qu'il véhiculait pour moi une tonne de fantasmes. L'engouement qu'il provoque d'abord, sur Booktube et autres, et puis sa couverture. Toute bleue, avec ce château psychédélique. Les résumés aussi, et les critiques : "Game of Thrones" version jeunesse (ça m'a effrayé), une superbe plume (ça m'a confortée), une héroïne maladroite (chouette !). 
Je m'attendais donc à plein de choses, et j'avais peur d'être déçue. Sans doute pour ça, il a attendu à peu près un mois dans mon salon... et plus encore dans ma tête. 
Mais ça y est, je viens de tourner la dernière page et... je dois vous dire que ce à quoi je m'attendais n'a rien à voir avec la réalité du roman...

Et sur ce suspense (que certains sauront dissiper rapidement j'en suis sûre !), je vous laisse et vous dis à demain :)

Le lendemain est venu !
J'ai stoppé ma lecture palpitante du Chuchoteur pour venir à vous. Et surtout pour en venir à Ophélie, Thorn, Bérénilde et tous les autres personnages... Pour lever tout suspense maintenant, je n'ai qu'une chose à dire : vivement la suite !! Je vais vraiment attendre le tome 2 avec impatience, parce que cette histoire est juste formidable, ingénieuse, originale, divine et magistrale. J'aurais pu continuer encore. Vive les synonymes.
Bref, il serait temps que je vous en dise un peu plus sur cette fameuse intrigue quand même, dont je fais un éloge dithyrambique. Mais par où commencer sans spoiler...
Alors... Disons qu'Ophélie est ce genre d'héroïne que j'adore, parce qu'elle n'a rien d'une Wonder Woman. Au contraire, elle est simple, maladroite, un peu à part. Lunettes, longs cheveux bruns un peu filasses, rien de bien attrayant. Mais Ophélie a des dons : celui de lire les objets (autrement dits de "voir" à travers eux le passé de leurs propriétaires, et celui de passer à travers les mirois (d'où le titre de la saga). Elle destinait sa vie à tenir le musée d'Anima, son arche (sorte d'île volante, née après l'éclatement du monde), jusqu'au jour où elle apprend qu'elle est fiancée. Schéma assez classique pour une jeune fille de bonne famille. Sauf quand le fiancé en question vit au Pôle, à plusieurs jours de voyage, dans une région glaciale, étrangère et plutôt effrayante...
Nous allons donc suivre les aventures d'Ophélie et de son inquiétant fiancé, Thorn, glacial comme le pays où il vit. Autant vous dire que la vie à la cour du Pôle n'est pas une sinécure, surtout quand on est maladroite comme Ophélie. Enfin c'est sans compter sur les ressources que possède ce petit bout de jeune fille.

Attention, risque de spoil maintenant !
Ophélie va pénétrer dans un univers glacial et sinistre, accompagnée de sa tante, qu'elle connait mal. Tout est nouveau, froid et inquiétant. Les gens ont de drôles de dons, effrayants et souvent déplaisants. Mais le pire arrive quand Ophélie est emmenée à la cour de Farouk, l'esprit de famille du Pôle. Au Clair de Lune, tout va changer...
J'ai vraiment adoré la deuxième partie du roman, pleine de rebondissements et d'action. La première partie sert à poser l'action, et est un peu plus lente. J'ai beaucoup aimé aussi malgré tout, parce que l'auteur a une plume coulante sans être simple, délectable sans nous écoeurer. Comme le disait Margaud dans sa vidéo (que je ne retrouve pas, ... ), elle pourrait nous décrire un champ de bleuets pendant une page qu'on la suivrait jusqu'aux moindres pistils. C'est donc un plaisir total que de lire ce roman : une bonne intrigue (voire très bonne, mais j'attends le tome 2!) et un style enchanteur.

Le seul bémol que j'ai pu trouver à ce livre au début, à savoir sa taille et l'épaisseur des pages, s'est rapidement envolé. Arrivée vers la 200ème page, je ne le lâchais que par obligation. D'ailleurs il fait partie de ces quelques livres que je lis en semaine, autrement dit un peu le matin et un peu le soir, et le fait que je l'ai terminé en 5 jours "ouvrés" est à lui seul un gage de sa force d'engouement (pas très glorieux comme formule, mais ça correspond assez à ce que je veux dire).

Un roman jeunesse que je recommande à toutes et tous. Rien n'est niais, l'univers se tient parfaitement bien, l'équilibre de l'action, des sentiments et des réflexions des personnages est parfaite. Pour revenir à la comparaison avec Game of Thrones, elle est plutôt pertinente dans la mesure où la cour est un nid de requins. Ceci dit, ce qui je craignais n'est en rien ce que le roman propose : il n'y a pas plein d'intrigues parallèles et de lieux multiples, tout simplement parce qu'on suit toujours Ophélie. C'est donc bien plus simple que ça, sans être pour autant simpliste. C'est un roman efficace, prenant et qui réserve bien des surprises. Il m'a fait penser à ce que j'avais ressentie jeune à la lecture des Royaumes du Nord. Comme Lyra, Ophélie est une héroïne attachante, ingénieuse, et qui vit des aventures qui dépassent les préoccupations de son âge. Comme Lyra, Ophélie est confiée à des hommes et des femmes qui lui demandent toute sa confiance, mais où elle découvre au fil des évènements que la seule en qui elle doit l'accorder, c'est elle-même...

Dans cet univers fantastique mais pourtant proche des réalités humaines, l'héroïne apprend. Et c'est ce qu'on attend de mieux d'un roman jeunesse : qu'il montre l'apprentissage d'une adolescente dans un univers nébuleux et troublé.
Autant vous dire que ce livre mérite son prix (Prix du premier Roman Jeunesse accordé par Gallimard Jeunesse) et qu'il ne faut pas hésiter à le lire, voire l'acheter. Vous pourrez le faire lire à vos enfants, maintenant ou plus tard, parce qu'il va devenir un classique de la litté jeunesse, je vous le dis ! 

samedi 16 mai 2015

Les Hauts de HurleVent

Entraînée par mon engouement pour Rebecca, j'ai eu envie de poursuivre dans la découverte des classiques anglais, et surtout dans la veine du roman gothique (qui a inspiré Daphné du Maurier). Mais autant l'avouer, j'ai eu du mal à commencer ma chronique. Pourtant j'ai plutôt apprécié ma lecture... Enfin sans doute pas tant que cela finalement, parce qu'elle ne m'a pas donné l'énergie qui va bien pour écrire un article qui transpire l'enthousiasme...
Comme j'ai du mal ce soir (et avec ce livre aussi, j'en conviens et vais tenter de vous dire pourquoi) je vais procéder de manière très prosaïque :
Pourquoi j'ai aimé / pourquoi je n'ai pas aimé.

Un bref résumé avant de me lancer ...
Quand Earnshaw, le propriétaire des Hauts de Hurlevent, (lieu au nom hautement symbolique), revient de voyage avec un bébé en guise de cadeau, il n'imagine pas quelle désolation il est en train d'introduire chez lui... 
Celui qu'on va appeler Heathcliff, et concentre à lui seul tout ce qu'un être humain peut ressentir de passion et de haine, devient peu à peu le maître de la maison, et le maître des âmes. Pauvres âmes tourmentées d'ailleurs... Je n'en dirai pas plus, à part que la vie à Hurlevent n'aura jamais mieux porté son nom depuis ce jour ! 

Bon, maintenant que j'ai réussi à vous donner l'eau à la bouche, allons-y pour la confrontation de mes sentiments, malgré tout mitigés.

Pourquoi j'ai aimé ?
- Tout d'abord, parce que c'est un classique de la littérature anglaise que j'avais envie de découvrir depuis longtemps, depuis que j'ai lu Jane Eyre en fait, et aussi intriguée par cette littérature suite à la lecture de Rebecca. Et bien ça y est, c'est fait.
- Parce que la couverture de la nouvelle édition de Poche d'avril 2015( toute récente !!) (cf l'image de cet article) est vraiment sympa. Un peu glauque c'est vrai, mais juste ce qu'il faut !
- Parce que la traduction est plutôt bonne, et que la lecture d'un grand classique est toujours agréable. - Parce que le système de narration est extrêmement intéressant : polyphonie des voix et système en poupées-russes. Ce sont toujours des protagonistes extérieurs à l'intrigue principale qui racontent. Leurs récits sont enchâssés dans d'autres récits. La principale narratrice est Nelly Dean, la bonne pleine de principes mais plutôt objective. 
- Les personnages ont une psychologie très intrigante, mélange de bien et de mal, de folie et de passion. Heathcliff incarne à lui seul ces ambivalences. Les Catherine sont également très intéressantes, en particulier la dernière pour moi, puisqu'elle porte à elle seule les quelques onces d'euphorie du roman. 
- J'ai beaucoup aimé la fin du roman, non pas parce que c'était la fin ! mais parce qu'on lève complètement le voile sur Heathcliff, et j'ai trouvé les métaphores fantômatiques et vampiriques effroyablement fascinantes. Je salue le talent de l'auteur, qui est parvenue, malgré son jeune âge, à traduire les côtés les plus sombres de l'âme humaine, mêlés aux sentiments les plus ardents. 


Pourquoi j'ai moins aimé ?
- J'aurais aimé que la narration soit différente. Certes le fait de laisser le récit de l'histoire aux soins de divers personnages est d'un grand intérêt littéraire et d'une grande virtuosité. En effet on nous dévoile autant qu'on nous dissimule, mais cela permet aussi à l'auteur de maintenir une forme de censure sur cette histoire plus que machiavélique. Ceci étant, j'aurais aimé que le point de vue adopté soit celui des personnages principaux, les plus intéressants parce que les plus complexes. Ainsi un chapitre conté du point de vue de Heathcliff, ou de celui de Catherine (la première surtout !) aurait été assez jouissif... mais tel n'était pas l'effet qu'Emily Brönte comptait rendre dans son roman, et j'avoue que les indices qu'elle laisse à travers les discours de ses personnages est une méthode assez efficace pour tenir en haleine les lecteurs (mais moi, j'aime bien tout comprendre, surtout du point de vue psychologique !)
- J'ai trouvé le langage du XIXème un peu pompeux et redondant, ce qui alourdissait la lecture. Certains discours des personnages manquaient de naturel. Droit au but bon sang ! Mais on est au XIXème siècle...
- On peut être gêné par le nombre de personnages, les mélanges de générations, et surtout le choix de l'auteur de donner le même prénom à deux personnages sur deux générations, et transformer un nom en prénom...Cela complexifie encore une intrigue déjà complexe. 
- Les intrigues amoureuses et matrimoniales avaient tendance à se répéter selon moi... j'ai comme le souvenir d'avoir lu comme deux romans assez semblables. 
- Comme vous sans doute à la lecture de mon résumé (et j'ai fait un peu exprès !), j'aurais aimé que l'intrigue porte davantage sur Heathcliff de manière directe (il est au centre, mais on nous décrit surtout ses ombres) et surtout sur sa relation avec sa soeur Catherine (clé de tous les déboires qui suivront). 

En dépit de ces quelques griefs, j'ai poursuivi ma lecture à un très bon rythme, j'avais envie de connaître la suite. Mais il n'en reste malheureusement pas grand chose, mis à part le sentiment d'en connaître un peu plus sur la littérature anglaise... Ce sentiment me surprend d'ailleurs... 
Peut-être est-ce parce qu'il y en a tellement à dire que je n'y parviens pas... Ce livre est un immense chef d'oeuvre, malgré tout ce que j'ose lui reprocher... Il m'en laisse désarmée...
En tout cas, il ne prendra pas leurs places à Jane Eyre et surtout à Rebecca !

Ah quand même une chose ! J'ai fait mon premier challenge avec ce livre : Finir un livre ce week-end. Et j'ai réussi :)

Je n'en reste pas moins frustrée de ne pas réussir à exprimer mon avis sur ce livre...
Toutefois un article extrêmement intéressant de Lilly vient de m'éclairer sur certains points. Il faut donc que je vous parle un peu plus des deux personnages qui m'ont le plus touchée : Heathcliff et Hareton. Le premier parce qu'il est celui qui endure le plus de souffrances (tout en en faisant endurer énormément en retour, j'entends bien...). C'est lui le démon et le vampire dans l'affaire, mais s'il est devenu ainsi, c'est sans doute à cause de son amour inassouvi pour sa soeur Catherine. Quand ils sont enfants, ils ne peuvent s'aimer, puis elle se marie avec le fils Linton et s'en est fini de leurs relations. Il fait souffrir tout le monde autour de lui sans doute par frustration.
Ce personnage nous fait ressentir un panel d'émotions composite : on passe de l'apitoiement au dégoût, de l'incompréhension à la haine, mais aussi de la compassion à la plus grande tristesse. Ce personnage est éminemment complexe, faillible et humain. Les scènes qui m'ont le plus marquée sans doute sont celle, au début du roman, où il appelle Catherine sur un ton de désespoir, et celle où il raconte avoir été voir sa dépouille et demande à être enterré près d'elle. Finalement j'étais frustrée de ne pas en savoir plus sur les sentiments des personnages, mais en reconstituant le puzzle, on se rend compte que tous les détails nous ont été distillé peu à peu. Je crois que la conclusion de tout cela est que c'est un roman qu'il faut relire, pour en apprécier toutes les dimensions. Je pense que je m'y attelerai un jour et qu'alors, je n'aurais plus cet avis de mijaurée.

Hareton quant à lui est un personnage très touchant ; élevé par Nelly, il passe ensuite entre les griffes de Heathcliff, qui l'élève à la dure mais qu'il finit par aimer comme un père. Il trouve par la suite le courage de changer sa nature de brute inculte lorsqu'il rencontre Cathy Linton. Il apprend à lire et s'instruit. La relation des deux jeunes gens, vers la fin du roman, est ce qui m'a le plus émue dans ce livre.  Ils sont en quelque sorte l'incarnation du couple fantasmé par Heathcliff.

Je comprends de mieux en mieux pourquoi ce roman est à la fois un chef d'oeuvre et "le plus beau roman d'amour de tous les temps", ce qui souligne Georges Bataille sur la couverture. Chef-d'oeuvre parce qu'il ne laisse pas indifférent (la preuve, j'ai eu besoin de revenir sur mon article, que j'ai d'ailleurs eu du mal à écrire, parce que les sentiments et les idées qu'il a suscité en moi sont assez mêlée et perturbantes) et roman d'amour parce que les sentiments que se vouent Catherine et Heathcliff sont au-delà de l'absolu. Ils s'aiment d'un amour inconditionnel, d'âme à âme. Heathcliff a d'ailleurs l'impression de mourir quand Catherine décède, comme si son âme n'avait plus de lieu pour exister. Je me suis sentie un peu frustrée par la narration, mais c'est qu'en réalité ce roman demande une relecture, de remettre les éléments bout à bout pour saisir un tant soit peu son génie.