mercredi 4 janvier 2012

Clèves, une ville loin des convenances royales

Clèves, Marie Darrieussecq

Il y a plus de 300 ans, Madame de la Fayette écrivait La Princesse de Clèves. L’histoire d’une princesse de la cour d’Henri II qui, touchée par l’amour, y renonçait par dévouement à son défunt mari. Au grand damne de Nemours, jamais Madame de Clèves ne consommera le coup de foudre…
Solange, la toute jeune princesse moderne, consomme elle. Des serviettes higiéniques quand « elle les a », des garçons que elle « le fait », des hommes quand elle « le refait ». Les avoir, le faire et le refaire forme les trois parties de ce roman constitué de multiples fragments liés les uns aux autres par la chronologie de l’évolution de la jeune fille en pleine puberté.
Solange vit avec sa mère dépressive et sa « nounou » (un voisin un peu étrange…). Son père est rarement présent, puisqu’il serait pilote de ligne (cela reste toutefois un peu mystérieux, comme beaucoup d’éléments de ce roman, un peu fondus dans le morcellement des paragraphes. Un univers familial un peu instable lui aussi, qui ne laisse pas beaucoup de place à la sécurité, peu de gens pour la rassurer, peu de temps pour lui expliquer ce qui se passe dans son corps et son cœur. Pourtant à l’école, on ne parle que de « ça ». Le sexe est partout, dans toutes les bouches, sous tous les regards. Comme dans la fameuse PDC, les histoires enchâssées sont omniprésentes (introduites au gré des rencontres et des discussions), et surtout, la vue est au centre du roman. Le sexe se voit : on voit le sang, on voit la débauche paternelle, on voit les corps qui se mêlent, s’emmêlent surtout, parce qu’ils sont jeunes et inexpérimentés.
Tout est très cru dans ce roman où l’on parle des règles sans langue de bois, un peu brutalement, une brutalité qui coïncide avec le sentiment de Solange quand elle les subit pour la première fois. La brutalité également des garçons qu’elle rencontre, et avec qui elle « le fait » pour la première fois. Elle veut savoir ce que ça fait, et bien elle ne va pas tarder à le savoir.
Tout ceci est narré avec des mots d’enfant, de jeune fille sans expérience qui découvre la vie, l’amour, la sexualité surtout. Ce n’est pas Solange qui raconte, c’est un narrateur interne ou omniscient, on ne sait pas trop, tout est un peu brouillé, à l’image de ces repères qui changent. Le passage de l’enfance à l’adolescence.
Un roman aux multiples épisodes, raconté avec justesse, sans langue de bois, dans toute la réalité toute nue (c’est assez approprié dans ce cas ^^) des évènements. Un roman étonnant, qui n’a pas peur des mots, et qui m’a beaucoup plu. Un beau cadeau de Nowel J !

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