mardi 17 janvier 2012

L'aventure d'un naufrage

Les naufragés de l’île Tromelin, Irène Frain

   C’est une île de corail sèche, dure, qui fait mal et qui brise ; un furoncle émergeant dans les mers des tropiques ; un lieu de mort permanent, de tempêtes cycliques. Un lieu qui meurt et ressurgit, sans cesse, sans trêve. Les tortues y pondent, y meurent, et rarement survivent. Les oiseaux y ont leur nid, mais entre deux tempêtes, tout est détruit. Bref, cette île, c’est l’île du danger, comme on l’appelle.
   Elle est effrayante cette île, d’autant plus effrayante qu’on a du mal à la localiser. Certains l’ont vue, d’autres non ; certains l’ont répertoriée selon telles latitudes, alors que pour d’autres elle se trouve à telles autres. Une espèce d’île fantôme, comme il en existe beaucoup autour de Madagascar. Mais celle-ci, elle, est bien réelle…
   Trop réelle même, quand après de longues digressions sur les histoires de l’île et de la navigation au XVIIIème siècle, les marins de l’Utile, suite à un regrettable cap à l'est, la mutinerie ayant échouée, se retrouvent projetés sur ses durs coraux. Le bateau vient de faire naufrage, on n’avait pas vu l’île, trop sombre dans la brume nocturne. Le capitaine voulait faire son malin avec sa cargaison d’esclaves dans la soute ; maintenant, il n’a que ce qu’il mérite : un naufrage. Et un naufrage sur cette île, ce ne sera pas un séjour à Hawaï…
   Bon nombre d’entre eux sont morts dans le naufrage. Les marins qui restent sont sonnés. Les esclaves de la calle s’en vont de leur côté. On ne mélange pas blancs et noirs, même dans la galère.
   L’Utile était donc un bateau négrier ; mais un négrier clandestin. Le capitaine avait embarqué ces esclaves sans autorisation, pour les vendre un bon prix en Europe. Il ne s’attendait pas à ce que tous se retrouvent livrés à eux-mêmes sur une île…
   Le premier manque auquel il faut palier, c’est l’eau douce. Même si le bateau dégueule encore sa cargaison, cela ne suffira jamais. On s’y met, pendant des pages, et finalement on trouve de l’eau. Saumâtre certes, mais de l’eau douce. En mangeant les oiseaux qui pullulent au-dessus des têtes, on peut survivre. Puis le temps, les jours passent, certaines deviennent fous, d’autres parviennent à conserver de la suite dans les idées ; alors on tente de construire un bateau, pour s’enfuir. On y parvient. Il n’est pas assez grand pour tout le monde, on s’en serait douté. Il faut sacrifier les esclaves. Ils vont rester sur l’île.

   Voilà, l’aventure, la vraie, s’arrête là. Maintenant ça devient l’illustration de la lutte contre l’esclavage. D’ailleurs cette histoire va se solder par son abolition.
   Un roman qui tient en haleine, mais avec toutefois de grandes longueurs ; des rencontres de termes impromptues, inattendues ; un style parfois surprenant. Mais globalement un bon moment de lecture, et une manière intéressante d’aborder l’Histoire. L’alternance des points de vue de divers personnages permet de rendre l’ensemble dynamique, varié et donc intéressant.



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