mardi 29 août 2017

Grupp, le nouveau roman d'Yves Grevet

GRUPP, Yves Grevet
Editions Syros
528 pages
Dès 12 ans
Sortie le 31 août 2017

Mettez-vous à la place de Stan : grâce à l'implant LongFife, comme tous ses amis et ses proches, il ne craint ni la maladie ni les accidents et peut atteindre l'âge de cent ans en menant une petite vie tranquille. Est-ce que ça ne donne pas envie ? 
Maintenant, essayez de penser comme Scott, l grand frère de Stan : voulez-vous vraiment que vos battements de coeur soient contrôlés à tout instant ? Vous sentir traité comme un être irresponsable, fragile, et accepter que l'on décide à votre place de ce qui est bon pour vous ? 
Si la liberté et la part du hasard valent plus pour vous que votre sécurité, faites-le savoir. rejoignez le GRUPP. 

Le dernier roman d'Yves Grevet se passe dans un monde dystopique où les gens peuvent vivre très longtemps, sous certaines conditions : accepter d'être surveillé en permanence à travers vos battements de coeur et autres données physiologiques : s'ils sont trop rapides, on vous sauve d'une agression; s'ils sont trop lents, d'une crise cardiaque; ou encore, si votre niveau de fer est trop bas, on vous enjoint à manger de la viande et à dormir. D'accord, cela permet de vivre très vieux; mais où est la liberté ? 
C'est en tout cas la question que se pose un groupe de jeunes anti-système auquel appartient Scott, le frère de Stan. Ce dernier, encore collégien, ne se pose pas tellement de questions à propos de ces implants qui régentent sa vie. Il est plutôt content de se sentir en sécurité au quotidien. Mais quand il apprend que son frère de 17 ans est condamné à une peine de prison, les questions commencent à surgir. Avec son ami Sol, un intello drôle et plein d'esprit, il va mener une enquête sur son propre frère, afin de découvrir ce à quoi il passe ses nuits. J'ai bien aimé cette première partie du roman, du point de vue de Stan. Sa relation avec son ami Sol est extrêmement sympathique, avec des histoires de filles, des jeux d'esprit et de la poésie (Sol est vraiment un personnage que j'ai adoré !). A travers l'enquête des deux amis, on commence peu à peu à comprendre ce qu'est cette organisation  clandestine qui se fait appeler le GRUPP.

Puis la seconde partie du roman reprend la même chronologie, mais à travers le regard de Scott. J'ai encore plus apprécié ce point de vue. Scott a 17 ans et est un des fondateurs du GRUPP. Envoyé en prison pour d'obscures raisons, il va rencontrer les pires caïds et surtout se mettre au service d'une organisation visant à démanteler un des derniers réseaux de la mafia. Fort de ses compétences informatiques qui lui ont plus d'une fois permis de pirater le système LongLife, il sera d'une aide précieuse. 
J'ai beaucoup apprécié la façon dont yves Grevet a traité le thème de l'incarcération. Ce n'est pas courant dans les romans, et encore moins dans les romans jeunesse. Finalement les actions du GRUPP sont moins mises en avant que ce que j'aurais pu croire. Les ados qui en font partie deviennent  finalement les héros de la société. Cela peu paraître assez surfait, mais quand on regarde en détails le fonctionnement de la société LongLife, on se rend compte que toutes les interdictions et les surveillances perpétuelles et intrusives ont permis d'éradiquer presque totalement la criminalité; par conséquent, depuis plusieurs années, la police n'a plus le même travail. Donc voir des ados enquêter mieux que des pros n'est pas si surréaliste...

J'ai apprécié ce roman, plutôt long mais qui nous propose finalement trois histoires en une : une enquête sur ce qu'est le GRUPP (en cela le roman est très bien construit puisque le lecteur le découvre peu à peu), celle de Stan, qui se forge une personnalité, et celle de Scott, un jeune homme prêt à tout pour sauver sa liberté. Encore une fois, c'est une dystopie qui nous fait réfléchir aux dérives dans lesquelles on pourrait se faire emporter pour vivre "mieux", et quels dangers un assistanat accru pourrait provoquer. Par ailleurs Yves Grevet  fait une véritable apologie de la jeunesse à travers son roman, puisque ce sont eux qui sauvent et ouvrent les yeux aux adultes. C'est selon moi un peu exagéré mais pour un roman destiné aux ados, je pense le message pertinent.Enfin ce roman a quelque chose en plus par rapport à d'autres dystopies : ses référence littéraires et ses jeux de mots. J'ai apprécié la poésie de Sol, ainsi que l'explication de l'origine du nom du GRUPP. 

"On l'écrit GRUPP parce qu'on s'en fout des règles d'orthographe, parce qu'on n'est pas comme vous". [...] Ou bien des acronymes. Nous étions pour certains un "Groupuscule Rebelle Urbain de Pirates Passionnés" ou des "Grands Radicaux Utopistes Populaires et Pressés". Je ne peux pas tous te les citer. Il y en avait tellement et beaucoup étaient carrément débiles ou hors-sujet. Les membres du GRUPP en composaient sans arrêt pour faire rire les autres au moment des réunions. 

En résumé, Yves Grevet offre encore une fois aux ados (et aux autres !) un roman intelligent et bien construit, qui nous fait réfléchir aux dérives possibles de la société, en laissant la part belle aux possibilités infinies et aux courages de l'adolescence.

4 commentaires:

  1. Il aime bien les dystopies cet auteur^^ J'avais lu sa duologie Nox, qui était très sympa! La thématique est intéressante en tout cas!

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    1. Je n'ai lu que peu de romans de cet auteur, mais dans l'ensemble oui il est plutôt dans cette veine. C'est une thématique assez courante en ce moment, mais il la traite de façon originale en tout cas !

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  2. Je suis assez d'accord avec toi sur l'apologie de la jeunesse et le côté exagéré de la chose, je trouve que c'est un peu dommage, un peu facile pour du roman ado, en effet. Par contre, si j'ai bien aimé le point de vue de Scott, j'ai été moins convaincue par celui de Stan, j'ai franchement eu du mal à rentrer dans le roman et m'intéresser à ce personnage qui m'a laissée de marbre. Au final, j'ai été un peu déçue par ce nouveau roman d'Yves Grevet. Même en terme de style, j'ai trouvé ça un peu plat... :s

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    1. Je ne connais pas assez l'auteur pour me prononcer réellement sur son style, mais j'ai effectivement trouvé des facilités... Mais je trouve, comme je le dis, qu'il y a des jeux de mots sympa.

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