dimanche 22 janvier 2012

L'empreinte de l'ange

L’empreinte de l’ange, Nancy Huston

Second livre de Nancy Huston qui me tombe sous la main et un univers totalement inattendu. Avec Dolce Agonia on nous a emmenés aux Etats-Unis fêter Thanksgiving ; dans L’Empreinte de l’ange c’est la France d’après-guerre qui sert de théâtre à l’histoire.
Rapahël, éminent joueur de flûte, a publié une annonce dans un journal : il recherche une bonne. Le roman commence in medias res, avec l’arrivée d’une candidate potentielle. Mais de potentielle cette dernière passera rapidement à recrutée, tout simplement parce que le musicien va en tomber amoureux.
S’ensuit une idylle à sens unique. Raphaël s’abyme d’amour pour Saffie (prononcer Zzzaffie), alors même que cette dernière reste froide et muette. Ce mutisme qui avait tant séduit le musicien finit par lui peser et lui poser question. Il pense que le mariage pourrait changer quelque chose à l’attitude de Saffie. Il l’épouse donc trois semaines après l’avoir rencontrée. Un mariage qui ne modifie pas leurs relations, loin s’en faut. Quelques temps après, Saffie tombe enceinte ; ultime espoir pour son mari de la voir changer. Mais rien n’y fait, la jeune femme reste le bloc de marbre qu’il a toujours connu. Ne parlant pas plus qu’il ne faut, s’occupant de son enfant comme d’un paquet qui mange et dort. L’existence du jeune couple et de sa progéniture - progéniture unique d’ailleurs puisque l’accouchement a occasionné la perte de ses organes génitaux internes- n’est pas promise à un avenir des plus joyeux…
…jusqu’au jour où Raphaël envoie sa femme auprès du célèbre spécialiste de la réparation des instruments à vent. Second coup de foudre du roman, mais cette fois réciproque. Les deux amants s’aiment après s’être à peine parlé ; et chaque fois que son époux part en tournée, Saffie se rend chez son amant.
Malgré le caractère magique et idyllique de la rencontre, tout n’est pas aussi rose qu’il peut sembler. Saffie et Andras le luthier n’ont en commun que l’amour. Elle est allemande, Andras est émigré hongrois. Tout les sépare, et on comprend petit à petit le mutisme de Saffie ; son enfance a été ponctuée par divers évènements traumatisants, son père ayant été nazi. Andras ne comprend pas son indifférence au monde qui l’entoure, lui fais fréquemment des reproches à ce propos. Peu à peu ils ne se comprennent plus, mais restent tout de même liés, jusqu’à ce qu’Andras assiste aux répressions de 1961. Il en revient transformé, et le clivage est d’autant plus grand entre eux. Cela fait bientôt 1 mois que Saffie n’a pas vu Andras. Pourtant ils se revoient, et ce rendez-vous au parc, accompagnés du petit garçon de Saffie, va marquer la fin de l’histoire... Raphaël aperçoit Andras et comprend tout…
Il emmène alors son jeune fils en voyage, afin que celui-ci lui avoue tout ce qu’il sait. Ce faisant il désunit le duo d’inséparables formé par Saffie et son fils, et finit par causer la mort de celui-ci, dans des circonstances tragiques. Je spoile, mais c’est pour montrer à quel point ce roman est tragique, révoltant, dérangeant parfois. Les sentiments des personnages sont complexes, Saffie et Andras sont hantés par des origines et un passé qui bouleversent leurs vies. Leurs réactions sont surprenantes, parfois gênantes ; on ne sait trop que penser, on ne sait pas s’il faut compatir ou non à leurs réactions, à ces stigmates du passé qui les rendent si imprévisibles. Ce roman déroute, le lecteur se sent impuissant et presque rejeté face à ces êtres dévorés par le passé et l’Histoire. Sur les quatre personnages du roman, c’est Raphaël et son fils qui, je trouve, sont les plus à plaindre : ils doivent subir les humeurs et déconvenues de leur épouse et mère, et pour le petit garçon celles d’Andras, qu’il considère comme son Papa. Or ces pauvres ères n’aspirent qu’à une chose : le bonheur. Etre heureux et qu’on les laisse tranquilles. Ce qui est loin d’être le cas, même si le flûtiste, tout à sa musique, met un temps certain à s’en rendre compte.
                Une dernière chose tout de même, à propos du titre et plus joyeuse que le reste : pourquoi « l’empreinte de l’ange » ? Cela réfère à une histoire qu’Andras raconte à Saffie : à notre naissance, un ange pose son doigt au-dessus de notre lèvre supérieure, ce qui forme la petite goutte que nous avons tous à cet endroit. Telle cette marque, le passé pose sur la mémoire sa marque indélébile, qui jamais ne disparaît. Ainsi nous sommes tous ce que notre passé a fait de nous, et il est difficile d’oublier ce passé. Un passé qui peut être destructeur, comme l’illustre Nancy Huston. Du moins telle est ma lecture de cette œuvre ; une lecture pessimiste…et une empreinte plutôt démoniaque dès lors…
  

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